Droit au travail et toutes ces sortes de choses ...

 

 

 

 

 

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Un matin, Monsieur Despy s’éveilla, la faim au ventre, au même instant Monsieur de Lascaux sentit en lui un appétit d’ogre.

Chacun s’en alla sur son territoire et chassa de quoi se nourrir.

Travail difficile, Monsieur Despy oeuvra huit jours pour piètre pitance tandis que de Lascaux après une bonne journée rapportait de quoi barbecuer huit jours durant.

 

 

Monsieur Hesbignon se dit qu’il valait mieux semer que se disperser, il fit ce geste auguste une saison, il récolta un quintal de blé à farine pour faire des cramiques et des pistolets.

Monsieur Desvoges qui pensait tout pareil fit l’amère constatation que cet hectare de terre ne rapportait en blé que de quoi fabriquer quelques pains gris.

 

Ainsi donc, à travail égal, malgré la syndicalisation obligatoire, le revenu n’est pas égal...

 

Il va réellement falloir penser autrement.

 

 

 

Découplage du travail et du revenu  

La loi du nombre

Le paradoxe du travail

Emploi, tous vous en parlent (Vivant juin 1999)

Contribution De Vivant-Europe à la réunion Travail agora novembre 2007

Travail et non-travail

Texte de Georges Pompidou

 

 

Le paradoxe du travail

Un texte inachevé de Boris Vian.

Le paradoxe du travail, c’est que l’on ne travaille, en fin de compte, que pour le supprimer. Et refusant de constater honnêtement son caractère nocif, on lui accorde toutes les vertus pour masquer son coté inéluctable. De fait, le véritable opium du peuple, c’est l’idée qu’on lui donne de son travail. Comme si le travail était autre chose qu’un moyen, transitoire, de conquête de l’univers par l’homme. L’Église était claire pourtant. « Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front », c’est une malédiction et pas une promesse de plaisanterie. L’existence du prêtre ouvrier et la réticence de l’Église au sujet de cette existence même confirme de surcroît cette incompatibilité de l’état séculier – plus proche déjà du divin que le laïque – et du travail. Que dire du divin lui-même !

Quand l’histoire économique de l’humanité ne serait pas là pour le prouver, les multiples histoires des religions prêtent bien à tous les dieux inventés depuis des millénaires pour les besoins du moment, comme on siffle dans le noir, le visage des parfaits oisifs. (Ici citations abondantes et documentées, Bouddha, Nirvana, Dieu, Mahomet.) A tout le moins n’exercent-ils que des activités plaisantes (dieux germaniques – chasse, femmes, bière) en rapport direct avec le sommet concomitant de la civilisation qui leur donnait naissance. Bref, l’idéal de l’homme a toujours été, non de rien faire, mais ne faire que ce que l’état à un moment donné, de son niveau intellectuel, lui permet de concevoir comme plaisir parfait – et qu’il attribue à Dieu pour matérialiser son abstraction. On conçoit entre parenthèses l’importance de l’éducation de façon absolue, et l’importance d’une bonne éducation plus précisément, « bonne » étant à définir mais s’éclairant plus loin. (Noter que dans les pays de tertiaire bien développé, pas de clôtures – cf. Fourastié.) L’entretien d’un caractère « sacré » du travail, est, par ordre de conséquence logique, le plus sûr atout de la religion dans sa lutte permanente contre la liberté – et surtout la variété – de l’esprit. La liberté de l’esprit étant fonction direct de celle du corps, on conçoit que l’Église n’ait pas précisément cherché, au cours des siècles, à favoriser le progrès technique, base primordiale de l’élévation du niveau de vie. Galilée s’attaquait à bien forte partie. Pourtant, travailler ne donne pas une bonne conscience quand le travail est accompli – c’est-à-dire achevé – c’est-à-dire mort… Mais les idées, sur le travail, sont confuses. Quelques chercheurs, cependant, ont dégagé des faits intéressants.

Boris Vian.

Commentaire de Xian

Ce texte met bien en valeur la contradiction perpétuelle de l’idée « travail » maintenue en place par les religieux et les non-travailleurs absolus que sont les princes qui nous gouvernent. La religion, comme la morale libérale ou marxiste, entretient le caractère sacré du travail afin de dominer l’homme et de l’empêcher de rechercher les plaisirs alors qu’elle présente la félicité paradisiaque. L’absence de travail signifie la perfection. Et si l’homme, être imparfait, conçoit cette perfection, l’institution politique ou religieuse le freine et le maintient dans la souffrance. Or, par la technique, l’humain peut créer ce troisième royaume sur la terre !

Les églises comme d’ailleurs tout pouvoir démocratique ou non, nous montre l’image de l’enfer sachant bien que s’ils laissaient faire, les images, les icônes et les mensonges deviendraient caducs et Dieu, sans compter les rois, présidents, dictateurs et autres ministres, inutiles.

