Les personnages, comme les auteurs sont étranges, ils ne peuvent évidemment se comporter comme tout un chacun ainsi que le disait précisément Charles Lauter lorsque Aurélie Machin, journaliste littéraire, venue tout exprès de Belgique pour l’interviewer sur son nouveau roman et le rendre fameux en Wallonie lui parla. Aurèlie ou Aurelia se rattache à la famille des Auréliens. D’après Tacite, Aurèlie fut la mère de Jules César, c’est aussi l’héroïne des filles du feu de Gérard de Nerval. Cette Aurélie-là n’était que Machin, de Bruxelles. À vue de nez elle a l’âge de son magnétophone, une quarantaine d’années, ce qui n’est pas si grave que ça. Et pas laide, après tout. Pas vraiment belle non plus.
À l’exception d’un très joli manteau de ragondin, qu’a-t-elle donc de particulier, cette Aurélie-ci ? Taille moyenne, âge moyen, traits moyens, poids moyen, elle est très comme il faudrait, elle est comme on veut, c’est cela, comme on veut.
Tout de même elle lui dit qu’il était bon grammairien, qu’il excellait dans les historiettes plutôt galantes. Et elle sous-entendit élégamment qu’elle pouvait peut-être s’appeler, elle-même, Marguerite, de Valois, évidemment la plus belle, la plus intelligente, la plus généreuse, la plus magnanime et la plus accomplie princesse du monde, après Caroline Durocher et Lady Di.
Lauter sourit et dit qu’heureusement, très heureusement, ma chère, je n’ai pas dû courir l’Italie, pas même affronter les Sarrasins. Quant à Philippe II, Thyl Uylenspiegel s’en chargea mieux qu’on ne le pense. Sommes toutes, écrire est plus simple que courir la gueuse à cheval par tous les temps, n’est ce pas dit Lauter en pressant fortement le sein d’Aurélie.
Lauter se sentit son grandir comme le nez de Pinocchio et eut l'impression que la femme s'en apercevait. Il était resté cloué sur place. Toute son éducation le poussait à reculer, à s’excuser et à la raccompagner sur le palier, lui rendre son manteau de ragondin, la pousser dans l’escalier. C'est peut-être ce qui serait arrivé mais il était Lauter, il observait : J’observai alors plus que je ne participai dira plus tard Lauter dont les pensées divaguèrent dès que l’Aurélie s’attaqua à la fermeture éclair de son pantalon puis s’agenouillant, tira le sexe et l’engloutit. Les lèvres d’Aurélie sont dures comme les valves d’un coquillage. Elles le traient avec obstination, sa langue malaxe et ses maxillaires compriment. Ses incisives s’impriment dans sa chair avec une menaçante douceur, sensation presque douloureuse à laquelle un filament de volupté se mêle, pareil à un plaisir obscur naissant lointain.
Devant les fenêtres, pendent des tentures doublées de feutre. La chambre est un cube de silence que le passage des camions sur le boulevard proche fait imperceptiblement osciller.
Lauter bande, comment ne pas écrire que Lauter bande, il est rigide, turgescent, il devient rapidement gros, très gros, trop gros pour elle, elle se lasse, ses mâchoires se distendent, il glisse hors d’elle, lourdement, son membre retombe un peu, lourd, puis lentement, se redresse.
Lauter avait la sensation que son corps entrait en fusion. Son self-control l'abandonna d'un coup. Avec un grognement animal, il plaqua une main sur la jupe de lainage bleu ciel, juste en haut des cuisses, puis descendit, saisit le bas du vêtement et le releva, découvrant une cuisse gainée de nylon puis la peau nue au-dessus des bas. Il banda alors encore plus droit, plus fort, était-ce possible, l’impression était comment dire, déchirante, dans quel monde vit-on pensa Lauter qui eut un flash pour ses amies de quarante ans, qui ne portaient que des collants très « corrects », plus aucune n’oserait porter des bas, à l’ancienne mode. Bas salope viol pénétration flash flashes il plaqua ses mains partout, il poussa derechef la femme sur le divan, troussée, lui releva les jambes et glissa la main entre la peau et l’élastique de la culotte de dentelle bleu ciel qu’il tira sauvagement en un geste spontané, primitif dément. A peine le bas-ventre libéré, il poussa devant lui son sexe érigé.
Tel un soudard, il se laissa tomber sur la journaliste.