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Mission
des deux Sénateurs du 18 au 22/9/2008
BUT DE LA MISSION
On a écrit beaucoup de choses sur le conflit qui s’est déroulé début août en
Ossétie du Sud.
Sans établir de proportion et de statistique des articles publiés, on peut
dire, sans crainte de se tromper, que, dans sa grande majorité, la presse
Occidentale a considéré qu’il y avait une volonté de Moscou d’annexer la
Géorgie, que Moscou a défié les puissances occidentales, que derrière
l’offensive dans le Caucase c’est l’Amérique que vise la Russie et qu’en
définitive il s’agit bien d’une « agression » russe contre la Géorgie.
Concernés par les menaces de relance de la guerre froide que ce conflit
engendre, nous avons voulu aller voir sur place, dans cette région instable,
et procéder à un constat minutieux, objectif, sur le terrain.
Nous sommes partis à deux, à nos frais, un Sénateur de la majorité gouvernementale
et un Sénateur de l’opposition, afin de garantir cet esprit d’objectivité.
Nous avons constaté des faits.
Nous souhaitons vous livrer ici ce constat commun.
Nous en tirerons à certains égards des conclusions politiques, soit différentes,
soit nuancées en fonction - c’est cela la démocratie - de notre sensibilité
et de nos convictions.
LE DÉROULEMENT DU CONFLIT
1. Avant le 7/8/2008
D’après un certain nombre de témoignages que nous avons pu recueillir
directement auprès de civils interrogés dans la ville même de Tskhinvali,
dans les villages de Kmitogurovo, et de Tsunar, les tensions étaient vives les jours qui ont
précédé l’invasion du 7/8/2008.
Des incidents isolés, avec échange de tirs, ont entraîné des victimes dans
les deux camps. C’est ainsi que nous avons rencontré la famille d’un homme de
45 ans tué le 30/7/2008 par des tirs isolés d’un sniper géorgien, provenant
de collines situées à quelques 400m derrière le quartier juif où il vivait.
2. Le 7/8/2008
A 20 H, au journal télévisé, le Président de la Géorgie, M. Saakashvili, déclare textuellement qu’une solution
négociée doit être recherchée et que la Géorgie arrêterait tout conflit armé,
même si l’Ossétie en prenait l’initiative. Il déclarait que la Géorgie ne
riposterait pas.
Dans la soirée du 7/8/2008 se tient, à Tskhinvali, une réunion entre des
représentants de l’Ossétie du Sud, conduit par Mr Boris Chochiyen,
et l’émissaire russe, M. Yuri Popov.
Cette réunion se termine à 21 heures. L’Ambassadeur Russe Popov quitte la
réunion et prend la direction de la capitale géorgienne, Tbilissi. Sur le
chemin il contacte par téléphone le ministre d'État géorgien pour la
Réintégration des territoires séparatistes, Temour Iakobachvili, et lui signale, dès 21 H, que les Ossètes
veulent une solution de paix négociée, excluant tout recours à la force.
Sur le chemin, il remarque, près de Gori en Géorgie, un grand nombre de
blindés géorgiens faisant mouvement vers l’Ossétie du sud. Inquiet, il essaye
d’appeler à nouveau Iakobachvili, en vain. Ce
dernier a vraisemblablement coupé son téléphone.
Peu après 23 H, l’armée géorgienne commence des bombardements massifs sur
Tskhinvali et ses environs à l’aide de fusées sol sol
Grad, de tir de chars lourds et entreprend
l’invasion de l’Ossétie du Sud.
A 1 H du matin, soit le 8/8/2008 au matin, le Général géorgien Kulakhmetov téléphone à l’ambassadeur Popov pour lui
signaler que la Géorgie déclare la guerre à l’Ossétie du Sud.
Les Géorgiens ont donc commencé leurs bombardements massifs et leur invasion
sans notification.
Yuri Popov tente alors de gagner l’Ambassade de Russie à TBILISSI
.
Rappelons que le 8/8/2008 commencent à Beijing les
Jeux Olympiques où se trouvent présents MM. POUTINE et BUSH.
C’est donc, Dick CHENEY, Vice Président US, faucon notoire, qui est aux
commandes à Washington.
Les bombardements géorgiens vont durer trois jours sans interruption, pendant
lesquels – nous y reviendrons ci-dessous – des objectifs civils vont être
pilonnés sans désemparer.