à propos du cf à Fourastié :

Celui-ci avait écrit : La maison des pays neufs n’a pas de clôture. Elle a bien des murs et un toit pour protéger du froid ou de la pluie ; mais elle n’a pas de murs de clôture extérieurs à elle-même ; quand il y a jardin, ce jardin n’est pas clos ; les fenêtres mêmes n’ont pas de volets extérieurs ; le système défensif des ouvertures est des plus rudimentaires, la plupart du temps il n’est pas utilisé. Ceci montre bien que, dans les pays neufs, dès que la population s’est développée, ont prévalu des conditions de sécurité générale, grâce à une police convenable, ou grâce à une moralité déjà élevée ; par suite de l’élévation générale du niveau de vie, l’homme n’a pas eu à craindre autant qu’ailleurs les sévices des autres hommes.

Ainsi donc, devenant Rousseauiste, on pourrait penser que l’élévation du niveau de vie tend à supprimer le plus grand nombre des besoins de l’homme, qu’elle s’accompagne d’une élévation de la conscience morale.

Fourastié décrit une campagne tertiaire à l’habitat dispersé, bien desservie (fournitures à domicile, organisation remarquable de la scolarité, des soins médicaux…), qu’il oppose à l’habitat secondaire de New York, et aux banlieues françaises mal desservies, sans magasins, ni moyens de transport, sans constructions suffisantes de logements neufs.

Le constat le plus important vient de l’observation antagonique ville – campagne.

Les Temps modernes de Charlie Chaplin l’ont démontré à souhait : Le travail, s’il n’est pas synonyme de création, instaure intrinsèquement l’aliénation. Pour Boris Vian, la société se divise essentiellement en deux camps, ceux qui travaillent et s’aliènent, et les autres : Réduisons donc le temps de travail, supprimons-le (du moins sous ses aspects les plus dégradants et les plus pénibles) et nous supprimerons l’aliénation. Place à la machine et à la liberté !

 

 

Découplage du travail et du revenu  

Voici le rapport du récent congrès sur le revenu de base à Bâle (Suisse) (octobre 2007)

Le 2ème congrès germanophone sur le revenu de base (Basel, les 5-7 octobre 2007) permettait un nouveau point de vue sur le travail et la société. Considérer leur avenir se fait en partie diamétralement. Cela se passe par la suppression sociale néolibérale et l´amélioration de la qualité du pouvoir commercial de tous les individus jusqu´à l´utopie socialiste.   Un discours est nécessaire au vu des changements socio-économiques foudroyants dans le monde du travail, disait Ueli Mäder, professeur de sociologie à l´université de Bâle, invitée au congrès sur le revenu de base. En Suisse, le débat sur l´Etat social et la question sociale sont tout à fait étonnants et sont en partie tenus comme une comptabilité.

Une dynamisation de l´argumentation serait nécessaire. Mäder se référait au livre d´André Gorz - philosophe français décédé récemment - « Misère du présent » (1997) qui exigeait le découplage du travail et du revenu, et l´instauration d´un revenu de base inconditionnel pour tous (RBI).  Qui veut donc encore travailler ?  Les « sales travaux auxiliaires faiblement rémunérés » pourraient, grâce au RBI, être mieux répartis et en outre mieux rémunérés.  Il est certain qu´il subsiste aussi le danger que le RBI subventionne les salaires bas des employeurs par les pouvoirs publics.  

Une suppression sociale extrême possible Le modèle néolibéral du RBI a été conçu pour la première fois par Milton Friedmann. Il voulait que tout le monde bénéficie d´une entrée d´argent minimale.  De cette façon, tous les travaux sociaux auraient été abolis en même temps.  Les mêmes avis sont partagés entre le président du Conseil thuringien, Dieter Althaus (CDU) et l´économiste Thomas Straubhaar : avec un rendement public minimum pour tous, les hommes seraient dépêchés dans le marché de l´emploi ne proposant que peu d´offres.   Le modèle de l´entrepreneur anthroposophique, Werner Götz, a également été analysé d´un oeil critique au congrès bâlois.  Avec un regard précis et un calcul exact, il en ressort que le financement du RBI par la taxe sur la valeur ajoutée se déroule du bas vers le haut, augmentant de manière accrue la pauvreté à cause d´une répartition inégale. Avec le système de Werner Götz, ceux qui n´ont que peu de pouvoir d´achat payent en moyenne 4,8% plus de contributions à la TVA, alors que ceux qui ont un grand pouvoir d´achat payent 7,5% de moins.   

L´État social en crise Pourquoi la question sociale, toujours plus accrue, est-elle constamment reconsidérée en Europe occidentale ?   L´idée du RBI trouve un accueil favorable, parce que les systèmes de sécurités sociales sont étroitement liés par le financement du travail productif et des charges proportionnelles aux salaires. Les taux de chômage continuellement élevés et le déploiement foudroyant des travaux précaires (« working poor ») conduisent également à une surcharge de la sécurité sociale classique et des services communaux d´aides sociales.   Est-il possible d´envisager dans une société capitaliste un RBI contribuant à calmer la position des pauvres ?  C´était la question qui avait été principalement retenue par la gauche. Elle représente un modèle progressif du RBI avec une extension de la liberté personnelle et politique.  Le RBI serait une utopie concrète selon Ernst Bloch.  Le capitalisme serait probablement peu disposé à distribuer à tous la même chose.  Trois possibilités se heurtent pour la réalisation d´un RBI :  1-     la redistribution des richesses, 2-     la redistribution du travail, 3-     s´acquérir de nouvelles conditions de vie et de production - dans le sens d´un vaste service public.   La société active dans sa totalité Le congrès bâlois a souffert en partie à cause du fait qu´il a été dominé par des hommes qui ont trop souvent et impitoyablement livré leur Credo néo marxiste. 

