Une faute dans une histoire d’homme
Ce matin-là, j’ai entendu Mélodie demander :
— Attends, j’ai oublié mon doudou.
Il n’y avait pas dans ma mémoire de place, ce matin-là, pour la contradiction, la voiture était chargée et le départ pour Oléron annoncé depuis hier soir : quatre heures et quart, on part !
Et puis, je ne savais pas ce qu’était un doudou, et je ne savais pas non plus que Mélodie était malheureuse, honteuse d’une mère fuyante devant un père alcoolique. Mélodie venait avec nous à Oléron, que pouvait-elle donc bien à voir avec un doudou ?
Un grisgris ?
Le tout petit enfant choisit parmi les objets familiers qui l’entourent une peluche, une couverture, un coussin oumême un bête chiffon. Et il s’y accroche comme à la prunelle de ses yeux.
Mélodie s’accrochait à une sorte d’oreiller, elle avait dit doudou et je ne savais pas son besoin, je ne pouvais pas non plus le supposer, je suis un homme, un homme déjà âgé et vaniteux sans doute au point de croire que tous les besoins sont satisfaits lorsque je suis présent.
Mélodie avait un manque que je ne connaissais pas, je le soupçonnais depuis longtemps, sans pouvoir le préciser. Elle avait père et mère, comment imaginer qu’elle cherchait une présence rassurante, un autre lien avec le monde extérieur pour combler l’absence d’une mère douce. Comment imaginer qu’elle avait besoin d’un objet de subsitution ?
Le doudou, ce truc que l’on vénère, comme un véritable être vivant, on le caresse, l’embrasse, le serre contre soi pour dormir, le suce et le mâchouille. Cet objet s’imprègne de l’odeur de la mère, du père, de la maison, de lui-même; et le supprimant, j’avais créé sans le savoir, le drame.
Le psychanalyste Donald Winnicott a exploré le rôle joué par ces objets à haute valeur affective.
Il a appelé ces nounours et ces bouts de tissu «objets transitionnels», dans la mesure où ils assurent symboliquement la transition entre la phase où l’enfant est totalement dépendant de sa mère et celle où il accède à son autonomie. C’est aussi la transition entre sa mère et le reste du monde. Chaque fois que l’enfant rencontre un problème et qu’il se sent stressé, il fait intervenir son objet préféré, qui lui apporte réconfort et assurance. Cette force vitale que l’enfant puise dans son doudou l’incite à y projeter ses émotions.
D’une manière générale, l’enfant en grandissant se détache de lui-même de son objet préféré. Certains adultes cependant gardent ou retrouvent ce besonr succion qu’ils comblent par la cigarette, la nourriture ou l’alcool, substitut du sein maternel.
Alors, Martin ?