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Écritures Courtes nouvelles |
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Canal moins (.)à ne
pas mettre entre toutes les mains(.) L’étranger(extrait de Érotiques et sataniques, avril 1987) Les fantasmes dont l’homme
est à la fois l’artisan et la victime ne sont-ils pas l’antidote inconscient
aux valeurs superficielles que nous offrent les civilisations techniques ?
Peut-on s’empêcher de fantasmer sur la vertigineuse chute de reins d’une mère
de famille qui attend l’autobus, patiemment dans la file des employés têtes
baissées ? On peut dire que Sidonie
Duval ne passa pas inaperçue ce matin-là au marché bihebdomadaire de Saint
Germain l’écluse. La vieille dame, mais qui savait son âge ?- arriva
comme d'habitude Place du Général de Gaulle à neuf heures précise.
Emmitouflée dans un manteau pur poil de chameau, brun passé, acheté aux Trois
Suisses un peu avant la grande crise, elle trottinait dans de jolies bottines
vernies noires. Son caddie roulait derrière elle, comme à l'ordinaire… sauf
que ce n'était pas elle qui le tirait, mais bien le plus exotique des êtres
jamais vus dans la petite ville de Saint Germain l’écluse. Malgré la fraîcheur du
printemps, l’homme ne portait qu'un curieux pantalon bouffant de couleur rouge,
retenu par une large ceinture dorée en tissu. Ses babouches bleues claquaient
sur le bitume. Il marchait torse nu, révélant ainsi le ton mat de sa peau et
la puissance de sa musculature. Des enfants le prirent pour un célèbre
catcheur américain, d'autres pour un basketteur à cause de sa taille, près ou
plus de deux mètres ! Les adultes, eux, ne s'y
trompèrent pas, et reconnurent en lui ce qu'il était réellement : un étranger
au crâne rasé. Un grand anneau de cuivre à son oreille droite apportait une ultime
touche exotique à l'extraordinaire accoutrement de cet individu non moins
spécial. Le marché de Saint-Germain résonnait habituellement sous les
clameurs des marchands, les conversations des ménagères, et les piaillements
des enfants qui couraient de l'étal copieusement achalandé du poissonnier au
véritable jardin luxuriant que constituait le stand du fleuriste, pour
toujours revenir à l'antre merveilleux du confiseur. Mais lorsqu'ils virent
Sidonie Duval et son étrange porteur, tous, petits et grands, baissèrent la
voix, ralentirent ou s'immobilisèrent, louchant sur l'improbable couple. La
vieille dame ne s'aperçut pas que tous les regards se braquaient sur eux, que
dès qu'ils s'éloignaient un peu ils devenaient l'unique sujet de
conversation. Toujours suivie de son porteur, elle fit le tour des
commerçants dans l'ordre immuable qu'elle respectait depuis 30 ans. Seul le
fleuriste, à la fin de sa tournée, prit l'initiative de lui demander
l'identité de l'étrange acolyte : " Mais où avez-vous donc pêché ce
grand escogriffe ? ", demanda-t-il en enveloppant ses fleurs. "
Vous ne me croirez jamais " répondit la vieille dame en tendant un
billet de cinquante francs. " Dans une lampe. ". Le fleuriste
haussa les épaules et rendit la monnaie en grommelant des paroles
inintelligibles. Et pourtant, Sidonie Duval n'avait dit que la stricte
vérité : elle avait réellement trouvé son porteur de caddie dans une lampe.
Quant à la lampe, vous vous en doutez, elle l'avait dénichée sur les étagères
poussiéreuses de « Rome Inde et Pakistan Antiques furnitures »
disait la devanture, rue Royale, près de la gare. Au début, Sidonie avait
été attirée par une petite licorne en faïence bleue. De l'autre côté de la
vitrine, comme s'il voulait la briser, le bibelot exposé entre un vase qui
était peut-être chinois et une cornemuse
désaccordée dardait son appendice. Elle réfléchit quelques instants : le
manteau de la cheminée, qu'elle n'allumait plus car c'était devenu trop
d'entretien pour elle, servait d'arche de Noé à ses porcelaines animalières,
cadeaux ou acquisitions personnelles. Mais dans son bestiaire
de céramique ne figurait point de licorne. La vieille dame poussa la porte du
magasin qui s'ouvrit en grinçant. La bâtisse était sans doute plus ancienne
encore que la plupart des objets mis en vente. Fitzegarld
de Chassieux, le propriétaire, leva la tête. Le nez plongé dans un grand
coffre en bois, il triait une litanie de vieux bibelots dénichés,
expliqua-t-il à sa fidèle cliente et amie, la semaine passée chez un videur
de greniers qu'il affectionnait tant. Sidonie désigna l'objet de ses désirs.