Dans son analyse du précapitalisme et de son travail salarié, Karl Marx avait avant tout dans son objectif une société d´hommes.  L´homme travaillant dans l´industrie passait alors pour le chef de famille qui rapportait le plus dans la structure familiale. L´analyse marxiste du monde du travail ne trouve que peu de correspondance avec son contemporain, Friedrich Engels, sur la structure familiale patriarcale.   Cependant, le point de vue féministe sur les théories de la société globale a trouvé sa place au congrès bâlois.  Aussi, il se disait que les femmes ont été socialisées pour rien au vu des très nombreux travaux bénévoles qu´elles fournissent dans le secteur de l´éducation, du gardiennage, des travaux ménagers, des soins etc.  

Il faut mettre la charrue avant les boeufs, notamment avec les deux questions suivantes : Qui produit aujourd´hui du travail bénévole ? Et qui profite aujourd´hui du travail bénévole ?  Une conclusion logique apporte une réponse à une question si souvent posée : Pourquoi un travail rémunéré doit-il payé un RBI ?  Pourquoi dois-je donc, moi qui travaille, être solidaire avec ceux qui ne travaillent pas ?   Le fait est que beaucoup de travaux bénévoles sont effectués pour toute la société.  Pourquoi ce travail n´est-il pas rémunéré ?  Le RBI pourrait apporter plus de justice dans ce monde actuel de travail, discriminatoire et sexiste.

 

Ainsi, non seulement les droits de la femme, mais aussi les droits d´ l´Homme seraient d´avantage respectés.

 

 

La loi du nombre

D’après « Précaire jusqu’au bout. Voire après - Éditions Filaplomb »

6 milliards de gens sur Terre, et moi, et moi, et moi…

Alors qu’on nous vend sans cesse l’idée de que l’individu est le centre de tout, que l’on nous exhorte à être nous-même, la réalité, c’est la masse. Masse-média, consommation de masse, c’est au cœur du troupeau que l’on construit nos rêves d’indépendance ! On veut se distinguer, alors on se paie une fripe, un objet, une bagnole, tous sensés nous singulariser alors qu’ils sont fabriqués et vendus en série, standardisés, normés et normatifs !

Finalement, on ne fait que subir le poids du nombre, la dictature de la majorité.

Prenons le chômage, comme ça, au hasard. Chacun de ceux qui le subissent est désigné individuellement comme responsable de son état, complaisant, voire complice. Et pourtant, on parle bien des effets délétères du chômage de masse. Ici, la loi du nombre joue à plein régime, comme dans un immense jeu de chaises musicales où chaque siège peut avoir jusqu’à 100 prétendants à la fois, souvent plus.

Je me demandais bêtement pourquoi pas moi, lors du dernier recrutement dont j’ai été éjectée. Alors, collant mon orgueil dans ma poche et mon mouchoir par-dessus, j’ai fini par appeler le cabinet de recrutement pour lever le lièvre.

L’assistante du consultant chargé du recrutement a été charmante.

En fait, nous pensions avoir des difficultés pour trouver des candidats qui puissent coller à ce profil. Quelle n’a pas été notre surprise de voir arriver les candidatures par centaines. On s’est retrouvé submergés. S’il avait fallu convoquer tout ceux dont le profil correspondait à l’annonce, il nous aurait fallu faire passer une centaine d’entretiens. Ce n’était pas possible. Alors nous avons relevé nos exigences : des personnes bilingues, des doctorats, avec une expérience dans l’édition, en plus de tout le reste.

Et oui, tout simplement. J’ai eu beau user mes fonds de culottes sur les bancs de la fac, comme les feuilles mortes, les gens comme moi se ramassent à la pelle. Voilà comme on se prend la loi du nombre en pleine poire. On en est à un point où même si j’étais spécialisée dans la culture des ananas sous serre au Groënland, je serai forcément en concurrence avec des centaines de gus qui ont, tout autant que moi, besoin d’un travail pour vivre.

J’aurais préféré 100 fois apprendre que j’avais discriminée méchamment, pour mon âge, mon sexe, ma religion, la taille de mes fesses, l’âpreté de mon discours, mon blog, mes idées à la con, le fait que je n’ai pas d’ongle au petit orteil[1] ou que j’ai une tête de fromage battu, ou même parce que ma lettre de motivation était à chier[2]. Oui, tout, sauf un simple tri statistique, le néant de la foule compacte de ceux qui cherchent et ne trouvent pas.

C’est finalement aussi injuste que le mec qui se fait refouler à l’entrée d’un concert (désolé, c’est complet!), qui rame pour trouver une place de parking, le soir, à Paris, ou toutes ces situations où notre seul tort est d’être le Enième quidam. Sauf que là, il s’agit de ma subsistance même qui est l’enjeu, et au-delà, la subsistance de millions d’autres comme moi. Même une fourmi a sa place dans la fourmilière, toutes, sans exception. Mais nous, on n’a pas été foutu de gérer le nombre. Et nous sommes tellement nombreux à nager dans la merde que ça n’a plus de sens de s’en plaindre : la loi du nombre fait que le malheur de chacun devient dérisoire face à l’ampleur du désastre collectif. Mais évidemment, vu du centre de chaque petit nombril du monde, la perspective est bien différente.