Le 8 août au soir, Sakaashvili affirme à la
télévision géorgienne « qu’il contrôle chaque arbre à Tskhinvali. »
C’est le 9 août au soir que les troupes de la 58ème Armée Russe franchissent
le tunnel de Roki, passage principal entre
l’Ossétie du nord membre de la fédération de Russie de l’Ossétie du sud,
formellement territoire géorgien. Les troupes russes arrivent en renfort le
10 au matin à TSKHINVALI et bousculent l’armée géorgienne qui se débande
rapidement, poursuivie par la 58ème armée russe jusqu’au delà de Gori en
Géorgie.
CE QUE NOUS AVONS CONSTATE SUR LE TERRAIN
Nous avons constaté de visu, en nous déplaçant où nous l’avons voulu et en
interrogeant librement, (nous insistons sur cet aspect-là), la destruction
massive d’objectifs purement civils.
- Pendant 3 jours les forces géorgiennes ont bombardé délibérément à
l’artillerie et avec des obus de chars l’hôpital principal de
la capitale ossète, hôpital toujours hors service qui porte encore les
traces des nombreux impacts qui l’ont ravagé.
Comme nous l’ont confirmé plusieurs soignants dont le Dr Alda Djeoyeva, de garde cette nuit du 7 août, des opérations
chirurgicales ont dû se dérouler dans les couloirs, dans les caves, où
plusieurs dizaines de personnes se sont réfugiées pendant les 3 jours de
bombardement. Les malades présents ont dû être transportés dans les caves
dans des conditions d’hygiène déplorables.
- Le quartier juif, que nous avons visité avec un jeune sociologue juif
parlant anglais, Mr Michael Chernov, déjà
partiellement endommagé lors de la guerre de 1991-92, a été entièrement
détruit, à l’exception de la synagogue restée plus ou moins en état. Ce
quartier où ont vécu en paix les juifs pendant près de 2.000 ans est situé en
aval d’une colline où l’artillerie géorgienne était postée. Celle-ci était
donc à environ 400 mètres. Elle ne pouvait ignorer, dit Mr Chernov, qu’elle tirait avec violence sur des habitations
et sur des civils. Les habitants se sont réfugiés dans la cave de la
synagogue. Nous avons trouvé dans la cour de cette synagogue des pièces de
missile GRAD.
- Nous avons constaté la destruction quasi complète d’un village dénommé Kmitogurovo situé à 4km au sud de Tskhinvali. Il s’agit
d’un conglomérat d’une douzaine de maisons construites pour des réfugiés par
l’ONU après la guerre de 1992. Une cinquantaine de personnes vivaient là. Il
a été entièrement détruit. Nous avons vu les traces de tank s’engageant dans
le chemin de terre. Celui-ci a tourné et tiré délibérément, à bout portant
sur les maisons habitées. Dans l’une d’elles vivait une famille avec trois
petits enfants, la famille Tuavev. Ils ont été tous
tués, car ces maisons ne comportent pas de sous-sol pour s’y protéger.
Trois maisons ont été épargnées, car elles étaient fermées par un cadenas et
donc vides d’habitants.
Il nous a été expliqué par des villageois survivants qu’il s’agissait
vraisemblablement d’une expédition punitive sur ce petit village sans
défense.
En effet, nous avons recoupé, par différentes déclarations, que le village en
amont, Tsunar, à quelques kms de la frontière, où
s’est déroulée la première bataille au sol dans la nuit du 7 août, était défendu par environ 200 miliciens ossètes faiblement
armés. 12 d’entre eux ont été tués et les autres se sont retirés. Les
Géorgiens, qui n’ont pas eu de victimes à ce moment-là, comptaient plus ou
moins 700 soldats et 16 chars lourds.
C’est en poursuivant leur avance vers Tskhinvali qu’ils ont complètement
détruit le village de Kmitogurovo où il n’y avait
pas de combattants.
- Nous avons constaté la destruction quasi complète du village de TSUNAR .
Une dame de 58 ans a été brûlée vive dans sa maison entièrement carbonisée.
Un autre civil a été décapité par un tir géorgien. Dans ce village 38
personnes ont été tuées. Les deux personnes ci-dessus, dans leurs habitations
et 36 autres, qui tentaient de fuir sur la route.
- Il nous a été précisé, à de nombreuses reprises, que la plupart des
victimes avaient été touchées en fuyant sur les routes vers le nord, ou dans
les villages où les maisons n’ont pas, comme dans la capitale Tskhinvali, de
cave pour s’y réfugier. Nous avons effectivement vu de nombreuses épaves de
voitures individuelles brûlées ou écrasées par des chars.
