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Xian,

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Pomme

Halte au feu, mon lieutenant !

Xian et la B.D.

Courtes nouvelles

Lettres de mer

Juste un peu de poésie ... avec Pétrus

CADEAU de NOEL (2007) :

 

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Pink Piggy

Henri Troyes

Un amour de Pomme, nouvelle version en PDF avec Glossaire et Illustrations

 

 

 

 

 

La Double Hélice

Bientôt :

Peut-être un avant-propos pour l'ensemble :

Ceci est bien entendu une histoire vraie parfaitement véridique et qui s'est passée près de chez vous, et encore plus près si vous résidez près des Hautes Rivières, de Saou ou du côté d’Uzès dans le Gard et d’autres lieux, les portes sont, dit-on, à Onoz ou Bernissart, Beersel ou Beynac, Gaberones ou Omdurman, Saint Laurent ou Coquimbo où s’exerce la censure des livres secrets aux formules inhumaines, celles qui éviteraient que la Terre disparaisse dans une catastrophe nucléaire ou pire comme celle déjà arrivée qui a amené cette ère glaciaire post iguanodons.

 

Le calvaire des écrivains ("What writers go through")

par Isaac Asimov (1920-1992)

 

De temps à autre, je reçois une lettre qui touche un point sensible. Ainsi, Jeanne S. King de Marietta, Géorgie, m’a suggéré d’écrire un éditorial sur le calvaire que traversent les écriteurs. Le terme original est le mot writer qui n’est pas synonyme d’écrivain en français. En francophonie, l’écrivain est un personnage assez rassis, sauf Amélie Nothomb et Maia Mazaurette, se préoccupant de « littérature ». En Amérique, pays d’Isaac Asimov, le mot writer que j’ai traduit par écriteur désigne quelqu’un qui, de manière professionnelle ou non, écrit - aussi bien des romans que des nouvelles, des essais ou des chansons, des scénarios ou des pièces de théâtre, des slogans publicitaires, de la poésie ou des comic-books. En résumé, le mot « écrivain » désigne un statut socio-culturel (souvent fantasmatique). Le mot écriteur désigne une activité (professionnelle ou non).

 

Son cœur saigne pour ces pauvres bougres, et je pense qu’elle a n’a pas tort.

 

Tout d’abord, je vais clarifier ce que j’entends par le mot écriteur. Je ne veux pas limiter le mot à ceux qui ont du succès, qui ont publié des best-sellers ou qui produisent chaque année (ou chaque jour...) des rames de papier imprimé, qui gagnent somptueusement leur vie grâce à leur stylo, leur machine à écrire ou leur machine à traitement de texte, ou ont acquis célébrité et admiration.

 

Je veux parler aussi de ceux qui vendent un texte de temps à autre et en tirent des revenus qui ne font que compléter ce qu’ils gagnent avec d’autres boulots, ceux dont le nom n’est pas une marque déposée, ceux qu’on ne reconnaît pas dans la rue. Aux États-Unis, dans les années d’après guerre 40-45, un écriteur gagne sa vie en proposant des textes à des revues ou des projets de textes à des éditeurs. Même l’écrivain le plus connu soumet ses idées d’articles ou de nouvelles à un rédacteur en chef ou à un éditeur avant qu’on lui fasse un contrat en bonne et due forme. L’important n’est pas que le texte soit publié (cela reste à la discrétion du rédacteur en chef ou de l’éditeur), mais que le travail soit rémunéré. Un écriteur professionnel est, en Amérique, quelqu’un que l’on paie pour écrire ou à qui l’on achète des textes sans qu’ils soient nécessairement publiés à une date précise.

 

J’irai même plus loin en disant que je parle ici aussi de ceux qui ne vendent jamais rien, qui sont des écriteurs du seul fait qu’ils s’acharnent à écrire, soumettant un texte après l’autre , avec un espoir encore inexaucé.

 

On ne peut pas écarter d’un revers de main cette dernière catégorie d’ écriteurs en les qualifiant de « ratés » et non d‘ écriteurs « authentiques ». D’abord parce qu’ils ne restent pas toujours éternellement des « ratés ». Pour presque tous les écriteurs, avant qu’ils connaissent le succès (fulgurant ou non) la période d’insuccès ou de « ratage » est en réalité une période d’apprentissage.

Ensuite, quand bien même un écriteur serait-il destiné à rester un “raté”, quand bien même ne vendrait- il jamais un seul texte, il n’en est pas moins un être humain éprouvant les difficultés et frustration d’une vie d’écriteur sans même la consolation d’un petit succès occasionnel.

