
L’examen
de la table des matières de l’ouvrage nous amène tout de suite à comprendre que
le livre a été écrit résolument à destination de lecteurs européens sans
pouvoir échapper à la dimension culturelle japonaise. Le long chapitre consacré
à la défense contre saisie des poignets n’est autre que la suite logique de
l’apprentissage des techniques de défenses ancestrales contre les porteurs de
« katanas ». On retrouve cette idée dans le développement des
techniques diffusées par Morihei Ueshiba en son Aïki-dô très personnel devenu
mondialement connu et pratiqué.
Mikonosuke
Kawaishi commence l’exposition de sa technique de self-défense par un certain
nombre de prises de positions. Conventionnellement j’emploierai le mot
« garde » pour parler de ce sujet en l’introduisant par ce que j’ai
enseigné à mes élèves : En jiu-jitsu, il n’y a
pas de garde ou de position d’attente. Le développement de cette théorie
trouve sa place dans plusieurs ouvrages que j’ai commis, dont on trouvera la
liste en fin de cette série de notes.
Kawaishi
annonce lui-même qu’il s’agit de positions plus ou moins conventionnelles,
j’imagine qu’il les a instituées au départ de techniques apprises auprès de ses
propres maîtres, constituant une base pédagogique, une plateforme de départ
pour que l’étudiant puisse s’exercer à partir d’une position chaque fois
identique, ce qui facilite l’enseignement et l’apprentissage. Bien entendu, une
agression étant soudaine et imprévisible, il ne peut y avoir de prise de
« garde » en auto-défense. L’action de défense est totalement
instantanée.
Pour la
facilité de compréhension des lecteurs européens ratiocinants perpétuels,
Kawaishi et ses différents traducteurs annonceront même que les gestes de garde
présentés sont issus de « la partie du jiu-jitsu que l’on nomme
karaté », ce qui est évidemment un non-sens et apporte une fois de plus de
l’eau au moulin de la confusion : la branche d’enseignement des atémis en
judo comme en jiu-jitsu ne s’appelle évidemment pas karaté mais tout simplement
« enseignement des coups frappés » (atewaza). Le karaté est un art
martial ayant une autre approche, une autre origine, une autre finalité et, art
lui-aussi devenu sport, une autre manifestation.


En suite
des figures 1 et 2 viennent des conseils tirés eux de l’enseignement du
jiu-jitsu originel et qui forment une base solide de méthode de défense selon
un principe simple : atémi (coup frappé), action de contre-attaque, atémi,
le principe est valable pour toute méthode européenne, asiatique. Il faudra cependant
être extrêmement vigilant dans l’application de la méthode puisque les lois et
usages habituels concernant la légitime défense doivent être prises en compte.
Ne pas
oublier qu’un témoin oculaire « verra » un atémi (ou un mouvement de
boxe ou de savate ou autre) comme une agression de votre part et que ce
témoignage, en cas de litige judiciaire, sera porté à votre encontre.
A cette
action simple, je préfère et je préconise lors d’une intervention publique de
se construire une technique d’atémis déstabilisants au coeur de l’absorption de
l’agression par une esquive ou un blocage qui noiera l’ensemble des gestes
qu’un spectateur bien ou mal intentionné pourra ultérieurement décrire.
Donc,
esquive, blocage et frappe et/ou projection combinées suivi d’une action
positive de contre selon une technique que l’on estime suffisante et nécessaire
et un atémi final que l’on pourra remplacer par une immobilisation si possible
selon les circonstances.
Viennent
ici quelques considérations que l’on peut lire avec un peu de recul et les
adapter en fonction de différentes expériences personnelles du tatami, de la
réalité extérieure et des ouvrages écrits depuis tant par des spécialistes que
par des amateurs, il y a toujours quelque chose à retenir d’un livre. (J’ai
entendu dire qu’un lecteur de cet ouvrage avait soigneusement noté : 2
conseils intéressants (je les appliquais déjà donc c'est parfait) cités dans
l'ouvrage : - il ne faut jamais aller contre l'attaque mais absorber. - contre
un boxeur toujours tourner en sens inverse de sa garde). Ce qui est fort judicieux et sera
commenté lors de l’étude des mouvements de défense contre coups de poing.
Défense contre les attaques de face
1. Défense contre un
étranglement des deux mains.
Kawaishi
entre dans le vif du sujet par une défense contre strangulation des deux mains.
Il me semble qu’il s’agit là d’un choix volontaire d’attaque pour une approche
pédagogique en continuité avec l’enseignement de sa méthode de judo « à
l’européenne ».
En suite
à cet ouvrage, de nombreux professeurs de judo entre 1950 et 1980 commenceront
ainsi le cours appelé souvent abusivement self défense ou jiu-jitsu.