- Dans ce village de TSUNAR nous avons constaté la
destruction du jardin d’enfants. Les enfants avaient été heureusement évacués
dès le 2/8/2008.
- Dans TSKHINVALI nous avons constaté la destruction, complète ou partielle,
de très nombreuses maisons civiles outre des bâtiments publics. Le Parlement
est entièrement détruit. De même, les bâtiments administratifs du « Ministère
» (un seul bâtiment regroupe l’ensemble des services administratifs et
ministériels) ont beaucoup souffert.
- Nous avons également constaté, sur une colline aux abords de TSKHINVALI, la
destruction totale de la caserne occupée par 200 soldats russes « peacekeepers » dans le cadre d’un accord CEI. Un bâtiment
de la Croix rouge, juste à côté de la caserne, clairement identifié, a
également été détruit par l’artillerie géorgienne qui se trouvait à 1,8 Km,
de la caserne russe.
C’est là que se trouvaient les soldats géorgiens également membres du « peace keeping force ».
Plusieurs témoignages confirment que ces soldats géorgiens ont quitté les
positions qu’ils occupaient avec leurs collègues russes la veille du 7 août.
Les militaires russes qui n’avaient que de l’armement léger, pas de chars ( en accord avec les normes internationales), ont résisté
aux assauts en attendant les renforts de la 58ème armée arrivée le 10 au
matin. Ils ont eu 10 tués dans leurs rangs. L’entière destruction de la
caserne, incendiée, nous a impressionnés.
FAITS HUMAINS
Il nous a été déclaré à l’hôpital de VLADIKAVKAZ (Ossétie du Nord –
Fédération de Russie) par Boris DIGOUROV, Médecin
en Chef, que 196 personnes blessées ont été amenées d’Ossétie du Sud. Parmi
celles-ci 90 % étaient sévèrement touchées. Les blessures étaient plutôt
causées par des tirs longue distance et non par des traces de « full contact
». Il s’agissait plutôt d’éclats d’obus, plutôt que de balles, de tir de
missiles et de roquettes.
Nous n’avons pu voir qu’une seule personne dans un état critique, touchée à
la gorge et paralysée des deux jambes, par tir de balle.
Beaucoup de blessés grièvement atteints ont été transportés à Moscou.
Il nous a également été exposé que d’autres personnes avaient été évacuées
aux alentours de TSKHINVALI. Des personnes sont mortes d’infarctus également.
Dans l’hôpital principal de Tskhinvali une morgue improvisée dans une pièce
du rez de chaussée où se sont entassés les cadavres a été installée dès le 8
août, la morgue de l’hôpital ayant été détruite dès les premiers
bombardements.
Une aide psychologique aux victimes semble avoir été mise en place.
On nous a précisé, de plusieurs sources, que les bombardements géorgiens
avaient causé la mort de quelque 1.500 civils.
Au vu des innombrables destructions que nous avons pu constater, ce chiffre,
même s’il est difficile à vérifier, nous paraît vraisemblable.
Nous avons également rencontré un prisonnier du village de TSUNAR, resté une semaine aux mains des Géorgiens, pour
être ensuite échangé.
Cette personne a été battue (édentition quasi
complète). 18 hommes ont été ainsi faits prisonniers.
LE RETRAIT DES TROUPES RUSSES
Nous avons constaté tout le long de la route reliant VLADIKAVKAZ (Ossétie du
nord) à TSKHINVALI, et notamment dans le tunnel de ROKI
le retrait de troupes russes remontant vers le Nord.
94 blindés, 86 camions chargés de troupes et 5 auto-blindées.
ARMEMENT UTILISE
Nous avons constaté que l’armement russe était assez vétuste. Une dizaine de
blindés russes étaient d’ailleurs en panne ou remorqués vers le nord.
L’armement léger des soldats russes, rencontrés en première ligne, où nous
sommes allés, consistait essentiellement en AK47, Kalachnikov, antédiluvien.
L’armée russe s’employait à faire sauter des mines déposées par les géorgiens
lors de leur retraite.
D’après les témoignages recueillis, l’armement géorgien apparaissait beaucoup
plus sophistiqué.
Effectivement lors d’un « défilé de la victoire » qui a eu lieu lors de notre
présence à Tskhinvali, les Russes ont exhibé le butin de guerre pris aux
Géorgiens, notamment du matériel léger américain et 5 chars T72 de dernière
génération, construits en Ukraine en 1997 et équipés de matériel de visée
sophistiqué israélien.