Alors je me demande pourquoi la loi du nombre s’exercerait toujours de manière négative. Les chômeurs, les exclus, les pas contents, les pas prévus, les qui-rentrent-pas-dans-les-cases, tous ceux qui subissent la loi du nombre ne sont-ils pas eux aussi une masse, une foule, une entité susceptible de peser de tout son poids? Pourquoi les 4 millions de mal employés, plus les autres millions de mal payés, mal considérés, maltraités ne pourraient-ils pas eux aussi faire jouer la loi du nombre, mais en leur faveur, cette fois ? Et si, plutôt que d’accepter d’être sans cesse mis en concurrence les uns contre les autres, il nous prenait l’envie d’être à notre tour une masse, un nombre significatif, de tous ramer dans la même direction ?

Parce que le secret de la domination d’un nombre très important de personnes, c’est de les mettre en concurrence entre elles. Tant que nous nous battrons entre nous pour ramasser les miettes, on ne risque pas de prendre conscience de la massification de notre situation, de notre émergence en tant que masse critique susceptible de faire bouger la société dans une direction qui nous convient mieux !

La révolution commence toujours dans les têtes !

(Sur le même thème, à la manière de Xian & Henri : lire le feuilleton Armand)

 

 

 

 

CONTRIBUTION DE VIVANT-EUROPE

 

À l’Agora du parlement européen

(8 et 9 novembre 2007)

Première proposition : détaxer le travail

VIVANT-EUROPE est d’avis qu’il faut arrêter de taxer le travail des citoyens européens par une imposition qui favorise les délocalisations.

Les taxes sur le travail tuent l'emploi, vident l’Europe de ses compétences et mettent  en péril le financement de notre sécurité sociale.

Le financement de la sécurité sociale européenne doit trouver sa source auprès d’une taxe sur la consommation  des produits finis (et non des services) et ce, sans augmentation des prix.

Cette réforme est essentielle pour l’avenir socio-économique de l’Europe car elle garantit le financement de la sécurité sociale et libère les initiatives puisque le travail est détaxé.

 

 

Deuxième proposition : Institutionaliser le revenu de base inconditionnel au niveau  européen

 

Autant l’EURO fut une mesure d’intégration monétaire pour l’Europe, autant l’instauration du revenu de base inconditionnel  constitue une mesure d’intégration socio-économique.

Cette instauration  doit s’effectuer à la suite d’un choix, d’une décision politique aussi radicale que celle qui permit l’EURO. 

 

Ainsi, il faudra que les États transfèrent une partie de leurs pouvoirs vers l’Union européenne dans le cadre de compétences partagées et d’appui afin d’établir une fiscalité commune et instaurer un revenu de base européen dont le montant est calculé en fonction du PIB de chaque pays

 

Ce choix ferait l’originalité de l’Europe.

En effet, grâce à un pouvoir d’achat minimum garanti d’une manière institutionnelle, le revenu de base favoriserait une stabilité économique et sociale, et constituerait de la sorte une assurance face à la prise de risques due à la mobilité des emplois. 

 

Par ailleurs, ce revenu de base peut devenir un pilier incontournable autour duquel s’organisent le législatif, l’économique et le social.

 

Pour y parvenir, il faut prévoir des étapes comme cela a été nécessaire pour l’introduction de l’EURO.

 

Étapes

 

Dans les étapes d’implantation* du modèle socio-économique de Vivant, on constate que les cinq premières étapes s’effectuent au niveau de chaque pays de l’Union. Ces dernières doivent aboutir dans le cadre de compétences d’appui de l’Europe.

 

* L’implantation progressive du modèle Vivant        

1e  étape :   Suppression de l’obligation de faire une déclaration d’impôts  pour 

                  les personnes physiques

2e étape :   Instauration d’une assurance maladie inconditionnelle gratuite

3e étape :   Introduction du revenu de base pour les jeunes de 18 à 25 ans

4e étape :   Introduction progressive du revenu de base chez les 25-65 ans

5e étape :   Extension du revenu de base aux enfants et aux pensionnées    

6e étape   : Application du financement alternatif au niveau européen        

7e étape :  Abolition de toute taxe sur les services   

 

L’Europe doit pouvoir, par volonté politique et par la force de ses institutions, permettre à tous les pays membres de passer à la septième étape  ce qui  exige d’harmoniser les fiscalités.

 

Pourquoi ne pas faire coïncider cette dernière étape avec l’instauration d’un gouvernement économique européen ?

 

Institutionaliser le revenu de base inconditionnel au niveau européen ainsi   qu’un financement alternatif de la sécurité sociale par la consommation, voilà LES PROPOSITIONS DE VIVANT-EUROPE

 

 

 

  Métamorphoses du travail
d'André Gorz - éditions Folio essais (poche)
2004, 8,40 €

Travail et Non-travail, la leçon d’andré Gortz, un texte de Pascal Gribourg chez « inventaires ».

