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Station deux Caroline radio, une chanson niaise de Francis Cabrel donne des ailes aux oiseaux qui chantent l'amour, le soleil, et la joie de vivre. Des camions font des bruits de camions au loin, les arbres poussent encore un peu, il fait chaud ce printemps 1987, l'été sera bientôt là. A la terrasse des cafés, des filles jeunes contemplent des passants, en buvant des lemon menthol à base d’acrylates et autres E645 ( autorisé ) trop âcres pour leurs jolies dents. Elles repartiront en léchant les vitrines, si j'étais bouddhiste, je me ferais vitrine dans une vie antérieure.
Elsa écrivait pour des feuilles de choux pour des débiles mentaux pour des partis de poires et citrons. Elle a garé sa voiture et est entrée dans la vie de Charles-Christian Lauter qu’elle avait heurté violemment au coin du square Ambiorix et de la rue Archimède, venant de gauche, si distraitement qu’on eût pu croire qu’elle le faisait exprès...
L’événement les rapprocha. De pare-chocs en aile avant, ils sympathisèrent et devinrent bientôt amis. Elle traduisit plusieurs de ses textes en espagnol, en allemand de l’est qui n’est pas simple à comprendre et elle et fut ainsi à l’origine d’utiles contacts avec des éditeurs étrangers très exotiques et lointains.
Lauter avait le désir permanent de voir sous la jupe d’Elsa, une vieille manie à lui mais aussi celui de savoir pourquoi cette fille-là avait un tatouage, comment peut-on se laisser tatouer ? La question ne reçut jamais de réponse. Ou plutôt, Elsa en fournit trop. Au début, elle tenta de se dérober en riant, puis feignit une certaine tristesse qui faisait, momentanément, renoncer à l’interrogatoire. Puis, un beau jour, elle eut l’air de se décider, et se mit à raconter. Une mythomane. Chacune de ses versions successives avait un ton de véracité convaincant.

Très vite, apparaissaient des contradictions, des lacunes, des illogismes.

J’ai cru assez longtemps ce qu’elle m’avait confié d’abord. Tout adolescente encore, elle avait parié imprudemment avec son frère qu’elle aussi, comme lui, oserait se faire tatouer. Elle avait subi l’emprise de son aîné, qui était alors élève sur le navire école irlandais symbolisant la liberté d’Erin, multipliant sans cesse avec entrain et gentillesse, provocations et fanfaronnades de jeune marin.

La chose s’était passée dans le quartier du port, sinon dans un quartier plus mal famé encore, bouge que n’aurait pas même fréquenté Corto Maltèse, un jour venteux et pluvieux de permission, où dans une officine douteuse, genre salon de coiffure, elle s’était prêtée à l’opération, fort gênée disait-elle d’avoir dû se mettre nue devant son frère et un étranger, le tatoueur était Chinois, sinon jaune.



Il s’occupa d’elle entre une prostituée ivre et un matelot de Los Angeles au torse couvert de noms de femmes, qui le faisait ressembler à un monument aux morts de la place du village

Elsa mentait effrontément. Je sus plus tard qu’elle n’avait pas de frère, qu’elle était née à Charleroi (devrait-on dire Karel Koningstad ?) et qu’elle n’avait jamais quitté la Belgique avant notre rencontre.
Curieuse fille que cette Elsa de vingt ans, Elle portait un caleçon en vichy rouge, elle lisait tout ce qui passait à portée de sa main tout ce que l'on publiait qu'elle pouvait trouver, elle lisait couramment en plusieurs langues et j'ai même soupçonné qu'elle lisait plusieurs revues à la fois. Et puis elle jouissait de tout, de ses limonades, de ses cigarettes, de ses papilles et de ses muqueuses.
Elle jouit même d’abord toute seule, n’importe où dans la pièce puis, quand elle a joui elle se redresse et va d'elle-même sur le lit Elle s'installe à quatre pattes avec une grâce molle et enchantée, les talons de ses chaussures bien en évidence, une minijupe à demi sur les fesses et la tête penchée, ses cheveux inondant l'oreiller. Lauteur quitte sa machine à écrire,il se poste debout, derrière elle. Voilà le miracle : son trou exactement à la hauteur de sa bite. Le modèle parfait de Claudia pour un Manara encore plus en folie ! Cette pine et cette grotte sont la preuve, selon elle, qu'ils sont faits l’un pour l’autre. Combien de fois au cours de son existence a-t-il dû, dans la même position, fléchir les jarrets ou au contraire se hisser ridiculement sur la pointe des pieds, deux choses qu'il juge aussi anti-érotiques que possible, pour pénétrer une fille.
Il prenait Elsa solidement par la taille, ou bien caressait ses fesses nues sous la jupe.
Quelle histoire, quelles histoires … Si l'idée est vraiment ressentie par l'auteur, si ça lui vient de ses tripes, il n'aura pas à se cuisiner pour écrire les lignes que le lecteur aimera. L'importance est d'être vrai, même dans l’imaginaire.

Vrai dans sa tête, sans aucun doute.
L'histoire dans la tête et l'histoire vraiment écrite sur le papier.
L’histoire dans la tête et l’histoire vécue par le lecteur.
Il est prêt ! Blouson de cuir très chic, chemise claire à rayures roses, pantalon mastic impeccable, chaussures de daim fauve, élégant, regard d'acier. Elle, elle le regarde se peigner, appuyée au chambranle de la porte de la salle de bains; elle est toujours toute nue quand ils s'embrassent, il sort. Elle referme la porte, pas à clé.
Elsa va vers la machine, la poésie est-elle encore possible ? Elsa écrira-t-elle des poèmes, elle qui construit déjà des livres dans la tête de Lauter.
Elle parti un matin vers un monde plus jeune…
Lui succéda une Esther à peine plus âgée, Lauter les aime jeunes et fermes.
Esther avait remarqué dans les devantures des librairies quelques romans bon marché sous jaquette à l’érotisme d’arrêts d’autobus. Elle décida donc de se lancer dans l’édition et de faire mieux que cela. Elle fit ses classes chez Eurédif qui publiait des petites collections aphrodisiaques et rencontra ainsi celui qui allait devenir le fameux SOS Sexe, un personnage surprenant.