QUESTIONS
Un certain nombre de questions se posent immanquablement et nous avons essayé
d’y apporter des réponses objectives, fondées encore une fois sur des
témoignages et des recoupements.
1) Y-a-t-il eu des crimes de guerre ?
Définition de la notion de crime de guerre par le tribunal
international de Nuremberg de 1945 …
« Atrocités ou délits commis sur des personnes et des biens en violation des
lois et usages de la guerre, y compris l’assassinat, les mauvais traitements
ou la déportation, pour des travaux forcés ou pour tout autre but, des
populations civiles dans les territoires occupés, l’assassinat ou les mauvais
traitements des prisonniers de guerre ou des personnes en mer, l’exécution
des otages, le pillage des biens publics ou privés, la destruction sans motif
des villes et des villages ou la dévastation que ne justifie pas la nécessité
militaire.»
Nous avons constaté des bombardements indiscriminés. C’est-à-dire que
des objectifs civils ont été touchés sciemment, délibérément – cf. supra-.
Une enquête internationale est donc nécessaire. Les Autorités russes (Vice
président du Sénat, M. TORSHIN) nous ont précisé ne
pas s’y opposer et même y être favorables.
Les propos suivants tenus par les Géorgiens nous ont été rapportés par des
villageois qui ont vécu le premier assaut dans le village de TSUNAR – près de la frontière géorgienne – dès 11 H du
soir :
- « Where are your Russians ? » “ We will finish the cleansing and then we’ll take
care of you”
Des villageois nous ont affirmé que des soldats géorgiens s’adressaient aux
personnes réfugiées dans leurs maisons, en ossète (langue proche du perse)
pour leur dire de sortir de leurs abris car ils ne devaient rien craindre,
pour ensuite les abattre froidement.
Des constatations que nous avons opérées (par ex. tirer pendant 3 jours sur
un hôpital est indéniablement un crime de guerre, de même que tirer au canon
de char à bout portant sur des maisons habitées) nous avons des présomptions
graves, précises et concordantes pour indiquer qu’il y a eu crimes de guerre.
Il conviendrait que la Cour Pénale Internationale soit saisie de ce dossier.
2) Pourquoi la 58 ème armée (Russie) a-t-elle réagi
dans les deux jours ?
Cet élément a souvent été avancé par un certain nombre de commentateurs pour
indiquer que les Russes étaient prêts à l’invasion de l’Ossétie du Sud.
La 58ème armée, stationnée en permanence à Vladikavkaz, à quelques dizaines
de km de la frontière d’Ossétie du sud – est constamment en état d’alerte
avancée et prête à réagir dans une zone extrêmement perturbée, située à
quelques km à peine de la Tchétchénie.
Cela nous a été effectivement confirmé, par le vice-président du Sénat Russe,
Mr Alexander P.Torshin, qui a dirigé une commission
d’enquête du sénat russe sur place dès le 12 août et que nous avons
longuement rencontré à notre retour à Moscou.
Par ailleurs, la presse se faisait l’écho des tensions et de ces incidents
survenus les jours précédents. Il n’est donc effectivement pas impensable
qu’un pays comme la Russie dispose de services secrets qui les avaient
prévenus de l’imminence d’une invasion par la Géorgie.
3) Pourquoi les Géorgiens n’ont-ils pas bloqué le fameux tunnel de Roki qui relie l’Ossétie du Sud à l’Ossétie du Nord ?
Bloquer ce tunnel, principal passage possible vers le sud, empêchait en effet
les Russes d’arriver en renfort.
Plusieurs éléments de réponse nous ont été fournis par nos interlocuteurs, à
tour de rôle.
Il nous a été dit, notamment par le Vice Président du Sénat – qu’il y a bien
eu une tentative de bloquer le tunnel, via l’aviation, mais que plusieurs
appareils géorgiens ont été abattus.
D’autres hypothèses nous ont été données.
L’idée aurait été de permettre de laisser ce tunnel intact pour chasser les
Ossètes – dans le cadre d’une épuration ou d’un « cleansing
» - de retourner en Ossétie du Nord par ce biais.
- D’un ensemble de constatations concordantes, nous en avons déduit que le
raisonnement de SAAKASHVILI est qu’il croyait avoir
le temps et plusieurs jours devant lui pour « s’occuper » de l’Ossétie du
Sud. Les faits ont démontré le contraire…
4) Y-a-t-il eu génocide ?
