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L'érotisme comme terre promise de l'islam
Le sociologue marocain Abdessamad Dialmy lève le voile sur le discours sexuel de nombreux textes islamiques
Frédérique Doyon
dimanche 22 octobre 2006
L'érotisme islamique n'est pas une antinomie. Les textes fondateurs de la religion musulmane regorgent de recommandations concernant la pratique sexuelle entre hommes et femmes. Et le paradis qui attend le bon musulman est loin de dédaigner les jouissances charnelles. Incursion dans le petit Kamasutra musulman.
Exit les préjugés voulant que derrière le voile islamique il n'y ait qu'austérité, foi aveugle et sourde aux plaisirs de la chair. De tout temps, les textes islamiques ont conjugué devoirs religieux et sexuels. Certains juristes ont même écrit des traités... sur l'érotisme.
«L'érotisme est là dès le départ; il est fondateur même d'une vision islamique, explique Abdessamad Dialmy, sociologue invité dans le cadre du Salon de la culture du Festival du monde arabe, le 2 novembre prochain. Pour l'islam, le Coran, le Prophète, il n'y a aucune antinomie entre le fait d'avoir une foi et celui d'avoir une jouissance charnelle. C'est même une étape vers la réunion divine.»
Au temps de Mahomet
Ce genre de discours a commencé au VIIe siècle de notre ère avec le prophète Mahomet, qui livrait volontiers ses conseils en matière conjugale. «Il a recommandé au croyant de ne pas tomber sur son épouse comme un animal, de la préparer par le regard, la belle parole, la caresse.»
Encore au XXe siècle (1944), des traités ont abordé ces questions. Mais M. Dialmy
indique que l'âge d'or de ce discours se situe entre les IXe et les XVe-
Tel se décline l'éden musulman, que les textes font miroiter aux croyants afin qu'ils se plient, dans la vie terrestre, aux préceptes de Mahomet. Car selon le sociologue, le paradis musulman constitue le haut lieu de tous les fantasmes érotiques et sexuels. Les pratiques terrestres sont alors rigoureusement prescrites afin de mieux gagner son ciel.
«Pour certains musulmans, notamment les soufis, et même pour un simple juriste musulman,
l'orgasme terrestre qu'on connaît ici-
Ainsi, l'homosexualité interdite ici-
Suivre la voie
Pour rejoindre ce nirvana, il faut cependant d'abord suivre la voie légale de Dieu. Cette voie, qu'on appelle le Nikah, veut dire à la fois acte sexuel et mariage, précise
M. Dialmy. Ce qui explique que «beaucoup de juristes ont écrit des traités montrant au croyant comment se comporter sexuellement à partir de la nuit de la défloration : comment prendre la mariée, comment la faire jouir, etc.»
Il subsiste encore des éléments de cette littérature dans le monde actuel. M. Dialmy cite entre autres un petit livre écrit au XVIe siècle, Jardins parfumés de Cheikh Nefzaoui, qui s'adressait à l'élite citadine de l'époque (roi, princes, etc.) et qu'on retrouve aujourd'hui au souk (marché populaire) à deux dirhams (20 ¢). Mais la modernité musulmane ne retient malheureusement pas toujours le meilleur de son passé...
«Il contient des cultures sexuelles dépassées, parfois horribles, comme par exemple : la raison de la femme se retrouve dans son vagin, rapporte le docteur. Beaucoup d'hommes continuent de croire en cela. C'est donc une culture qui continue, mais qui est devenue populaire et marginale, parce qu'il y a quand même une culture sexologique contemporaine qui s'installe tranquillement dans les pays musulmans.»
Tradition soufie
Le soufisme sert souvent d'écrin aux thèses d'Abdessamad Dialmy. Dans l'un de ses ouvrages, Féminisme, islamisme et soufisme, il se livre d'ailleurs à une analyse de la place de la femme dans la société, de sa figure traditionnelle, qui la cantonne au rôle de mère au foyer, à sa figure occidentale qui conduit au refus de l'islam, en passant par la voie soufie, qui reconnaît l'égalité des sexes.
En matière de sexualité, la femme ne fait d'ailleurs pas si piètre figure. «La femme
a des droits sexuels depuis toujours dans l'islam, dit-
La réappropriation de l'érotisme à travers l'étude de ces textes permettra peut-
Vers l'égalité
«L'opposition existe toujours entre épouse et anti-
Né en 1948 à Casablanca, Abdessamad Dialmy enseigne la sociologie à l'Université de Fès. Tout en récusant les dogmes de l'islamisme, il puise dans cette religion des réponses à toutes sortes de questions sociales. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages dont Logement, sexualité et islam (EDDIF, 1995), trois facteurs qui conditionnent la réalité sociale actuellement au Maroc, et Jeunesse, sida et islam (EDDIF, 1999).