 

 

 

Compris comme un ensemble d'activités destiné à satisfaire des besoins et partant à rendre la vie non seulement possible mais meilleure, le travail a toujours été au cœur des sociétés humaines. Hier ramasser des baies sur les arbres et ramasser du bois pour faire cuire le gibier qu'on aura tué, aujourd'hui se rendre au bureau ou aux assedics. Mais déjà je ne parle plus de la même chose, le travail étant devenu pour l'essentiel une activité rémunératrice s'inscrivant dans un système économique réglé et non plus une activité autonome. Ce qui est devenu évidence ne l'est pourtant pas depuis très longtemps et il faut peut-être souhaiter que cette définition restrictive du travail cède la place à quelque chose d'autre, de moins aliénant et de plus enrichissant, au sens plein du terme, et plus seulement monétaire. Et ceci pour une raison simple, bien que partiellement reconnue : il n'y a plus assez de travail pour tout le monde, et demain sera pire qu'aujourd'hui. Si nous ne voulons pas que les marginaux deviennent majoritaires, c'est à la notion même de travail qu'il faut s'attaquer et ceci afin de « déconnecter du travail le droit d'avoir des droits », selon la puissante formule d'André Gorz (Misères du présent, richesses du possible).

 

Travail et finalité, la question du sens

Dans un livre remarquable, Métamorphoses du travail (abrégé : M.T, Folio) André Gorz rappelle comment ce qu'il nomme « rationalité économique » a envahi le monde des activités humaines pour devenir le grand paradigme sur lequel régler non seulement notre « travail » mais tous les moments qui composent notre journée – et même nos nuits ! Ce basculement date historiquement du XVIII° siècle et des manufactures. Après avoir produit chez eux ce dont ils avaient besoin pour vivre, les artisans durent se rendre dans des fabriques non plus pour accomplir telle ou telle tâche et s'en retourner chez eux mais pour travailler un certain nombre d'heure en échange de quoi ils percevraient un salaire. La bourgeoise inventait le prolétariat et son exploitation. Gorz précise, « la répugnance des ouvriers à fournir jour après jour une journée de travail entière fut la cause principale de la faillite des premières fabriques ». Les ouvriers auraient aimé ne travailler que pour satisfaire les besoins qu'ils pouvaient satisfaire avant, en travaillant chez eux. Au lieu de quoi on les astreignait à travailler toute la journée et toute l'année pour un salaire qui dans un premier temps pouvait leur paraître excessif. Les employeurs se voyaient pour ainsi dire légitimés à réduire les salaires, mais une autre solution sembla plus profitable : créer de nouveaux besoins. La publicité allait s'en charger. Au déplaisir multiplié par l'automatisation et la division des tâches devait donc répondre les augmentations de salaires, les primes de rendements, etc… tout un système que le capitalisme moderne allait perfectionner (primes de fin d'année, treizième mois, stocks options…), ceci afin de pouvoir offrir aux travailleurs de « vraies » compensations. À la modestie presque idiote de l'ouvrier-producteur allait se substituer les insatiables et toujours nouveaux appétits d'une figure nouvelle : le travailleur-consommateur, non plus prolétaire mais middle-class se rêvant en bourgeois futur, on dirait maintenant en cadre dirigeant. Qu'on ne se méprenne pas sur mon ton ironique, je ne nourris aucune haine de classe, je souligne simplement la perfidie d'une évolution sociale dont aujourd'hui même ceux qui s'en sortent commencent à payer le prix : on ne gagne pas assez, il n'y a pas assez de travail et consommer frénétiquement semble de plus en plus absurde en plus d'être écologiquement dévastateur.

La question du sens est au coeur de l'œuvre de Gorz et c'est bien en cela qu'il est philosophe. Si aujourd'hui le travail est devenu ce qu'en matière de finance on appellerait une valeur refuge, une sorte d'étalon-or, c'est que ni la famille ni la patrie ne représentent plus des socles assez stables pour que les mentalités (pétainistes ? Badiou en fait l'hypothèse dans son livre polémique « De quoi Sarkozy est-il le nom ») ne s'effraient pas du délitement de nos démocraties d'autant plus avides de surveiller et de punir qu'elles sont affaiblies sur le plan de l'autorité institutionnelle. Il y aurait bien la culture ou l'art pour recimenter la société, mais l'inculture ayant gagné les classes politiques et l'urgence du bifteck occultant la nécessité de se retrouver au travers de médiations symboliques émancipatrices, on n'ose plus attendre grand-chose des nouveaux guides. D'autant moins quand on remarque que l'humanisme dont ils se réclament pour se faire élire finit généralement par entraver leurs mouvements en leur rappelant une exigence de vertu et d'épanouissement dont une fois au pouvoir ils ne semblent plus comprendre l'intérêt. Si le travail peut faire figure de valeur ultime, c'est qu'il est synonyme d'inscription et de reconnaissances sociales, même si, et c'est ce qu'il y a lieu d'examiner, l'activité à laquelle s'adonne le salarié peut sembler sinon dérisoire – elle est utile ! – du moins insensée au sens où ses finalités n'apparaissent pas aux yeux de celui qui s'escrime à satisfaire des intérêts qui le dépassent et dont on se fait fort de le tenir éloigné. Un intéressement au capital, voilà tout ce à quoi un salarié peut raisonnablement prétendre, et qu'il ne se mêle pas de savoir ce qui serait préférable à l'entreprise, encore moins aux salariés ou à la société dans son ensemble, bien que, nous allons le voir, le nouveau capitalisme sache désormais valoriser les personnes et même capitaliser l'humain, de sorte qu'une nouvelle culture émerge, a émergé : la culture d'entreprise. Comme le dit Gorz, « toute la question est de savoir si cette prise en compte prépare une exploitation et une manipulation aggravées des travailleurs ou une autonomisation des valeurs extra-économiques, non quantifiables, jusqu'au point où elles restreindront les droits de la logique économique au profit de leurs droits propres » (M.T, p 106).

