Le
XXème siècle
Pour respecter la chronologie officielle, on dira
que le siècle a commencé le premier janvier 1901, il n’en est rien, ce siècle a
été le plus court de l’histoire, on peut raisonnablement dire qu’il a commencé
par une boucherie le 8 août 1914 et s’est terminé par la destruction d’un mur
de béton le 9 novembre 1989.
Trois révolutions avaient marqué culturellement la fin de la belle époque : celle de la couleur: le fauvisme (1905), celle du volume : le cubisme (1908), celle du signe : l'abstraction (1912). Pendant ce temps l'architecture acquérait deux matériaux nouveaux : le fer et le béton armé et, dans le domaine des formes, passait du baroque au géométrique avant de déboucher dans le fonctionnalisme. Celui-ci trouvera son théoricien et son poète chez Le Corbusier qui mariera forme et musique au pavillon Philips de l’exposition universelle 1958 à Bruxelles.
Comment disjoindre toutes les audaces et toutes les conquêtes de notre temps ! Elles se donnent rendez-vous sous le signe de l'École de Paris qui groupe tous les grands créateurs et verra venir à elle, après 1920, les artistes du monde entier. Quel demi-siècle fut plus riche que celui qui vit naître et s'imposer Picasso et Bonnard, Matisse et le douanier Rousseau, Léger et Soutine, Braque et Modigliani, Utrillo et Kandinsky, Villon et Delaunay ? Alors même que, protestant à sa manière contre la peinture raisonnante, la quatrième révolution du XXè siècle, le surréalisme, issu du dadaïsme, affirmait le droit de l'artiste à capter les profondeurs du subconscient et réconciliait la réalité du tableau avec l'abstraction du rêve.
C'est dans la double voie de la vérité humaine et du jeu inspiré des formes que la peinture contemporaine cherche le langage de son temps tandis que la sculpture, longtemps écrasée par le génie baroque de Rodin, hésite aussi entre ces deux tentations gagnant à elle de nouveaux matériaux et appréhendant même le vide et l'espace.
Après la guerre des hommes blancs qu’Hitler a distraitement lancée, pour tout une partie de l'art vivant, l'abstraction devint, pendant une quinzaine d'années, l'unique langage de l'audace et de la liberté; on ne saurait nier, même si on le déplore ou si on le combat, l'importance de ce phénomène.
Aix-en-Provence
L'une
des fontaines du XVIIIe de la vieille capitale du roi
René a été transformée, en hommage à son plus illustre enfant qu'elle méconnut
si longtemps. Le médaillon central représentant le peintre est de Renoir.
du facteur Cheval
1878-1922, Hauterives (Drôme).
Modeste facteur rural, Cheval transporta au cours de
ses tournées, pendant plusieurs années, des pierres dans sa brouette ou dans sa
poche. Puis il les assembla en une étrange construction d'un baroque délirant
de 30 m de long sur 12 de haut. Ce rêve de pierre n'a pas de style, il est le
produit d'une imagination extravagante où la «naïveté» de conception rejoint
les arts d'Orient passés au crible d'un esprit fruste qui eut le génie du
bizarre.
(Image clickable)
détruite
en 1962
L'aspect étrange de cette
porte fit rire, puis séduit par J'élégance de ses lignes terminées par ces
fleurs mi-ouvertes qu'appréciait 1900. Le modelé souple et gras convient à la
fonte et illustre parfaitement le modern'style ou «style nouille».
L’illustration ci-contre présente l’ancienne église (détruite) de Baccarat. Cet édifice a été reconstruit
par un architecte démoniaque et l’église Saint Remy est devenue aujourd’hui
l’une des plus belles églises d'art moderne de France. Construite de 1953 à
1957 à côté de la célèbre
cristallerie fondée au 18ème siècle, la nouvelle église
entièrement en béton, couverte de tuiles et de cuivre est ceinte d’une
bande de vitraux exceptionnels. Clocher du vaisseau (55
mètres), charpente apparente en bois. Vitraux réalisés en cristal de
Baccarat (20 000 morceaux de 52 couleurs différentes) symbolisant "la
vie et la lumière". Orgue de 40 registres et 3 660 tuyaux , une
fameuse plomberie.

