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Le médecin de famille |
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Je
le vois encore avec sa bonne figure honnête et, grave, le
menton rasé et frais, la cravate blanche immaculée, son chapeau à
larges bords,
sa longue redingote noire, appuyé sur une canne à pomme d’or,
traversant les
rues de la petite ville où il pratiquait depuis plus de quarante ans. Chacun
se découvrait sur son passage, il rendait à chacun son
salut. Il connaissait tout le monde et tout le monde le connaissait et
le
révérait. Il
était persuadé que si la médecine est l’art de guérir, elle est
aussi un peu l’art de plaindre les hommes et qu’elle n’est qu’une des
mille
formes de la charité, la science apportant son concours au dévouement.
Plus
près du pauvre, plus près du ciel, amour de la science amour de
l’humanité,
telle était sa devise, e t il y resta toujours fidèle.
Il
savait que, pour supporter ses maux avec courage, l’homme n’a
pas trop de toutes ses espérances, que le médecin consolateur doit
rarement
parler de celles que promet l’éternité, car l’homme le moins
pusillanime ne
verrait que la certitude de son danger dans les plus sages
exhortations, si
elles sortaient de la bouche de celui qui vient de mesurer la durée de
sa vie.
Il faut pour cela un autre ministre, il faut une voix qui sache faire
entendre
les paroles sacrées, et le médecin, qui n’a souvent que des illusions à
donner,
ne doit pas sortir de son devoir. Cependant,
comme le bon prêtre qui va faisant le bien à toute
heure, en tout lieu, il répandait partout l’espérance et les
consolations.
Quelque désespérée que fût la situation d’un malade, il ne
l’abandonnait pas,
il ne s’éloignait pas tant que celui qui avait réclamé ses soins
conservait assez
de connaissance pour sentir son abandon, tant qu’il était possible de
ranimer
les faibles étincelles de la vie, tant que l’art impuissant n’avait pas
dit son
dernier mot, à cette heure enfin où la force vitale anéantie s’abaisse
graduellement
dans sa lutte suprême contre l’organisme défaillant. Alors
qu’entre la vie et la mort incertaine,
C’est
ainsi que ce vieil ami de la maison partageait toutes ses
douleurs, comme il avait participé à toutes ses joies, à toutes ses
espérances.
Il
professait que l’union de deux individus de mauvaise
constitution représentait un risque de faire naître des enfants plus
faibles,
plus débiles, plus lymphatiques encore, et qui sont disposés au
rachitisme.
Pour
combattre l’anémie et le lymphatisme, par exemple, il conseillait
les professions où l’on vit en plein air; contre les névroses, celles
où
s’exerce principalement l’activité musculaire et où ils peuvent jouir
d’une vie
calme et régulière. Il interdisait les professions qui exposent aux
variations
de la température aux adolescents prédisposés aux affections
rhumatismales; aux
enfants issus de parents poitrinaires, il interdisait les professions
sédentaires
et celles qui exigent des efforts assidus de la voix ou des mouvements
étendus
des membres supérieurs.
«
Autrefois, dans les familles, dit M. Fonssagrives, on se réunissait
en conseil pour décider les grandes questions qui intéresseraient les
enfants;
on discutait, on pesait, on mettait en parallèle le fort et le faible,
on
s’arrêtait au parti qui paraissait le plus sage, et quoiqu’il ne fût
pas toujours
du goût de l’adolescent, celui-ci inclinait sa volonté et se félicitait
habituellement plus tard qu’on n’eût pas trop écouté ses désirs.
C’est
à peu près le portrait du parfait médecin que je viens
d’esquisser en voulant faire celui du médecin de famille; je m’en
aperçois un
peu tard, En terminant, j’ai le regret de lereconnaître avec M.
Fonssagnives,
le médecin de famille ne se rencontre plus guère aujourd’hui que dans
les rares
petites villes dans lesquelles les familles, affranchies jusqu’ici de
la rage
du déplacement, voient les générations se succéder placidement sous le
même
toit et naître et mourir avec la même alcôve pour horizon. |
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