 

Travail et valeur

Un concept est central dans la conception que Gorz se fait de ce que j'appellerais une société idéale : c'est le concept d'autonomie. Il définit ainsi le travail autonome : il est « auto-organisé » dans son déroulement ; il poursuit un but que les travailleurs eux-mêmes se sont fixé ; il est épanouissant pour la personne qui s'y livre (M.T, pp 130-140). Evidemment l'automatisation et l'hyperspécialisation représentent un obstacle considérable à la production du sens. Appuyer sur un bouton ou devenir l'auxiliaire d'une machine, étudier comment fonctionne un poignet quand un collègue avec lequel on n'a aucun échange étudie quant à lui le fonctionnement du coude ou du genou ne facilite pas vraiment la compréhension globale des processus ! Et pourtant, des expérimentations ont eu lieu, notamment chez Volvo, en Suède. Un modèle d'autogestion fut expérimenté dans les années 80, donnant des résultats remarquables en matière de gain de productivité. Il fut abandonné. C'est curieux comme l'homme semble redouter que son frère devienne intelligent. Aurait-il peur de perdre sa place ?
Cependant, il faut souligner le virage récemment pris par le capitalisme moderne qui, en prenant en compte la qualité des relations humaines et la valeur des personnes, contribue à faire reconnaître un fait désormais incontestable, à savoir que la valeur d'un bien – a fortiori d'un service (économie tertiaire) – ne dépend plus principalement du temps de travail nécessité pour sa production mais de ce qui le précède et de ce qu'il devient. La source de la valeur d'un bien marchand est à la fois antérieure à sa production (matière premières, recherche, ingénierie) et postérieure (valeur d'usage, capital symbolique, ou pour le dire plus simplement un bien vaut aussi par l'effet produit par son usage, par exemple l'exhibition de telle marque de vêtement, de lunettes ou de voiture signifiant ma réussite ou, plus hypocritement encore – la FNAC ! –, ma qualité d'agitateur – j'ajouterais non pas d'agité du bocal mais bien du porte-monnaie). Pour circonscrire le phénomène au niveau du travail indépendamment de la consommation, il y a lieu de distinguer entre « procès de production » et « procès de travail », le second prenant le pas sur le premier. Et de se demander si la nouvelle conception «élargie » du travail – le travail immatériel toujours déjà commencé et ne finissant jamais – est à même d'apporter une réponse plus satisfaisante à la question du sens de ce qu'on fait que le simple processus de production, dénoncé il y a déjà longtemps et à juste titre comme aliénant, alors que, rappelons-le, via l'automatisation, il devait contribuer à libérer les êtres humains des tâches ingrates afin qu'ils puissent se consacrer à des activités plus nobles.

 

Le travail immatériel

Deux choses se télescopent que je vais essayer de démêler : d'une part le capital, et notamment le capital fixe, c'est-à-dire l'ensemble des moyens de production ou des machines ; d'autre part les hommes et leur valeur. Elles se télescopent parce que toutes deux sont déterminantes dans la définition de la valeur d'un bien ou d'un service, mais elles doivent être nettement distinguées pour pouvoir aborder la question des savoirs et des savoir-faire et de la résistance qu'ils offrent à la quantification, partant au système économique. Deux enjeux se greffent sur cette question de la valeur : le premier consiste à mettre à jour ce qui participe d'une économie générale de manière invisible et non rémunérée, au détriment des citoyens (question du revenu d'existence compris comme juste retour des choses et pour reprendre ma formule du début, des « droits déconnectés du travail »). Le second vise à identifier des activités non-marchandes afin de marquer des limites au marché (après le tout-politique, le tout-économique) et sauver autant que faire se peut notre liberté ou notre capacité à nous libérer.

