86- Filles de papiers, en grande partie à cause de Christine qui rêve de ses amies et en parle depuis tant de numéros, scénario global sur 120 pages avec un avant-propos jamais écrit concernant de telles nouvelles, quelles nouvelles, pas de nouvelles, bonnes nouvelles.
Et l’auteur, rien à dire à propos de l’auteur ? D’habitude, on dit deux trois mots parfaitement inventés, surréalistes, idéalisant à propos de l’auteur.
Quid de l’auteur ?
On verra plus tard, s’il en vaut la peine, n’est-ce pas.
Christine s’allonge près de son mari et touche son visage dans l’obscurité. Elle s’en voulait de le réveiller, ils étaient si bien au chaud au creux du lit douillet, à Gotham City qui était moins trépidant qu’Amity mais tellement plus surprenant que son originel Saint Servais où sa mère avait été industrieuse ouvrière de la papeterie. Ah ! la papeterie... toute sa vie, ces rouleaux qui se déroulaient pour aller s’entasser dans un stockage de la Sambre et s’en aller à petites vagues vers Marcinelle où des encres venaient colorer les feuilles en petites vignettes. Mais cette fois-ci, le rêve avait été brutal, Queue-de-Cerise avait été malmenée par des malandrins armés, Zunie avait été renversée par un grand gaillard poilu au sexe immense dressé vers le ciel comme un couteau géant, les gigantesques bobines s’étaient détachées de leurs rayonnages pour rouler en masses compactes vers Berlacomines, Brétigny, Vocaing et les portes du home fermé de Bricniot avaient été forcées par des loubards à casquette et chaînes de moto.
Effrayée par son rêve, Christine ne retrouvait pas le sommeil et ne savait quelle position prendre dans le lit conjugal entièrement colonisé par son immense mari, nu comme d’habitude et qui dormait bras et et jambes écartés, dormait, ne dormait pas puiqu’il demanda :
— Tu ne dors pas ?
Christine ne répondit pas, ce qui ne servit à rien puis que déjà elle était saisie, retournée, palpée, bousculée, une grande main s’abat sur son bas-ventre et l’italien géant murmure :
— Alors, poupée de cire, poupée de son, que dit la petite poupée de sa petite bouche moustachue ?
Tandis qu’il colle son oreille sur le mont de Vénus, ajoutant qu’il entend comme un petit cri d’alarme, comme un appel, une demande caresses, mieux, plus grave dit-il.
— Baise-moi dit la voix, voilà ce que j’entends dans le ventre de mon petit lapin chéri, de ma poupée de son. Il parle tout en prenant la main de Christine et en la promenant sur son ventre, sur son sexe, sur ses couilles.
—Tout va bien à la papeterie, dit-il, on stocke encore aux emplacements de l’ancienne forteresse gauloise d’Hastedon, on réservera ce papier-là aux livres d’histoire qui parleront des Romains et des Aduatiques qui ont vécu ici. Et là, derrière les bosquets, c’est une petite chapelle dédiée à l’archevêque de Tongres, on peut encore y célébrer la messe, je te jure que j’y mets le corps du Christ.
Christine excitée se glisse sous Mario, elle met ses bras autour de son cou et embrasse son visage.
— Je suis ton seigneur hautain, dit-il.