Ce mot, lourd de sens et de conséquences, a été, très vite, employé par
POUTINE et MEDVEDEV.
Nous n’avons pas l’intention de galvauder ce mot et de trouver des extensions
à la définition précise de l’ONU de 1948. Utiliser à tort et à travers ce
mot, revient en effet à le vider de sa signification.
Si nous sommes plus formels sur l’existence de crimes de guerre, l’accusation
de « génocide » ne nous parait, en l’état, pas
établie. Encore que la Convention des Nations Unies du 9
décembre 1948 sur le génocide stipule que :
"Dans la présente Convention, le génocide s'entend de l'un quelconque
des actes ci-après, commis dans l'intention de détruire, ou tout ou en
partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel :
a- Meurtre de membres du groupe;
b- Atteinte grave à l'intégrité physique ou mentale de membres du groupe;
c- Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d'existence devant
entraîner sa destruction physique totale ou partielle;
d- Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe;
e- Transfert forcé d'enfants du groupe à un autre groupe."
Une enquête internationale devrait en tout cas se pencher sur la
question.
5) Y a-t-il eu « nettoyage ethnique ?»
En toute hypothèse, l’histoire de ce pays, comme de l’ensemble du Caucase
d’ailleurs, a été le théâtre, avec des populations imbriquées de façon
complexe (plusieurs ethnies, et à l’intérieur de ces ethnies des clans
parfois rivaux) de « nettoyages » de populations. Ces nettoyages ont été le
fait tantôt des Géorgiens, tantôt des Ossètes eux-mêmes, notamment après la
guerre de 1992.
En ce qui concerne la guerre du mois d’août des officiels et militaires
russes, que nous avons interrogés, ont reconnu (c’est le Caucase (sic) que
des « groupes incontrôlés » (milices ossètes, « volontaires » caucasiens
(Tchétchènes, Ingouches, Tcherkesses etc …) ont
profité de la défaite géorgienne pour commettre des atrocités inacceptables,
assassinats, épuration ethnique, pillages contre des Géorgiens.
Les officiels russes démentent cependant que leur armée régulière se soit
livrée à ce genre d’exactions et avancent le fait que de nombreux géorgiens
russes (il y a plus d’un million de Géorgiens ethniques en Russie, citoyens
russes) faisaient partie des troupes qui sont entrées en Ossétie, et
n’auraient donc pas accepté que l’on s’en prenne à des Géorgiens.
Nous pensons qu’une enquête internationale est absolument nécessaire pour
démêler le vrai du faux et vérifier les dires des uns et des autres. Nous ne
croyons personne sur parole.
6) GORI est-elle détruite ?
Nous nous sommes posé cette question.
En effet, nous avons lu un long article du 20/8/2008 dans le Monde de
Bernard-Henry LEVY. Ce philosophe et essayiste qui connaît tout sur tout, y
décrivait la destruction à plus de 70 % de GORI incendiée par les Russes.
Cet article a fait l’objet de critiques virulentes, internationalement et il
est acquis aujourd’hui que BHL n’est pas entré à
Gori pendant la guerre.
Nous n’avons pas pu nous rendre à GORI, aujourd’hui revenu sous contrôle
géorgien
Néanmoins, il nous a été affirmé, notamment par un journaliste canadien du
renommé journal américain le « CHRISTIAN SCIENCE MONITOR », Fred Weir, que,
GORI, n’était pas détruite et que GORI avait été évacuée de sa population
avant l’arrivée de l’armée russe.
Il a été témoin, lors de la guerre, de l‘incroyable débandade de l’armée
géorgienne abandonnant armes et munitions sur place.
CONCLUSIONS POLITIQUES
1) Nous voulons insister sur le fait que nous avons été profondément choqués et bouleversés par ce que nous avons vu.
2) A la question : « qui est l’agresseur ? » nous concluons sans ambages
qu’il s’agit des Géorgiens.
Le Président SAAKASHVILI est l’organisateur de
cette invasion violente et sans scrupules, bombardant la population civile au
mépris des principes élémentaires du droit international. Nous avons décrit
des éléments pour conclure à l’existence de crimes de guerre.
Cette attitude inqualifiable de la Géorgie nous permet de dire avec force
qu’il serait extrêmement dangereux que ce pays fasse partie de l’OTAN et que
cette perspective, risquant de nous impliquer dans l’aventurisme des
dirigeants géorgiens, doit être écartée par la Belgique qui dispose, en cette
matière, d’un doit de veto en fonction du Traité de l’Atlantique Nord, du 4
avril 1949.