Sur un plan macro-économique, reconnaître que la valeur d'un bien est en grande partie indépendante de son coût de production contribue à la dévalorisation du capital fixe, ce qui incite les entreprises à se défaire de ce poids machinique pas si rentable que ça. Il y a les délocalisations bien sûr, mais il y a aussi les externalisations, plus communément appelées sous-traitance. Ainsi écrit Gorz, « les entreprises de production matérielle sont reléguées au rang de vassales des firmes dont la production et le capital sont essentiellement immatériels » ( L'Immatériel, p 49, abrégé I). Il ajoute : on loue son capital fixe matériel plutôt que d'en être propriétaire. Ex : Nike. « Nike ne possède ni installations ni machines : son activité se borne à la conception et au design. » Etonnant. Le mouvement est le suivant : j'externalise ce qui ne rapporte plus tant que ça ; à l'inverse j'internalise ce qui confère une plus-value, les services. En d'autres termes, je mise sur la connaissance ou l'intelligence plus que sur les matériaux, je mise sur le capital humain. On pourrait citer Google, société « intelligente », dont la réussite tient essentiellement aux trouvailles de ses « chercheurs » qu'elle renouvelle régulièrement, ceci afin d'être au top de l'inventivité. Quand on voit en plus comment elle intègre son personnel dans sa « maison », quasiment à la manière d'une secte ou d'une université offrant sur place le manger et le coucher, exigeant une immersion quasi-totale de l'individu dans la culture de l'entreprise pour un temps limité, on se dit que Google est effectivement au sommet du management actuel.
La flexibilité aidant, ce n'est pas seulement l'entreprise qui change, c'est le travailleur. Il est en passe de devenir son propre employeur. En effet, s'il veut rester compétitif, il doit gouverner sa vie à la manière d'une entreprise : se former sans cesse, investir dans les nouvelles technologies, se cultiver afin d'en savoir plus que ses concurrents… Gorz voit même comme horizon de ce devenir-entrepreneur du travailleur une fin du salariat. Ce qui pourrait être une bonne chose, si un espace et un temps non dévoués à l'économie parvenaient à se dégager de l'étau.
L'idéologie actuelle dit « tout est travail » et plus le travail valorise l'intelligence, moins il se définira par une présence à un bureau couplée à un nombre d'heure. C'est à trouver des solutions et donc à ouvrir son esprit que le travailleur de la « knowledge society » doit s'appliquer. En un sens, il ne travaille jamais mieux que quand il ne travaille plus. C'est Glenn Gould qui trouve le moyen de surmonter l'obstacle que lui posait telle ou telle partition lors d'une promenade en forêt, c'est je ne sais plus quel chef d'Etat américain qui décide d'une stratégie militaire en plein cœur d'une partie de billard… Nos managers actuels le savent, le surmenage n'est pas bon à la productivité. Il vaut mieux souffler et penser à autre chose, ou plutôt souffler en y pensant, que de persister dans l'impasse.
Qui dit travail immatériel et travailleur-entrepreneur dit par conséquent non pas plein emploi mais plein temps. C'est sur cette idée qui veut que le temps hors-travail contribue à la productivité que s'appuie la revendication d'un revenu d'existence.

 

Le revenu d'existence

L'idée d'un revenu d'existence, assez largement débattue en dépit d'un flou concernant ses modalités d'application, se veut un moyen efficace pour sortir de l'assistanat. À l'heure qu'il est, on attribue des minima sociaux à des gens auxquels on reproche de coûter cher à la société, sans prendre en compte le fait qu'il n'y a plus assez de travail pour tout le monde et que partant il y aura nécessairement des laissés-pour-compte, ni non plus l'aubaine qu'ils représentent pour des employeurs sans scrupule recherchant une main d'œuvre à la fois peu coûteuse et corvéable à merci. Que certains ne soient même pas conscients de ce que cette humiliation permanente rapporte à d'autres ne les excuse en rien, l'idéologie actuelle du travail est un mensonge qui détruit des gens, ce qu'il faut commencer par reconnaître si l'on veut pouvoir sortir de ce piège.
Pour éviter de devenir une subvention détournée aux employeurs, le revenu d'existence doit donc être « suffisant ». Notion vague. Idéalement, selon Gorz, ce revenu devrait permettre à des personnes de poursuivre des activités non-marchandes s'inscrivant généralement dans le cadre de la vie associative et de créer des richesses non monnayables, utiles à la recomposition du tissu social (enfin un rapport non marchand avec ses semblables !). Gorz est tout à fait conscient du risque qu'il y a à vouloir rendre visible une activité qui ne l'est pas, à subordonner aux contraintes de la rationalité économique un faire qui lui échappe. Pour autant, il ne semble pas voir que, dans la mesure où l'on ne saurait contraindre quelqu'un à faire quelque chose en échange d'un revenu sans faire de ce revenu un salaire, rien ne peut garantir que le bénéficiaire de ce revenu d'existence se consacre à une noble cause, ou réputée telle. Il y a même tout lieu de penser que ce revenu servira à la consommation et à rien d'autre. À mes yeux il paraît plus urgent de travailler à la transformation des mentalités, ce que néanmoins cette question du revenu d'existence contribue à faire en déconnectant la question des droits de celle du travail. Gorz écrit : « Chômage ne signifie ni inactivité sociale ni inutilité sociale mais seulement inutilité à la valorisation directe du capital. » (I, p 100). En d'autres termes la société à tout intérêt à faire fructifier les richesses non marchandes que ces hommes et ces femmes sont en puissance de créer plutôt que de les rabaisser et de les marginaliser. Il est vrai que cet effort, c'est toute la société qui doit le fournir et qu'il serait vain d'espérer une réponse pertinente à cette question de l'exclusion de la part de l'Etat, lequel semble beaucoup plus soucieux de faire disparaître les exclus de sa comptabilité du chômage que de rendre une dignité à ses citoyens.