 

 

 

Si l’on passe d’un extrême à l’autre pour considérer l’ écriteur apparemment assuré de vendre chacun de ses textes, on peut constater que difficultés et frustrations ne lui sont pas épargnées pour autant. D’abord parce que, quel que soit la fréquence du succès, quelle que soit l’ampleur de la reconnaissance, ni l’un ni l’autre ne semblent jamais avoir le poids nécessaire au moment attendu.

 

Chaque fois qu’un écriteur, fût-il le plus célébré, s’assied devant une feuille de papier blanc, il a toujours le sentiment qu’il recommence à zéro, et que l’épée de Damoclès du refus lui pend au nez. (À ce propos, quand je dis « il », je précise qu’il peut aussi bien s’agir d’une « elle ».)

 

Si je peux me permettre de me prendre comme exemple, je suis toujours un peu révulsé lorsque quelqu’un, avec toute la sincérité et l’honnêteté du monde, présuppose qu’on ne me refuse jamais un texte. J’admets que cela m’arrive rarement, mais entre « rarement » et « jamais » il y a un monde.

 

Même si je ne travaille plus aujourd’hui sans une perspective de publication et si je n’écris qu’après un engagement ferme, le risque existe toujours. Il n’y a pas une année sans que j’essuie au moins un rejet. Il y a seulement deux mois, le magazine Esquire m’a commandé un article bien précis. Je l’ai dûment remis en temps et en heure et on me l’a tout aussi dûment renvoyé.

Il s’agit là d’une possibilité avec laquelle chaque écrivain doit vivre en permanence. Il est assis seul à marteler les mots, tandis que son cœur bat au même rythme. Chaque phrase lui donne le sentiment que ça ne va pas. Chaque page le pousse à se demander s’il va dans la bonne direction.

Même quand, pour une raison ou pour une autre, il a le sentiment d’être sur la bonne voie, et que tout s’écoule de manière claire et fluide, il y revient le jour suivant et, à la relecture, n’entend que les couacs.

 

C’est une vraie torture.

 

Et puis il y a la réécriture et les finitions ; la correction des défauts les plus évidents (du moins, ils semblent évidents, mais le sont-ils vraiment ?) et leur remplacement par des améliorations (à moins que ça n’aggrave les choses ?). Il n’y a aucun moyen de savoir si le texte s’améliore ou s’il s’enlise dans les sables mouvants au point qu’on doit finir par le déchirer en désespoir de cause, ou se résoudre au risque d’un rejet en l’envoyant dans l’état à un editor. Le mot editor peut désigner le chef de rubrique d’un journal, le rédacteur en chef d’une revue ou le directeur de collection/secrétaire de rédaction d’une maison d’édition, tous professionnels ayant pour mission, en Amérique, où les écriteurs ont beaucoup moins d’ego d’auteur qu’en France, de couper, de corriger, voire de proposer une réécriture approfondie d’un texte.

 

Une fois le texte envoyé, on aura beau se blinder, on aura beau se dire encore et encore qu’il va être refusé, impossible de ne pas laisser briller en soi une flammèche d’espoir. Peut-être... Peut-être...

L’attente constitue, en soi, une torture raffinée. L’editor a-t-il manqué de temps pour lire mon texte ? Ou bien, après l’avoir lu, reste-t-il dans l’incertitude sur la publication ? Va-t-il le relire et peut-être décider de le publier - à moins qu’il n’ait été égaré - ou bien l’a-t-il mis de côté pour me le renvoyer plus tard... en l’oubliant tout à fait ?

 

Combien de temps faut-il attendre avant d’envoyer une lettre de relance ? Et une fois écrite, est-elle assez servile ? Assez flagorneuse ? Assez obséquieuse ? Somme toute, vous ne voulez pas l’offenser, cet homme. Il est peut-être sur le point de l’accepter, ce texte ; si vous lui envoyez une lettre insolente, il pourrait mal le prendre et vous renvoyer le manuscrit en deux morceaux...

 

Et lorsque le jour arrive et l’enveloppe brune apparaît dans le courrier, tous les grognements que vous avez poussés auparavant en vous disant que ce jour-là viendrait ne vous seront d’aucune aide. Le soleil disparaîtra.

 

Cela fait quarante ans que j’ai traversé cet enfer dans toute sa cruauté, mais je m’en souviens comme si c’était hier.

