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Je me suis levée du pied gauche et je suis de mauvaise humeur, le pied s’est pris dans le drap et déjà j’étais en retard. Après deux heures de selle, me voici. Il y a longtemps que je cours le Far-West de long en large et que les villes de bois sont mes amies de jour et de nuit. Je m’appelle little Annie, certain m'appellent Fanny Hill, la petite orpheline des collines.

J’entre dans une maison très rustique au fond du cañon, quelques pierres dressées, des planches canadiennes mal équarries. Des lampes chinoises en papier pendent au plafond, une porte sur la gauche donne sur un cabinet de toilette avec un tub en cuivre rouge sur pattes de bronze en griffes de lion. La porte aurait dû être repeinte. Dans le plafond, près du mur de droite, une trappe se découpait d’où plongeait une échelle raide, je m’attendais à chaque instant y voir apparaître Red Ridder avec son grand revolver quand je me suis souvenue qu’il préférait Hiawatha aux filles de l’ouest. J’ai attendu un instant, personne n’est venu.

Au centre de la pièce principale du rez-de-chaussée, une bûche crépitant un peu se consume dans une grande cheminée. Pareil assemblage de pierres de France ici au Far-West, cela laisse rêveuse et plus encore, le miroir gigantesque qui surplombe la cheminée et les deux pans de mur à côté, impensables de l’extérieur, qui agrandissent à l'infini la perspective d’une bibliothèque aux milliers de livres, des ouvrages reliés plein cuir, je pense à retirer mes bottes Pieds nus, j’entre en l’an deux cent mille avant le seigneur, lorsque des gens apprennent à tailler de la pierre pour en faire des tomahawks. Ils n’ont pas changé.

Près de la cheminée, un aménagement rude mais confortable, sans doute taillé avec ces haches de pierres dont je lis la description dans le premier ouvrage qui m’est tombé sous la main. Deux cent mille ans, ici ou ailleurs, nous étions tous pareils, donc, heureusement alors comme disait le pasteur qu’est venu le Seigneur qui nous a bien éclairés.


Avec les haches et le contrôle du feu, nous avons bien évolué. En 1982, nous aurons même la surprise de voir des hommes inventer un cœur artificiel, me souffle une voix. Quelle folie, pensais-je. En m’avançant dans la bibliothèque je passe devant un miroir étrange au fond très noir, j’ai comme l’impression à la fois de m’y contempler et d’y voir un autre monde. Je vérifie mon allure, je m’observe. Je vois la petite orpheline comme Doc l’aurait aimée juste avant de soulever les cotonnades. Elle porte une belle robe chemisier de chez Juca dont elle avait omis volontairement de fermer les trois derniers boutons, elle avait hésité entre cette tenue ou un pull chaussette sur une jupe plissée plus provocant mais elle avait décidé que pour l’évasion au fond du canyon, la robe était plus seyante.

La bibliothèque comportait un étage mezzanine auquel on accédait par une échelle coulissante en bel acajou. Vers le milieu du mur, tapissé d’ouvrages, s’ouvrait un réduit, une petite pièce presque entièrement occupée par un de ces lits en fer que l’on importe maintenant d’Autriche, lit qui faisait face à une toile gigantesque représentant un vaste paysage de neige que j’ai reconnu comme étant le Klondyke. Sur la courtepointe de fins cuirs indiens tissés et colorés vivement une ravissante petite chatte se laissait téter par un chaton minuscule, petite boule de poils gris et fauve. Un minuscule bureau était installé à côté du lit et s’y faisaient face deux personnages qui écrivaient. Une femme belle, brune, je ne me trompe pas, c’est Caroline de Monaco.

Je me tourne dans mon lit et la main de son frère pivote sur ma fente, je sens son médius coulisser en moi.

Mais de plus près je vois bien que c’est Pop, la préceptrice de Gultch City ( étranger passe ton chemin, deux quincailliers, un hôtel - celui de la Duchesse, une prison, la banque, le bureau du shérif et un marshal qui vient d’arriver, chasseur de primes, sans compter Arthur le patron du drugstore et Johnny Cash de Saint Quentin, le gérant du général store, une gare en construction en attendant le cheval de fer sur la prairie). Elle regarde avec attention un brin de lavande fiché dans la poutre mal rabotée et elle me dit de m’asseoir, d’attendre qu’elle ait fini ses corrections, que c’est ennuyeux de n’avoir pas beaucoup de papier, que les élèves sont très dissipés, que le métier n’est plus comme avant, que même sa sœur Stéphanie se moque du monde. Elle paraît sérieusement perturbée, je m’assieds tout de même au pied du lit. Elle me parle de Brigitte Bardot qui est passée à Charleroi et que Boum, splasch, comics strip strips se vend assez bien. Je n’y comprends goutte. Mais dans le miroir, je vois Mario qui serre de fort près lady Di sous le regard assez indifférent de Charles. Je me tourne vers l’autre personnage, c’est Victor.
— Restez assise me dit-il, si vous le voulez bien, j’achève ces quelques lignes et je quitterai volontiers un instant Esméralda pour vous entretenir, vous avez l’air si charmante. Seriez-vous  la comtesse d'Yeu ?

