Samira
Premier soleil en soirée, soir d'avril, le bonheur presque.
Assis à côté d’elle, qui est moins arabe qu’elle n’y paraît, je parle d'un couple de ma famille, des loosers( c’est un mot à la mode qui veut dire « perdants » ) inquiétant d'alcool et de tabac, sur des sièges en plastique imitation Knoll international des années 60-70, spécial bien rembourré de la fesse. Nous sommes à la terrasse d'un café, couronnés par d'étranges becs de gaz qui défont la pluie et le beau temps, un thé citron à la main, sentiment passager de petite joie. Oui, le printemps peut-être.
Mal assis, comme sur le départ au bord d’un quai de gare, un bonhomme, ne dirait-on pas un militaire en civil, un vieil homme aussi voûté que bourgeois lit plié en quatre un quotidien nauséeux nazi pendant les guerres et catholique entre elles. On y parle du passé plus sûrement que du présent. L'homme sent à la fois le rance et Vichy, la vieille France qui attend, ridée, son heure de gloire. Il est seul et ne touchera pas au carré de chocolat qui accompagne son café. Il nous regarde d'en dessous, comme pour mieux être préparé au regard final d'un œil dans la tombe.
Il attend l'heure. Sa mort viendra plus vite qu'une victoire de ses petits-enfants aux cheveux courts cherchant dans les bois des aventures en forme de noyades.
Mais il est là, parmi nous, les autres. Ce qui en soi, est déjà mauvais signe.