Carnet de voyage...
Cités
maudites et insolites, ordinaires et touristiques.
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Venant de Khorramchahr où les navires de ma compagnie avaient
l’habitude de faire escale, je me suis demandé si je retrouverais facilement
mon ami Abdul Aziz à Abadan.
Abadan
30°37' N
48°25' E
Je me suis souvenu que j’étais passé ici il y à ...
Longtemps, j’avais pris le thé avec Sir Hillary, oui,
c’était il y a un sacré bout de temps, et il me parlait d’encore avant ... un
temps que les moins de vingt ans ...
Il m’expliquait :
Au moment où à l’une ou l’autre extrémité du bloc communiste,
l’URSS se trouve en mesure de déclencher une guerre par procuration en lançant
ses satellites balkaniques à l’assaut de la Yougoslavie rebelle ou de
l’Indochine française pour nous détourner de la guerre imminente en Corée,
certains pensent qu’elle pourrait aussi attaquer un objectif plus stratégique
pour l’Occident : l’Iran.
Qui dit Iran dit pétrole, qui dit pétrole dit guerre.
Les réserves des États-Unis seront, selon les experts réunis il y
a quelques semaines à Londres, en mai 1948, complètement épuisées d’ici une douzaine
d’années. Ce serait même un épuisement bien plus rapide que celui qui est prévu
pour l’Arabie, l’Iraq, le Venezuela et l’Union Soviétique.
L'Iran, vaste par son territoire mais faible, par, sa population
de moins de vingt millions d'habitants, occupe la première place dans la
production de ce que, avec raison, l'on nomme aujourd'hui l’or noir.
Alors que le Texas, la Roumanie, le Caucase, entre autres n’ont
pris que très récemment conscience de leur capital d'or noir, l'Iran
connaissait et exploitait le sien depuis la plus haute antiquité.
Rien d'étonnant à cela puisque les Perses d'il y a 3.000 ans
étaient précisément voués au culte du feu prêché par Zoroastre. Ce dernier sut
tirer un profit maximum de la présence du pétrole dans le sud du pays. Il fit
élever quantité d’autels de la lumière sur des nappes liquides s'étendant
presque à. fleur de terre et n'éprouva aucune peine à faire admettre par ses
adeptes l'origine surnaturelle du «feu éternel».
L'invasion musulmane qui fut très près d'anéantir, complètement le
Zoroastrisme en Perse mit le pétrole en veilleuse pour plus de mille ans.

(Abadan
1948)
On n'en reparla qu'en 1899 lorsque un géologue et archéologue
français du nom de Morgan publia une étude où il traitait longuement des
ressources pétrolifères de l'Iran. Ce rapport ne suscita que fort peu d’intérêt
à l’époque et il fallut attendre encore deux ans pour qu'en 1901 W. K. d'Arcy,
un Anglais émigré en Australie, le lut et se trouva si impressionné par ses
conclusions qu'il n'hésita pas à dépêcher à Téhéran des représentants chargés
d'obtenir en son nom des concessions dans le Sud du pays.
Le 28 mai 1901, d'Arcy se vit octroyer une concession valable pour
soixante ans et par laquelle il acquérait le droit d'exploiter le gaz naturel,
le pétrole, l’ozokérite et l’asphalte à travers toute l'étendue de l'Empire
Persan.
Le géologue de service émit rapidement un rapport de découverte
d’un gisement important à quelques 400 kilomètres au nord-nord-ouest de
l’extrémité du Golfe persique
L’absence presque complète de routes et de moyens de transport fit
en sorte qu’il fallut encore attendre quinze mois avant que ne puissent
commencer les opérations de forage. Les premiers résultats furent nettement
décevants.
Les quantités de pétrole retirées étaient faibles et absolument
sans rapport avec les énormes capitaux et moyens techniques engagés. Bien que
fabuleusement riche, d’Arcy sentit qu’il se ruinerait en essayant de poursuivre
seul la formidable tâche à laquelle il s’était attelé, Il s’adjoignit donc
divers collaborateurs qui, tous, étaient prêts à risquer â ses côtés des
capitaux considérables.
De nouveaux forages entrepris eux aussi, s’avérèrent un échec.
Sans se laisser décourager, la jeune compagnie choisit un
troisième emplacement de la province de Khûzistân pour y commencer de nouvelles
recherches.
Jour après jour, semaine après semaine, on fora et les fonds de
d’Arcy et de ses compagnons diminuaient au fur et à mesure que l’on s’enfonçait
dans la terre.
Ils étaient bien près de se trouver à sec et cette expérience eut
sans doute retardé pour longtemps toute nouvelle prospection des pétroles
persans lorsque, le 26 mai 1908, presque exactement sept ans plus tard, le miracle se produisit : Un flot
puissant jaillit à la surface de la terre.

L’année suivante, en 1909, les entreprises britanniques des
pétroles en Perse se groupaient sous le nom d’AngloPersian Oil Company en même
temps que la Perse changeait son nom en Iran.
Juin 1911 vit l’inauguration de la première raffinerie construite sur la petite
île d’Abadan à proximité immédiate du Golfe Persique. Simultanément entrait en
fonction un pipe-line d’environ 200 kilomètres de long, qui reliait la région
montagneuse de Maidan-i-Naftun aux installations d’Abadan.
Le développement de cette dernière localité tient tout bonnement
du prodige ou plutôt du bon port de tête de la livre sterling, là où en 1909 il
n’existait que quelques misérables paillottes, cinq ans plus tard on pouvait
voir des bungalows agréables, des routes en macadam et des magasins bien
achalandés, bref, l’embryon d’une petite ville. Cette dernière est devenue un
puissant centre de plus de 200.000 habitants et qui, sous bien des rapports, a
été durant vingt ans l’une des cités plus modernes de tout le continent
asiatique.
Images et autres détails dans les ouvrages traitant du Golfe
Persique ou sur certains sites électronique comme http://abadan.skyrock.com par exemple.

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