Article 10
Les parties peuvent, par accord unanime, inviter à accéder au Traité tout
autre Etat européen susceptible de favoriser le
développement des principes du présent Traité et de contribuer à la sécurité
de la région de l'Atlantique Nord.(…)
Il est à noter que notre ministre des affaires étrangères, Mr Karel De Gucht, contrairement à d’autres dirigeants occidentaux,
n’a jamais parlé « d’agression » russe, mais de « riposte » ce qui correspond
effectivement à la réalité.
3) Faut-il reconnaître l’indépendance de l’Ossétie du Sud ?
a) Pour M. DUBIE c’est clairement non.
Même si l’indépendance du Kosovo, illégale aux yeux du droit international,
(résolution 1244 du conseil de sécurité des Nations Unies) a créé un
dangereux précédent et ouvert une boîte de Pandore, il est important de la
refermer au plus vite pour éviter la multiplication, aux quatre coins du
monde, d’indépendances et de sécessions grosses de violences et de tragédies.
En droit international, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud sont parties
intégrantes de la Géorgie. Une modification de cet état de fait ne peut se
faire que par l’accord des parties. Il apparait
cependant évident, comme nous l’avons constaté sur place, qu’après les
bombardements qu’ils ont subis, les Ossètes, virtuellement indépendants, ne
veulent absolument plus faire partie de la Géorgie. Il y aura donc lieu, dans
un cadre international, de trouver une solution négociée à ce problème. Le
moins que l’on puisse dire c’est que l’agression décidée par le président Saakashvili n’a pas, au contraire, rendu une solution
plus facile !
b) Pour Mme DEFRAIGNE, cette question est
extrêmement nuancée. Peut-on retirer aux peuples le droit de vouloir disposer
d’eux-mêmes pour autant que le processus soit pacifique ?
D’autre part les Russes ont beau jeu d’utiliser le KOSOVO qu’ils considèrent
comme un précédent – bien que comparaison ne soit pas raison – pour déclarer
qu’il n’y a pas de raison de refuser à l’Ossétie du Sud ce qu’on a accordé
aux autres.
4) Quel avenir pour la Russie ?
On est loin évidemment d’une situation idyllique. Loin de nous l’idée de
dorer la pilule et de considérer que MOSCOU est devenu un enfant de chœur.
La violente et brutale répression de l’insurrection des Tchétchènes défendant
leur indépendance, (pourtant reconnues par Moscou aux Abkhazes et Ossètes),
ou l’assassinat de la journaliste Anna Politkovskaia,
ainsi que les nombreuses violations des droits de l’homme en Russie sont
inacceptables et doivent être dénoncées.
Néanmoins, il nous apparait des nombreux contacts
que nous avons eus sur place à tous les niveaux, que la Russie ressemble aujourd’hui
à un ours blessé et humilié, victime d’un sentiment d’encerclement justifié,
selon elle, par l’extension, vu comme hostile, de l’OTAN à ses portes, par
l’implantation de missiles anti missile américains en Pologne, d’un puissant
radar US en Tchéquie, et par la reconnaissance de l’indépendance du Kosovo à
laquelle elle était virulemment opposée.
Le dernier épisode de la guerre du Caucase, ou, contrairement à la
matérialité des faits, la Russie est largement présentée à l’Ouest comme
l’agresseur, convainc les responsables russes d’une forme de complot
occidental à leur égard, à l’instigation des Etats-Unis,
avec comme conséquence les prémisses inquiétants d’un retour à la guerre
froide.
Envoi de navires de guerre US dans la Mer Noire, riposte russe qui envoie des
avions de combat et son navire amiral au Venezuela, menace russe de déployer
des missiles en face de la Pologne etc … rappellent
des souvenirs que nous souhaiterions ne plus revoir.
Le retour de la guerre froide, et donc de la course aux armements serait une
tragédie que le monde doit éviter à tout prix pour consacrer les moyens
disponibles non à la production d’engins de mort mais pour venir en aide aux
milliards d’êtres humains vivant toujours dans le dénuement absolu.
A cette fin, tout doit être mis en œuvre pour enrayer l’escalade en cours.
La reconnaissance de la réalité des faits pour mettre fin aux mensonges et à
la désinformation systématique concernant les responsabilités dans la récente
sanglante guerre du Caucase fait partie de cette désescalade.
Pour notre part, entre la confrontation, avec toutes ses conséquences
dramatiques et la coopération critique, profitable à tous nous choisissons,
sans hésitation, la coopération
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