Le
mouvement décrit par Kawaishi en figure 3 est
très correctement décrit, il s’agit d’une réaction personnelle à l’attaque (agression de front par saisie du cou, en
position debout, des deux mains placées naturellement : pouces sur la
pomme d’Adam, doigts près des carotides),
par une contraction locale cervicale et faciale et l’engagement immédiat d’une
défense, que l’on a pu étudier de manière décomposée, par saisie des
métacarpes, retournement du bras et blocage inversé du poignet.
La
critique du mouvement de défense démontré ici est que tel que décrit, il ne
pourra s’appliquer qu’à un adversaire « pratiquant » de dojo ou un
hurluberlu qui vous aurait pris assez gentiment à la gorge. Il faut se rappeler
que la self-défense ne consiste pas essentiellement à connaître et savoir
exécuter un nombre donné de techniques physiques et mentales. La self-défense
doit résolument vous sortir d’un mauvais pas.
Il
importe donc de comprendre qu’il est nécessaire de s’entraîner assidûment pour
maîtriser, non seulement l’exécution correcte des mouvements mais aussi et
surtout pour réagir efficacement.
Un
individu qui a décidé de vous étrangler des deux mains, de face se présente
généralement devant vous d’une manière violente et l’imposition des mains va
ordinairement vous placer buste en arrière, respiration coupée, l’étrangleur
fermant ses doigts sur votre cou pousse également vers l’avant (votre arrière).
Il s’en suit donc une position relative qui va souvent empêcher la possibilité
immédiate de réaction telle que décrite.
Il
n’entre pas dans le propos de cette série de notes de promouvoir tel ou tel
type de réaction mais de prendre acte des points qui me semblent importants à
comprendre, le titre de l’ouvrage étant « vague » et la provenance de
ses lecteurs, de tous horizons.
Une personne
« quelconque » ne va pas pouvoir se défendre en lisant ce livre hors
du contexte dans lequel il a été écrit.

La
saisie des mains positionnées de l’agresseur sans mouvement préalable est assez
problématique. La prise étant assurée, il sera tout aussi incertain de pouvoir
disjoindre les mains et en saisir l’une ou l’autre ou les deux.
L’immobilisation
et la mise hors de combat de l'assaillant par la combinaison d’une position de
vos doigts sur les métacarpes de l’adversaire et d’une « clé » de
poignet doit être rigoureusement ferme et appliquée selon un angle moins facile
à maîtriser qu’il y paraît.
La
technique décrite est une adaptation d’une combinaison de jiu-jitsu à usage des
judokas. L’exécution de ce procédé appelle donc quelques réserves. L’étude
réelle de ce mouvement sera donc réservée, à mon avis, à un pratiquant de judo,
d’aïki-do ou d’art martial similaire qui pourra inclure ses principes dans le
sens défensif imaginé par Kawaishi.
On
trouvera d’excellents ouvrages actuels en librairie dissertant de ce type de
défense.
Les
anciens lecteurs de l’auteur se rappelleront la publication de Auto-défense
chez soi (1982), Self défense pratique (1984) et Autodéfense judo (1992),
ouvrages actuellement épuisés.
Au-delà
de la lecture : la pratique, il y a certainement près de chez vous un
excellent club d’art martial dont la fréquentation vous enchantera.
2. Défense contre un
étranglement d’une seule main.
La
défense contre un étranglement des deux mains présentée par Mikonosuke Kawaishi
est donc, comme je pense l’avoir expliqué, à mon sens, une technique demandant
quelques réflexions quant à son application possible, particulièrement par ce
qu’elle ne prévoit pas de « contre » à la saisie ou de dégagement
réel. Il s’agit donc ici d’un cas « d’école » quant à la réalisation
d’une technique de défense sur saisie réelle. Il faut en effet admettre que si
l’étranglement est « placé » c’est qu’il y a eu saisie du cou par les
deux mains.
L’exercice
de défense contre un étranglement des deux mains ne figure pas dans ce que les
fédérations « officielles » de jiu-jitsu ont appelé « Les 16
techniques imposées », je pense que c’est une lacune et que ce type
d’agression est plus fréquent que l’on pense. Le développement de l’idée frappe
par l’apparition spectaculaire du Karaté, Kung Fu et autres boxe thaï me semble
avoir obnubilé les concepteur de la partie éducative autodéfense du jiu-jitsu
moderne. (Ce qui fait dire à de nombreux amateurs : Vraiment
je m'attendais à autre chose Suis assez déçu (même si je n'espérais pas trouver
le Graal tout de même).
Personnellement,
lors de circonstances « civilisées » il me semble que la défense la
plus efficace permettant une réaction très appropriée à l’attaque est de
pratiquer le dégagement dit « en pointe de flèche » sur toute attaque
de ce genre, pour autant que l’agresseur n’ait pas placé ses pouces derrière
votre diaphragme.