Derrière lui, sur le mur, tandis qu’il continue d’écrire son texte, je regarde les photos épinglées de Laurent, de Blackbelt, oui, c’est Blackbelt, je le reconnais très bien dans ce maillot bleu distendu par un sexe disproportionné, Picasso à Vallauris, tiens, Louis XIV, et la comtesse de Ségur puis toute la bande, Sirius, Jijé, Franquin, Tillieux, Piroton et Jadoul, les deux Dupondt et le petit François Walther, tous en rang d’oignon, au-dessus d’un magnifique poster de Little Fanny nue.
C’est moi !
Où sont-ils allés chercher ma photo ? Comment l’ont-ils trouvée, eue ?
— Vous avez rencontré le lapin blanc, me dit la Reine des cartes.
— Non, mais j’ai aperçu une ravissante petite chatte, très mignonne.
— La vôtre ne laisse rien à désirer.
Les bras m’en tombent mais le regard de Victor est résolument dirigé vers le centre obscène du poster géant où est exposé mon sexe onctueux.

Je me retourne encore dans mon lit et la main de Depardieu fouille vigoureusement entre mes grandes et mes petites lèvres, mais pourquoi me parle-t-il de la Corse et des attentats qui s’y déroulent. Ce n’est pas l’heure de parler, il est trop tôt pour moi, je n’ai pas encore assez dormi mais je me lève, je suis tellement en retard. Je me lève du pied gauche en page 10, suis-je Anny Fanny ?

Je regarde le poster géant où je suis toute nue et je demande à Victor ce qu’en fait, ce qu’au fait ce qu’enfin, il écrit.
— Vous écrivez quoi ?
— Qu’écrivez-vous reprend Pop, inlassable correctrice.
— J’écris ton aventure, réponds Victor.

Je me penche sur sa feuille et je vois qu’il vient d’écrire :
Je me retourne encore dans mon lit et la main de Depardieu fouille vigoureusement entre mes grandes et mes petites lèvres, mais pourquoi me parle-t-il de la Corse et des attentats qui s’y déroulent. Ce n’est pas l’heure de parler, il est trop tôt pour moi, je n’ai pas encore assez dormi mais je me lève, je suis tellement en retard. Je me lève du pied gauche en page 10, suis-je Anny Fanny ?

Je regarde le poster géant où je suis toute nue et je demande à Victor ce qu’en fait, ce qu’au fait ce qu’enfin, il écrit.
— Vous écrivez quoi ?
— Qu’écrivez-vous reprend Pop, inlassable correctrice.
— J’écris ton aventure, réponds Victor.
— Alors, vous notez tout ce que je fais ? dis-je d’assez mauvaise humeur, est-ce un rapport de police, une idée de Mario ? Vous paie-t-il pour tout savoir ? Vous m’espionnez ?
— Je vous invente, je suis Vic Taurugo, le grand romantique.
— Vous êtes mort.
— Oui, mais ceci est un roman.
— Voulez-vous dire que je n’existe pas ? Suis-je un ectoplasme, un fantôme, un rêve ?

— Vous êtes le rêve de tas de gens, des hommes du monde bandent sur votre image, certains jutent entre vos fesses de papier déployées à l’infini dans des armoires à soldats, des cassettes de pensionnaires, des cabinets d’aisances. Mais cela ne vous empêche pas d’exister, continua-t-il en se penchant pour aligner les mots qu’il venait de dire sur son papier Vélin couché de la papeterie de Saint Servais, fabriqué grâce à cette magnifique machine à Vapeur montée en 1832 chez Zoude et chez le patron de Mario. (Zoude : fabrique de céruse, sans oublier son ami Bauwens qui en plaça une dans ses deux filatures de coton).

