Hélène, elle s’appelle Hélène.
Elle habite un curieux lieu-dit, l’Hulpia.
Lauter eut un petit frémissement.
À dix heures du matin, il faisait déjà chaud comme en plein été. Mike dormait encore. Hélène Tison sortit sur le pas de la porte en bâillant.
C’était une très jeune femme, petite et charnue, à la peau assez foncée. D’origine grecque, elle était devenue la compagne d’un auteur à succès franco-américain qui avait été lancé par Jo Dassin. Ses cheveux étaient presque noirs avec des reflets clairs et longs, souvent ramenés en chignon sur la nuque. Elle souriait beaucoup et parlait peu, préférant écouter. Ce qu’il y avait à entendre, c’était le claquement sec du jet d’eau automatique qui arrosait la pelouse et des bruits d’oiseaux se disputant.
Elle se dirigea vers le jardin potager, pieds nus, sentant avec plaisir le vent soulever sa chemise de nuit.
Elle s’était levée tôt pour terminer le livre en cours. Ils allaient encore manquer d’argent, mais leur ami Jean-Paul en avancerait jusqu’à ce qu’il en arrive. Daudet prêtait aisément. C’était normal, il était riche.
Du potager, elle vit Rebecca Daudet qui sortait le petit tracteur de la serre, vêtue simplement d’un pantalon corsaire en satin rouge et d’un vieux T-shirt de Jean-Paul.
Hélène aimait bien Rebecca, mais elle se sentait mieux avec Jeanne. Rebecca était trop mystérieuse. Malheureuse était peut-être le mot mais on sentait qu’il y avait chez elle une vie en arrière de sa vie, un souvenir d’Israël ?
Au moment ou Hélène rentrait dans la maison, la vieille camionnette pick-up des voisins passa sur la route. Jeanne et Dimitri partaient travailler, pour le moment, ils restauraient un vieux cloître du côté de Suxy. La voiture s’arrêta au carrefour de la Broque, le croisement important de deux voies vicinales qui allaient se perdre dans les champs, on entendit un bruit de klaxon asthmatique.