Laissons
là les remarques qui doivent trouver leur place dans un cours pour continuer la
lecture de notre ouvrage.
Nous
voici à la figure suivante (fig.4) qui démontre un mouvement de défense à l’étranglement
d’une seule main. La position relative des deux comparses dessinés est sujette
à caution, il s’agit ici d’un « étranglement de salon », je vous
assure que sans être « l’étrangleur de Boston », nous ne serions pas
vous et moi dans cette position. La position n’intéressera pas spécialement
l’étudiant en jiu-jitsu mais sera regardée de près et son étude sera
approfondie dans la section autodéfense.
L’auteur
du livre tente par le dessin d’une flèche et des explications succinctes
d’attirer l’attention sur les gestes adéquats à faire pour se dégager mais il
ne préconise pas ici de frappe ou de dégagement réel, il faudra donc beaucoup
de pratique pour réaliser avec équilibre et sang-froid le mouvement de tête, de
buste, du corps, ensuite du bras et de la main pour amener l’adversaire en une
position de clé de coude.
La clé
ne sera réellement efficace que si dans le même temps une clé est exercée sur
le poignet et l’épaule. Le pratiquant de judo comme celui d’aïkido, à fortiori
de jiu-jitsu dispose de plusieurs clés de ce genre dans sa panoplie
d’exercices. Le pratiquant de judo méthode Kawaishi aura étudié des clés de ce
genre au départ de la quatrième position.
On sera
particulièrement attentif à la position relative finale à propos de laquelle il
faut se poser une ou deux questions...
La
première est évidente, pour tout « non-pratiquant » : que faire
quand on est arrivé là ...
la seconde procède d’un autre type de réflexion : l’adversaire ne peut-il
pas saisir la jambe de l’agressé ? et le renverser, le shooter, le boxer,
que sais-je ?
Il est
difficile de comparer des notions techniques quelles qu’elles soient, il l’est
d’autant moins lorsque ces techniques sont fortement dépendantes des situations
humaines (émotionnelles et culturelles) qui ont poussé à les établir. Il
n’entre pas dans le propos de ces articles de comparer la méthode
d’enseignement de la self-défense préconisée par Kawaishi à d’autres méthodes.
Le but est d’attirer l’attention du lecteur de l’ouvrage de Mikonosuke Kawaishi
sur certains détails qui ne sont peut-être pas évidents pour celui qui n’est
pas aguerri aux sports dits de combat et au judo en particuliers.
Les
méthodes d’enseignement de la défense personnelle varient essentiellement d’un
endroit à un autre et sont fonction de la qualité habituelle de vie. Il n’y a
pas de raison de proposer à un habitant de Foufny les berdouilles, jolie
banlieue située entre le zoning industriel et l’autoroute, une longue étude
destinée à lui apprendre à se protéger de guerriers Zoulous armés de sagaies,
pas plus qu’il n’est intéressant de démontrer comment se débarrasser d’un
agresseur armé d’un glaive. Ces études, pour intéressantes qu’elles soient ne
rentrent pas dans le cadre de la « self-défense ».
En
autodéfense, milieu citadin du début du XXIème siècle, région dite occidentale,
la légitime défense de soi s’applique plus communément à l’éviction des
irascibles, des saoulards, des malotrus et de quelques malandrins dont le but
évident est de vous dépouiller de votre portefeuille, de votre véhicule ou de
s’en prendre physiquement à vous ou à vos proches pour des raisons
socio-sexuelles. Ainsi donc, l’étude de la défense contre la poussée de
poitrine a sa place et son importance. On trouvera dans des textes que j’ai
commis ailleurs ou chez des auteurs écrivains des arts martiaux différentes
méthodes plus ou moins correctes à appliquer. Attachons-nous ici à voir comment
Kawaishi voyait le geste d’attaque et celui de défense.

La
défense proposée est une solution simple qui demande cependant une très grande
maîtrise dans la capacité d’application de ses mains sur les métacarpes de
l’agresseur tout en prenant une position « cavalier assis »
permettant de garder l’équilibre au moment de l’impact, l’action subie étant
bien une poussée, parfois très violente.
Il est
clair que Kawaishi a plutôt décrit ce mouvement parce qu’il lui semblait
pratiqué dans les milieux urbains qu’il a fréquentés. Je pense qu’en réalité,
ce geste est peu fréquent en Asie où la méfiance est plutôt de règne en ce qui concerne
les gestes inconsidérés vers d’autres personnes. J’ai l’impression que le geste
de poussée de poitrine vu ici est très intéressant à étudier pour comprendre
les diverses réactions en présence mais que le geste réel en Europe occidentale
sera quelque peu différent, l’agresseur aura plutôt tendance à pousser plus
haut sur la poitrine (voire quasi à hauteur de la clavicule) plutôt qu’à
hauteur du sternum, il s’en suivra une difficulté à placer les mains dans les
positions relative décrite par l’illustration fig 5
Nous
voici donc à la figure six de cet ouvrage du Maître Kawaishi concernant la
self-défense.