Il continua à écrire et nous restâmes sans parler. Je regardais l’image de Blackbelt épinglée au mur et j’imaginais bien son sexe géant bandant pour moi, en définitive, c’est valorisant de savoir que des hommes bandent pour vous. Relisant par-dessus l’épaule du grand Victor je me dis que ce n’était pas vraiment ressemblant, que pour finir j’étais encore plus bandante qu’il ne pourrait jamais le décrire, lui et ses grands mots.

Je me tournai vers Pop qui venait de déposer son paquet de copies et qui contemplait le spectacle que Victor et moi lui donnions.

— Tu le regardes et tu mouilles n’est-ce pas, me dit-elle, ne dis pas que c’est faux, regarde ta culotte, comme elle est trempée, eh bien, sache donc qu’il te suivra partout, que son regard à lui, sera sur tes cuisses tes seins tes fesses, que c’est un autre gabarit que le Victor, ce Blackbelt, et que lui, il t’entraînera dans mille aventures qui ne seront pas toujours du roman, ce sera parfois dur, très dur. Et disant cela, elle empoigne carrément le pantalon de l’écrivain.
— Alors, Victor, c’est dur !

Elle avait, Pop, les yeux sombres et brillants à la fois, grands ouverts, illuminés ... alors, cette demoiselle n’en serait-elle pas une ? Un Mario dans sa vie ? Impensable ?
— Ne pense pas trop à toi et au miroir, dit Pop.

Mais je ne pensais pas au miroir, je la regardais, elle et c’est elle que je voyais, en plus je la voyais comme le jour où elle était venue pour la première fois, remplaçante de Mademoiselle Coffe, puis super-cheftaine de stages, puis rédactrice en chef du journal.
Et derrière elle, le visage énigmatique de Blackbelt semblait penser : «  A dire vrai, c’est moi qui ai inventé tout cela, le royaume des Nerviens, le grand sorcier, l’armure d’or et les reines et les vestales. J’ai caressé les filles les plus belles et c’est toi little Fanny que j’attendais ».
J’entends Mario, j’entends Batman, j’entends le grand Serge et le beau Simon et Blackbelt lui-même, qui couché sur son lit de garçon solitaire dit tout bas des mots.
« Je tourne et retourne mon corps allongé puis le geste revient de la lointaine adolescence, les mains capturent le rossignol, le robinet le canari dont parlaient les tantes et les grand'mères, les tantes avaient trente-cinq ans, les voisines de trente à quarante, les filles étaient saines et belles, elles sont toutes belles lorsqu'on les désire. Le canari caressé grandit et s'envole vers la jouissance, jouir puis attendre et jouir de nouveau, sublime ! Pour renouveler le mouvement de pompe, pour lui donner du corps, il y a les images d'auteurs, les images de peintres, les images du corps de Fanny, les cuisses nues de Fanny, les baisers de Fanny, les caresses de Fanny, toutes les choses qu'on fait avec Fanny que jamais, au grand jamais on aurait osé faire avec la Reine des Nerviens. Reine chaste asexuée et d'un âge uniforme, au poteau de torture sous le regard de Chigachkook, elle a été Cyd Charise, Gina Lollobrigida, Sophia Loren, elle a été très dévêtue, en slip et soutien-gorge, un jour le dos nu, les jambes longues, les fesses très découvertes puis est venue de la jungle, la fille Amelongen et de la cité, la fille de l'Auvergnat, le poil aux seins, le soutien-gorge relevé, la culotte bousculée, je jouis de ma Reine impénétrable et aussi nue et le monde des filles que tu croises dans la rue tous ces pieds nus qui esquissent des battements de cœur sous tes yeux ou un renflement un gonflement dans l’échancrure d’un corsage ou sous la fente un peu trop haute d’une jupe un peu trop courte n’est que l’espace infini de ton imagination. »


Je n’existe donc que dans l’imagination ?

Évidemment pas, disent ensemble Victor et Pop, tiens, prends ta main, laisse-moi te guider continue Pop, tiens, tu vois bien que tu es faites de chair et d’os, d’humeurs, et que tu es dans la tête et dans le corps.