 

 

Et même quand un texte est accepté, il faut accepter les suggestions de l’editor, ce qui veut dire au moins qu’il faut se replonger sur le manuscrit, le travailler de nouveau, ajouter, modifier, couper pour un résultat final qui sera peut-être pire que l’original, au point de vous faire perdre la publication que vous pensiez acquise. Au pire, les modifications demandées vous paraissent tellement malvenues qu’à vos yeux, elles sabordent complètement le texte ; et cependant, vous n’êtes peut-être pas en position d’oser refuser, alors vous devez vous résoudre à mutiler votre enfant vous-même plutôt que de le laisser mourir. (Ou bien devriez-vous refuser avec hauteur et tenter votre chance auprès d’un autre editor ? En prenant le risque, peut-être, de voir le premier vous inscrire sur une liste noire ? )

Et même quand le texte a été accepté, acheté et publié, le triomphe est rarement sans nuage. Car les catastrophes qui peuvent encore lui tomber dessus sont innombrables. La publication d’un livre peut être bâclée, assortie d’une jaquette de couverture repoussante ou d’un texte de quatrième qui évente le contenu ou indique clairement que le rédacteur ne l’a pas lu.

Un livre peut n’être pas défendu parce que l’éditeur le traite avec indifférence, et par conséquent être introuvable en librairie, et ne se vendre qu’à quelques dizaines d’exemplaires. Même s’il se vend bien, cet embryon de succès peut avorter sous l’effet du papier glacial ou franchement méchant d’un critique dénué de talent ou de qualités.

Si vous vendez un texte à un magazine, vous pouvez avoir le sentiment qu’il a été mal illustré, ou détester la présentation, ou vous lamenter devant les coquilles. Vous êtes même susceptibles de subir de la part de certains lecteurs des commentaires négatifs émis à votre intention sur un ton joyeux, sardonique ou méprisant - mais de quel droit ?

Résultat : vous souffrirez. Je n’ai jamais rencontré d’écriteur qui ne souffre pas au moindre commentaire négatif, et toutes les louanges ne parviendront pas à effacer cette mauvaise note-là.

De fait, même un succès complet porte son lot d’inconfort et d’inconvénients. Il y a, par exemple...

Les gens qui vous envoient les livres à signer et à leur retourner mais qui n’ont pas pris la peine d’y joindre l’affranchissement ou les enveloppes-retour et vous réduisent à envoyer leur livre au pilon ou (si vous ne pouvez pas vous résoudre à ça), à aller acheter des enveloppes, à faire un paquet, à acheter des timbres et même parfois à vous rendre à la poste.

Les gens qui vous envoient des manuscrits à lire et à critiquer (« Oh, pas grand-chose, juste une analyse page par page, et si vous pensez que c’est bon, pourriez-vous me le faire publier avec un a-valoir confortable, s’il vous plaît ? Merci. »)

Les gens qui vous assènent deux douzaines de questions en commençant par une « toute simple », du style : « Quelle est à votre avis la fonction de la science-fiction et de quelle manière contribue-t-elle au bonheur de l’humanité ? » en vous demandant d’illustrer votre démonstration avec des citations d’œuvres classiques de divers auteurs (« N’hésitez pas à ajouter des pages, si nécessaire. »)

Les gens qui vous envoient une lettre-circulaire, à laquelle ils ont ajouté votre nom (mal orthographié) demandant une photo dédicacée, sans enveloppe ni affranchissement...

Les enseignants qui contraignent une classe de trente élèves à vous envoyer chacun une lettre vous disant combien ils ont aimé l’une de vos nouvelles, et qui y ajoutent un mot demandant de bien vouloir répondre personnellement à chacun des très chers enfants...

Et j’en passe...

Bon, mais alors, pourquoi écrire ?

Un chimiste allemand du 17e siècle, Johann Joachim Becher, écrivit un jour : « Les chimistes sont un étrange groupe de mortels, mus par la pulsion presque insensée de chercher le plaisir dans la fumée et les vapeurs, la suie et les flammes, les poisons et la pauvreté ; et cependant, ma vie est si douce parmi toutes ces malfaisances que je mourrais plutôt que d’échanger ma place avec le roi de Perse. »

Eh bien, ce qui est vrai de la chimie l’est aussi de l’écriture. J’en subis tous les désagréments mais, malgré cela, j’y trouve du bonheur. Je ne pourrais pas expliquer facilement d’où il vient, ni même en quoi il consiste, mais il est là. J’en connais les joies et je les ressens, et je ne cesserai pas d’écrire tant que je vivrai - et plutôt mourir que d’échanger ma place avec le Président des États-Unis.

Isaac Asimov