L’illustration
décrit une prise à bras le corps (autrement dit : ceinture avant) les bras
étant restés libres. Cette agression est plus fréquente qu’on le pense et
concerne aussi très régulièrement les dames.
Kawaishi
propose ici une technique de défense basée sur une profonde maîtrise de soi et
un long apprentissage technique. Il s’agit en effet d’une sorte de dévissage du
cou qui mélange deux mouvements fondamentaux du jiu-jitsu. Le mouvement ne
fonctionne que bien appliqué (comme tous les autres) et présente une
dangerosité évidente pour l’agresseur qui va subir cette technique, en effet,
le mouvement réduit à son application brutale (manière close-combat) va
produire une rupture des vertèbres cervicales, appliqué tel, sans gestes
préalables, il sera nocif pour l’agressé qui va contre-produire des effets de
défense de la part de l’agresseur qui ainsi risque d’être plus violent encore.
Plusieurs
techniques plus simples sont donc plus intéressantes à privilégier dans un
cours d’auto-défense.
On
pourra – pour les pratiquants de judo, jiu-jitsu comparer avec des mouvements
qui figurent dans les nomenclatures habituelles. J’en parle par ailleurs dans
différents ouvrages et je réponds volontiers aux questions sur le forum http://www.lejujitsu.net/leforum/.
Le pratiquant d’art martial critiquera volontiers cet apprentissage qui laisse
entendre que le geste de l’agresseur s’est quasi finalisé puisque la saisie a
eu lieu. C’est tout une étude de la psychologie du combat qui entre ici en
action.
Concernant
les positions relatives adoptées lors de cette étude proposée par Minosuke
Kawaishi, on a pu remarquer qu’ainsi que le proposaient la plupart des
enseignants entre 1930 et 1980, en Europe, l’étude se passe de manière très
statique. Il convient de bien noter que la réalité d’une agression est tout
autre et que la dynamique du mouvement de même que les réactions secondaires
d’émotivité transforment le mouvement et la technique basiques. En ce qui
concerne la nécessité ou non d’avoir pratiqué judo pour apprendre les défenses
proposées, la réponse est non mais il convient de constater que tous les
mouvements d’attaque comme de défense semblent être basés sur des mouvements
que feraient plus volontiers des judokas, en autre la tendance à la saisie et à
se laisser saisir.
Nous
abordons maintenant la partie 3 du cours proposé par Kawaishi qui consiste à
apprendre les rudiments de la théorie du dégagement des poignets.
Cette
partie du livre est beaucoup plus intéressante que d’aucuns voudraient le
laisser entendre. S’il est certain que le Maître japonais se laissa influencer
par son éducation « au sabre » et les usages orientaux, il est tout
aussi évident que la saisie des poignets est une attaque fréquente dans une
civilisation où les armes sont « interdites ». Par ailleurs, l’étude
de cette défense amène le récipiendaire à l’apprentissage d’une routine
sérieuse vers la maîtrise de ses gestes, en particulier celle des mouvements
dits naturels, souvent inopportuns en cas d’agression.
J’ai
personnellement édité un petit ouvrage publié le 2 mars 1980 intitulé
« Dégagements de poignets », actuellement épuisé mais prévu à la
réédition en format PDF sous peu.
L’étude des « dégagements de
poignets » apporte également des réponses convenables aux agressions de ce
genre qui ne peuvent sous peine de perdre le bénéfice de la légitime défense,
être contrecarrées plus violemment. L’exemple de la figure 7 démontre que l’on
peut se dégager et se retrouver à distance correcte pour apaiser la situation.
Voici
maintenant les croquis des dégagements suivants présentés par le maître
Kawaishi. Je me contenterai ici de vous les proposer, une étude comparative
plus complète étant le sujet d’un ouvrage séparé qui sera présenté en format
pdf prochainement.





Les
croquis 12 et 13 montrent des engagements de clés de bras en suite au
dégagement à la saisie des poignets, je reviendrai ultérieurement sur le
principe ici démontré de tourner le dos à l’adversaire et d’oser engager alors
une technique. Celle présentée par Kawaihi en 12 est « manière judo »
mais peut rapidement être convertie en un mouvement de défense absolu
« jiu-jitsu ».
Le
mouvement numéro 13 est un classique du genre, nettement moins facile à
présenter que sur l’illustration et surtout souvent peu efficace parce que mal
« placé ».
Chapitre
suivant : Les parades contre les attaques
latérales.
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