— Comment être dans la tête et dans le corps ?
— C’est cela le privilège des filles de papier, moi, vois-tu, je suis dans ta tête en restant dans mon corps. En ce moment tu m’inventes comme il te dessine, c’est facile, tu sais :
— Tout est écrit.
— Oui, je sais, le pasteur l’a répété dimanche dernier, à l’église.
— Tout est écrit, mais rien n’est écrit d’avance, ce n’est qu’une question de temps. Tu es little Annie Fanny du Far-West mais dans le miroir qui es-tu ?
Tu as rencontré Delon, de Funès, Barbie et Drucker, tu t’es ouverte à la pressante invitation d’Alain, tu as été chatouillée par Louis, torturée par Klaus, questionnée par Michel. Tu rêves d’aller sur la plage de Marbella et tu sais que la papeterie existe depuis 1650 et fut plusieurs fois détruite puis reconstruite en particulier par Simon Bivort en 1756.
Sait-on où est le présent ? Dans le passé, dans le futur, ici, ailleurs ?
— Sans doute, mais c’est énervant cela, de savoir que tu me vois dans les poses les plus intimes alors que moi je ne vis rien de toi.
— Vraiment ? Je me souviens d’une coquine qui s’est régalé d’images saisies sous mes jupes, lorsque les estrades étaient encore hautes. Si tu ne me vois pas, c’est qu’au contraire je m’expose trop, je sais bien moi que l’école entière bande pour mes seins ronds et mes fesses fermes et le contraire pour ceux que cela arrange. Regarde mieux, regarde les miroirs, pousse les portes, surtout pousses les portes. Il y a des gens qui n’ouvrent qu’une ou deux portes en toute leur vie, évidemment, je suis plus à l’aise avec les garçons qu’avec les filles, comme toi je suppose. Cherche donc l’homme, celui que tu aimes, pas ceux qui t’aiment en s’aimant d’abord eux-mêmes, comme ton Doc.

— Oui, mais alors, que mes auteurs ne me fassent pas vivre trop de choses bizarres, j’ai vu que maintenant on fait faire aux filles de papiers des actes étranges, et on les viole de plus en plus, j’ai un peu peur de ma condition.
— La peur n’est créatrice en rien, reprends-toi, redresse-toi, sache que tout dépend toujours de toi, de la façon dont tu surmontes les vagues de la vie, de ta vie. Moi, il est temps que je retourne chez les ombres.

Je me retourne encore une fois dans le grand lit et la main de Mario touche mon sein droit.
Tout va bien à la papeterie. Mario est heureux, il m’étreint très fort en balbutiant des mots d’amour mélangés franco-italiens que je ne comprends jamais. Il dit qu’il aime ma peau et ses odeurs, mon cul mes épaules et mes bras, il me triture les seins et enfonce sa langue dans ma bouche. Je l’entoure de mes bras et plante mes ongles dans ses omoplates, je m’accroche et je réponds à ses baisers. Il gémit, je gémis, je jouis en criant Mario, Mario ! puis je l’observe entre mes cils, se démener comme un centaure entre mes cuisses, sa queue superbe entre et sort de mon petit con bien mouillé, il augmente l’allure, il éjacule en moi puis se dégage, le dos griffé jusqu’au sang, il passe sa robe de chambre et va se laver. Dans quelques instants, il bondira dans sa puissante Jaguar MK XV pour partir en mission en Suisse pour le groupe papetier. Il est fier des tâches qu’on lui confie.
Voila donc Mario régulièrement envoyé en voyage d'affaires et le patron m'invite à déjeuner, déjà une fois auparavant cela s’était passé ainsi et à la fin du repas, très conventionnel, il m’avait raccompagnée. L’avais-je entendu dire « La prochaine fois, Madame si vous pouviez venir sans culotte ».Je n’ai pas rêvé, il a bien prononcé ces paroles-là.
Alors dois-je dire qu’une autre fois ce fut un souper, une autre fois à souper et à suivre en boîte. Un jour cela fut un petit souper simple aux chandelles dans un cabinet particulier, devant un magnifique tableau de Klimt.
Je lui ai dit très sérieusement que cette femme nue me rappelait, en moins maigre, sa femme. Il eut le bon goût de sourire en glissant sa main le long de mes cuisses, c’est en y pensant que je me dis que je ne vous ai pas tout raconté, je ne vous ai pas dit bien grand-chose de plus qu’à Mario.
Je me demande d’ailleurs si j’ose vous détailler la rencontre que j’ai intitulé histoire sans culotte puis celle qui fut l’histoire nue tout à fait.



Oh ! J’ai vite compris que je servais bien la promotion future de mon mari j'ai accepté des petits cadeaux quelques avances.
Donc, il y eut d’abord l’invitation à un souper. Je n’étais pas certaine de savoir comment m’habiller pour ce soir-là sauf une seule certitude : ne pas mettre de culotte et savoir que l’autre n’en saurait rien car comment le saurait-il, mais alors pourquoi l’avait-il demandé ? Sur la piste de danse en véritable miroir du Super-Tabou, j’ai su comment.
Et c’est à cause de cela que je me suis retrouvée le derrière nu, en fuite dans le parc, un peu plus tard.