 

Le travail autonome ou le non-travail

D'un côté le travail est devenu immatériel et en un sens tout le monde y participe et tout le temps, d'un autre des forces de résistance s'organisent et notamment en ce qui concerne la circulation des savoirs. Du coup, soucieux de contrôler l'incontrôlable et de chiffrer l'inchiffrable, le capital se mobilise non pas sur la fabrication des savoirs et la manière qu'a tout un chacun de s'approprier ce qui relève d'un patrimoine commun propre à chaque époque, mais sur l' accès à la connaissance. La grande question, plus actuelle que jamais, en matière d'économie et d'information, consiste bien à réguler ou interdire l'accès à ce qui est anarchiquement ou pas mis en commun. Gorz est un enthousiaste d'internet. Il se réjouit de ce que le capitalisme numérique favorise l'appropriation collective de formes de connaissance généralement peu accessibles. Il est vrai que l'on est noyé sous l'information, mais il n'est pas moins vrai que les logiciels libres permettent le développement d'activités multiples et la mise en réseaux de productions personnelles, intellectuelles ou artistiques comme jamais auparavant. C'est dans la mesure où l'accès libre favorise une « production de soi » que Gorz défend le numérique. Il n'aborde pas la question de la dévalorisation des contenus, de l'addiction à la machine ni du dépérissement des relations humaines, même si, globalement, il dénonce la déshumanisation qu'engendre le développement et l'usage des nouvelles technologies (à cet égard la fin de L'Immatériel ressemble à un cauchemar futuriste, malheureusement étayé par des citations réelles de chercheurs bien vivants !). La valeur d'Internet n'est que faiblement marchande, elle est pour l'essentiel une valeur d'usage. Autrement dit, internet ne vaut que pour autant qu'on en fait un usage valorisant à nos propres yeux.

André Gorz ne perd jamais de vue l'exigence de sens qu'il pose au fondement de toute pratique. Pour lui l'activité marchande, l'argent, est incapable de traduire la beauté et l'humanité qui font tout le prix de l'existence. Il écrit : « La valeur argent ne reflète en rien la valeur esthétique, laquelle ne reflète en rien la valeur travail » (I, p 75). Ce n'est pas le prix d'un tableau qui me le fera aimer pas plus que ce n'est le nombre d'heures passé par l'écrivain sur son roman qui en fera la qualité. L'essentiel pour Gorz réside dans la mise en commun, dans le partage et dans la qualité des relations qui relient les être humains. C'est bête à dire mais au vu de l'évolution de nos sociétés ça vaut la peine d'être rappelé. Un autre point mérite d'être souligné. C'est le rôle de l'art, que l'on confond trop souvent avec la culture, celle-ci n'étant que l'appropriation par la société, nécessaire évidemment, mais parfois discutable, de ce que l'art met à jour. Gorz est proustien en matière d'esthétique. Il ne dit pas clairement que l'art doit décevoir mais qu'il doit déranger, ce qui dans certains cas revient au même. L'art doit renouveler nos manières de voir et de sentir, de penser et d'imaginer. En ce sens l'art est au cœur de la société, l'art est même le cœur du système, sa force de vie et de renouvellement, entendue que l'art donne voix à ce que l'organisation sociale étouffe, la vie vécue, les rêves et les souffrances, les espoirs et parfois la colère. Changer dérange. Les plus progressistes se doivent de le reconnaître, l'art demande un effort, un surmontement de soi et de ses habitudes. L'art est un combat. Et pourquoi dérange-t-il, tout en enchantant, du moins après un petit temps d'acclimatation ? Parce qu'il déblaie pour faire voir du nouveau. Un visage inconnu qui peut charmer ou faire peur et duquel en tout cas on ne sait pas quoi attendre. Le pire ou le meilleur, les deux peut-être, comme quand on dit mariage. L'art implique réflexion, décision, autonomie, jusqu'à l'altérité, la découverte et l'accueil de l'autre, la voix de l'étranger. Pour conclure je citerai Marguerite Duras, qui en son temps, en raison de la liberté qui la gouvernait, fut chassée du parti communiste, ce qui n'a pas manqué de la peiner. Ces lignes sont extraites des Yeux verts, du début, le petit paragraphe qui s'intitule « Le non-travail ». Elle dit : « Et écrire non plus, non, je ne crois pas que ce soit du travail. Je l'ai cru longtemps, je ne le crois plus. Je crois que c'est un non-travail. C'est atteindre le non-travail. (…) Tous, on cherche ces instants où on se retire de soi-même, cet anonymat à soi-même que l'on recèle. On ne sait pas, on ne sait rien de tout cela qu'on fait. » De cette évidence difficile à atteindre, chacun tirera l'enseignement qu'il pourra et, à sa manière, à son échelle, remettra le monde en question. Ce qui reste à faire et l'est quotidiennement. Alors au boulot, pour mettre le travail à mal et vider le ciel de ses intrus.

 

 

Extrait d’un document de Georges Pompidou

 

 

 

 

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Il se passe tous les jours quelque chose chez eux : Le monde surprenant de Xian et Henri

 



[1] Oui, c’est assez incroyable, mais je chausse du 35. J’ai donc des petits pieds, très mignons par ailleurs, mais il se trouve que sur le petit orteil, il n’y avait pas assez de place pour caser un ongle. Voilà, vous connaissez mon secret, ma terrible difformité !

[2] J’en n’ai pas dormi pendant 2 semaines, tellement cette lettre était mauvaise. Mais j’étais tellement contente de trouver cette annonce…