1900, Paris.
Cet immeuble, avec sa façade dissymétrique, quoique harmonieuse, ses consoles ornées de chardons, sa décoration polychrome, est typique de 1'«Art nouveau» 1900, sa façade fut primée la même année au concours de la Ville de Paris. Elle est entièrement recouverte de céramique d’Alexandre Bigot, propriétaire de l'immeuble à cet époque et servant de véritable vitrine d'exposition de ses réalisations.
C'était la première fois en
Occident que la céramique était utilisée pour une construction courante.
Pendentif «Sylvia», Paul et Henri Vever
1900, Musée des arts
décoratifs, Paris.
Descendant d'une famille de
joailliers lorrains, les frères Vever représentèrent avec Lalique 1'«Art nouveau»
dans le bijou. Ce pendentif montre une femme-papillon en agate blanche, corsage
en diamants et rubis, robe à traîne en émail jaune rayé de noir, recouverte en
partie par des ailes translucides en émail vert clair scintillantes de
diamants. D'une richesse éblouissante il figura à l'Exposition universelle de
1900.

Vase dit « Le Lys »
(Émile Gallé)
Musée du
Conservatoire national des arts et métiers, Paris.
L'un des exemples les plus caractéristiques
de Gallé, le maître céramiste de l'Ecole modern'style de Nancy qui eut au début
du siècle une importance capitale dans l'évolution de la décoration
d'intérieur.
La Dame et
le Chevalier, Dampt Vers 1900,
Collection
comtesse de Ganay, Paris.
Ce groupe,
en ivoire et argent, est typique de l'influence d'une certaine littérature médiévale,
réhabilitée par le symbolisme «fin-de.siècle», sur le modern'style décoratif
dont le sculpteur Dampt fut l'un des meilleurs représentants.
(pas actuellement
d’image disponible de ce groupe en ivoire, mais un portrait de sa propriétaire)

Madame
la comtesse de Ganay
Vers 1900
Musée des arts
décoratifs, Paris.
Le style «nouille»
déploie dans le bronze qui les fige, ses arabesques ondulantes évoquant le jeu
de voiles de la célèbre danseuse.
(pas d’image en ma possession, vous m’en prêtez une ?)
L’enfant au pigeon,1901, The Courtauld Institute Galleries, Londres.
Ce tableau de
l'époque bleue est d'une rigueur et d'un dépouillement admirables. Bientôt
l'Espagnol abandonnera ce qu'il appelle «la peinture de sentiment» pour les
spéculations cartésiennes du cubisme.
1902, Musée Chéret, Nice (Alpes-Maritimes) .
Ce
piano est l'œuvre du musicien qui l'a composé lui-même et a sculpté son
ornementation. Son principal intérêt vient de ce que, peint par Albert Besnard,
sa décoration n'est pas dans la manière académique de ce peintre, mais montre,
dans la représentation des passions suggérées par la musique, un symbolisme
très attachant.
Un aimable lecteur ayant une image ce bel ouvrage, et qui
m’en ferait part serait récompensé par une grosse bise sur les deux joues.

1908, Collection M’”’ Jean Walter, Paris.
L’étonnante
poésie pleine de fraîcheur du «douanier» (qui n’était qu’employé d’octroi)
s’exprime dans cette toile où apparaît sa science instinctive de la composition
et de la distribution des couleurs et des volumes.

Ci-dessus : Raymond Isidore dit Picassiette.
Comme le célèbre facteur Cheval
butant sur une pierre qui allait lui révéler sa vocation, Raymond va trouver quelques
morceaux de vaisselle cassée, et là il ne peut s’empêcher de les ramasser. En
rentrant chez lui, il les dépose dans un coin du jardin. Et finalement décide
d’en faire une mosaïque.
(Autres photographies de Chartres dans « Chartres »)
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