— Dis-donc dit Pop, toujours pas la maîtrise de l’orthographe, toi, n’est-ce pas. Mario et elle avait été invitée, en français, cela s’écrit : « Mario et elle avaient été invités ».
Moi, je ne pensais pas franchement à l’orthographe mais à la grande scène du quatre à laquelle j’avais eu droit. Je parlais à Pop au téléphone et raccrochant quand Mario était rentré dans le bureau, j’avais dit grosses bises à tout à l’heure.
C’est un homme n’est-ce pas cria-t-il, tu vas rejoindre un homme ! Christine haussa les épaules en pensant que le pauvre chou était bien à contre courant.
— Oui, dit Pop à Blackbelt, c’est bon comme texte
— D’autant plus que Mario va être muté, il le sait déjà.
C’est André hurla-t-il.
Elle avait haussé les épaules une seconde fois en demandant :— Pourquoi penses-tu à lui ?
— C'est toujours lui, depuis que nous avons quatorze ans, je vois les filles rejoindre André Nannucci, elles tombent dans ses bras et s'y pâment, il a en lui une sorte d'aimant à filles un truc qui fait craque boume hue puis il regarde celle qui vient de s'écrouler à ses pieds et la noie dans une passion engluante qui finit toujours mal. Elles se brûlent à cet homme-là comme les éphémères à la lampe de la terrasse.
— Oui, dit Pop à Blackbelt, c’est bon comme texte.
— Tu passes ton temps à me dire cela, prend un thé pendant que je me fais couler un bain.
Elle s’assied par terre, la tasse à la main, devant la cheminée. Anny passe, dans l’ombre de Christine et de Mario.
Le maître de céans, chic le langage dis-donc, revient en robe de chambre et s’assied au pied du prof. Une robe de chambre brune avec une longue fermeture éclair, un souvenir d’Algérie avait-il dit en relisant le passage où Christine observe Mario entre ses paupières mi—fermées, en jouissant de la queue superbe qui entre et sort de son petit con bien mouille d’élève docile. Un grand bien—être envahit Pop qui se laisse bercer par les histoires, un peu, et par les caresses délicates du maître sur ses seins, beaucoup. Elle se rappelait un moment pas si lointain, elle—même élève, Elle avait dix—sept ans, le front bombé sous une frange sage, des vêtements un peu ternes, à la mode et ils s’étalent serré la main. Le courant avait passé. Par un après—midi de juin, un petit soleil pâle éclaira des fesses dénudées, le garçon l’avait déshabillée et elle l’avait su bouleversé par les petits seins dorés qu’il découvrait sous le pull en bouts de laine verte.
Elle avait compris des choses et tenu bon pour une longue année d’études qui avait débouché sur la classe de sixième et une titularisation rapide. Elle était Pop le prof et ce n’était pas rien, c’était même une parcelle de pouvoir dans un monde en déglingue.

Pop sent le sexe de l’homme se dresser contre sa tête. Un désir doux et profond sourd de son ventre, instinctivement ses cuisses se sont écartées, sa respiration s’est accélérée.
Elle se tourne un peu et le geste écarte, comme de soi, les pans de la robe de chambre. Le sexe long et rigide de l’homme heurte malicieusement ses lèvres. Elles lui donnent un baiser rapide et la femme se relève tandis que l’homme grogne de dépit mais la bonne parole fuse :
— J’ai envie de faire l’amour avec toi.

Elle tend une jambe gainée d’une botte de toile bleue rigide pour que son amant la lui enlève, puis l’autre. Le professeur est pieds-nus, comtesse, et retire elle-même un tee-shirt immaculé blanc - sauf le sigle d’Erasme bien arrondi sur la poitrine, et dégrafe son soutien-gorge, très belle dentelle Lejaby qui a bien dû lui coûter le tiers de son salaire mensuel. Elle est fière de ses seins tout en étant très ennuyée, elle croit que les hommes n’aiment que les femmes à nichons immenses. Ceux-ci en demi-pêches sont petits fermes sains seins. Saints. La jupe jean moderne, assortie aux bottes qu’elle vient d’enlever n’est pas belle mais si pratique, surtout pour aller donner des cours à toute cette bande de galapiats. La jupe dézipée tombe sur le sol dévoilant une épaisse toison suffisant à l’habiller.— On se joue le théâtre de Christine, lui murmure doucement son amant, à l’oreille, en lui empoignant fermement les fesses rebondies et très brunes. Ai-je dit que le prof à la peau foncée ?

— Anny non plus ne portait pas de culotte sous sa robe western revue par tes soins, avec lacets trop lâches et volants difficiles à maîtriser en sautant de cheval.

Tandis qu’elle parle, il la pousse vers le fond de la pièce où entre une garde-robe à miroirs et la bibliothèque, on trouve un petit sofa de velours brun. Il la culbute, il plonge en elle, il augmente l’allure, elle jouit très vite serrant très fort l’homme entre ses jambes, il s’arrête pour la regarder.

— Que tu es belle lorsque tu fais l’amour, tu es rayonnante lorsque le vit est en toi.

— Continue, continue encore, ne t’en va pas. Il obéit tendrement d’abord puis à nouveau avec fougue, il éjacule en elle puis se dégage, le dos griffé jusqu’au sang, il passe sa robe de chambre et va se laver.


Mais n’est-ce pas Mario, alors ?
— Non, ce n’est pas Mario, tu mélanges beaucoup lorsque tu écris.
— Ce n’est pas simple, tu sais, je prépare un fascicule pour les faire maigrir. J’y ai placé une blonde et une brune d’entrée pour vendre à toutes, je leur dirai « Bonjour », c’est à la mode et c’est poli et surtout il leur faudra croire à l’équipe. L’équipe, le groupe, le nombre. Deviennent-elles des moutons ? Ont-elles besoin de se croire tringlées par cent vits à la fois ?
— Cesse, tu deviens grossier avec les dames, je vais te chasser, d’ailleurs tu t’es fort ramolli, mon ami.
Elle le chasse d’elle d’un tour de rein et descendant la tête, le prend dans sa bouche. Volupté d’un instant trop court pour le bienheureux qui brandit son flambeau, lance son sperme au fond de la gorge douce et tombe en apathie.
Mario est en Asie mineure ou dans le sud-est, où les envoie-t-on maintenant ? Luc Morel (del Marmol de je ne sais quel escalier de la cave, noblaillon à la con) m’a bien baisée, et il l’a été par son groupe, ah! Ah ! son groupe, ses actions ont fondu, le patron est devenu rentier puis chômeur et nous voici dans un petit hôtel, prise en levrette j'ai fait l'amour avec lui et cela ne m'a fait ni chaud ni froid c'était pour mon mari.
Maintenant j'attends un bébé.
Mars arrive, printemps des printemps et le monde évolue et les choses changent et voilà pense Pop que le journal de l’école parle maintenant de hard core, du franglais, où va-t-on ?
Un homme qui passait en camion m’a fait signe de monter, j’ai sauté sur le marche pied, dans la cabine, il a ouvert sa braguette m’a saisie par le cou sans ménagement et m’a recommandé une fellation lente experte convaincue profonde sans quoi ma tête ne vaudrait plus un kopeck.
Où vais-je placer cela ?
Pop est dans la cuisine pour le moment, enfin, je pense que c’est elle puisqu’il y a du bruit de ce côté-là. Anny ?
Non, Anny, ma petite orpheline est trop pure pour être empapaoutée autrement que par Doc, et encore, on n’en est toujours pas là. Alors Christine, la pauvre enceinte, trompée, lâchée, bousculée, pauvre femme prête à rejoindre la cohorte des femmes battues ? Une fille de papier battue, ça cloche, papier mâché, papier buvard papier monnaie oui, mais battu ?
— Et toi et moi ?
— Toi et moi c’est tout, ce n’est rien dit-elle, c’est un feu follet.
A qui parle mon petit professeur, nimbus en jupe longue l’ayant précisément retirée, sa culotte à la main, tiens, cette fois donc elle en avait une, fait-elle donc des manières avec les filles, elle m’avait pourtant annoncé haut et fort que ce n’était pas son genre.
Mais Anny est si séduisante. Et puis une orpheline, le rêve de tous les prédateurs, sans doute aussi celui des professeurs.
Elle se leva, marcha sur le tapis de laine jusqu’à l’entrée de la pièce, nous longeâmes la bibliothèque, descendîmes dans la grande salle d’en bas.
Elle battit le briquet comme dans cuisine de la voisine de Pierrot, m’enflamma le cœur, en fit une boule qu’elle lança négligemment dans l’âtre où la chaleur fut intense pendant quelques secondes.


Une fille de papier, cela ne brûle pas longtemps.