Tandis que l'antiquaire emballait la licorne sous plusieurs couches de
papier, elle plongea le regard dans le coffre et au beau milieu d'assiettes,
de livres et de candélabres, elle remarqua une lampe, une vieille lampe à
huile toute sale et recouverte de poussière. Pourquoi cet objet en
particulier ? Il n'était pas plus séduisant que les autres, bien au contraire
: son cuivre terni nécessitait un nettoyage vigoureux avant de mériter à nouveau
d'être exposé aux regards. Pourtant, Sidonie s'en empara et le posa sur le
comptoir. Une fois nettoyée, se dit-elle, la lampe trouverait sa place parmi
les babioles rutilantes de sa cuisine. L'antiquaire passa l'index sur
son épaisse moustache grisonnante. Cette lampe ? C'est que…
Je n'en ai pas encore fixé le prix. Et vu son état, je ne suis d'ailleurs pas
prêt de la mettre en vitrine… Peu importe, je la
nettoierai moi-même. Alors, cher ami, combien ? L'index accéléra son
mouvement de va-et-vient, puis s'arrêta brusquement. De toute façon, par les
temps qui court, j'aurai toutes les peines du monde
à vendre ce genre d'objet oriental… Allez, je vous la mets avec la licorne. Il emballa donc le tout
dans du papier journal qui relatait les dernières paroles de Chirac à
l’Assemblée, celles de cosmonautes et entourait de rose un amoureux noir qui
serrait une belle blonde. On apprenait en page arrière que Lee Marvin et Lino
Ventura ne joueraient plus jamais la course du lièvre à travers champs tandis
que l’on constatait que les couturiers découvraient les genoux. C'est donc ainsi que
Sidonie se retrouva légitime propriétaire d'une vieille lampe à huile qui
semblait tout droit surgie d'un conte de fées. De retour chez elle,
elle posa son sac à main sur la commode, à côté de la photographie d'Émile,
son défunt mari, là où auraient dû se trouver les photos des enfants qu'ils
n'avaient jamais eus. Tandis que l'eau du thé chauffait dans la bouilloire,
elle installa la licorne sur la cheminée, entre la tortue et une grenouille
sur le point de bondir, puis elle déballa la lampe sur la table basse du
salon. Un dépôt verdâtre, tirant par endroit sur le gris, la recouvrait
entièrement : chaleur, fumée, manipulations, sans compter une absence
d'entretien depuis sans doute de nombreuses années, avaient accompli leur
œuvre. Sidonie versa le thé au jasmin dans une tasse en porcelaine et but
lentement, tout en examinant sous toutes ses coutures sa nouvelle
acquisition. Puis elle posa la tasse, s'empara d'un chiffon imbibé d'eau
ammoniaquée et entreprit de frotter vigoureusement la lampe. La vieille dame
poussa aussitôt un petit cri aigu. Elle lâcha la lampe, qui s'échoua sur le
tapis. Une fumée bleue s'en échappait par le col avec un sifflement de
bouilloire. Bien qu’un retour en
arrière ait été opéré subrepticement par l’électronique, un petit nuage d'un
gris phosphorescent flotta au-dessus du guéridon. Le nuage commença à
onduler, à prendre forme comme une boule de glaise pétrie par un sculpteur
invisible. Puis soudain les choses s'accélérèrent : la lampe cessa de
siffler, les formes se précisèrent. Le nuage ressemblait de plus en plus à un
être humain, puis devint effectivement un être humain. L'homme bras et les
jambes en s'exclamant d'une voix basse et caverneuse : — Dieu que cette
ouverture est étroite ! J'avais oublié, depuis le temps. Réalisant
qu'il flottait à un mètre du sol, il redescendit sur le plancher des vaches,
regarda autour de lui, puis s'inclina devant la vieille dame. « Je vous
salue respectueusement, Maîtresse, et vous rends grâce d'avoir fait appel à
mes services. » Se demandant si c'était la police ou son médecin
traitant qu'elle devait appeler, Sidonie balbutia « Qui… Qui… Qui
êtes-vous, monsieur ? » On lui répondit assez simplement : Je
suis Simbad, Maîtresse, votre humble serviteur. Je
suis un djinn. — Un djinn ? - Un génie, si
vous préférez. - D'où…
sortez-vous ? - De la lampe.
Vous avez frotté la lampe, et je suis apparu. - Oh ? Comme dans
les contes de fées, alors ? — D’où venez-vous donc,
jeune homme ? —De Bagdad la Grande. - Vraiment ? Et
que désirez-vous de moi ? - Je suis là pour
vous servir. Vous avez acheté la lampe, vous m'en avez fait sortir. Désormais
je suis donc votre serviteur. - Et vous… Ça
coûte cher ? - Rien du tout.
Vous ordonnez et j'obéis. Plus tard nous en reparlerons, il y a un sortilège
évidemment qui m’a forcé à prendre refuge dans cette lampe et que nous
romprons. — Je suis une vieille
femme. Je me contente de peu. - J'ai servi des princes
et des sultans dont la fortune dépasse l'imagination ; leurs désirs ne
portaient pas nécessairement sur l'or et la richesse. N'avez-vous point
d'ennemis à vaincre, des complots à dénouer, quelque caravane à guider à
travers le désert ? Sidonie secoua la tête
en ajoutant que Saint Germain est une ville tranquille et même quelque peu
ennuyeuse, bien sûr les couturiers découvrent genoux et cuisses, on parle de
Ulla et Aznavour, de l’affaire Grégory, de Vanessa Paradis et de Shirley Mac
Laine, de Lambert et un peu de la bourse, de Diana d’Angleterre et de Thierry
le Luron, de l’Argentine et du football, mais, rien de très
passionnant ! Voilà qui est bien
fâcheux, Maîtresse, car la Règle m'oblige à vous servir. - Évidemment,
vous pourriez faire le ménage, m'aider à porter des objets lourds, ce genre
de petits services. Mais vous ne trouverez pas cela très intéressant. Et
appelez-moi donc madame Duval, ce sera beaucoup moins cérémonieux. - A la bonne
heure ! s'exclama le djinn, visiblement soulagé. La lampe traînait
toujours sur le tapis du salon. Il se pencha pour la ramasser s’exclamant
qu’il allait la nettoyer. Dans une petite ville
comme Saint-Germain, les nouvelles circulent vite. L'apparition de Sidonie
et de Simbad sur la place du marché s'était propagée
à une vitesse rarement égalée par le passé. Témoins de la scène,
Marguerite Antonin et Viviane Ménard s'étaient aussitôt données
rendez-vous chez Paméla Guillaumat pour commenter l'événement. Qu’allait-il
se passer, une affaire comme celle de ce fameux Budo Aikokaï ou encore du chanteur engagé contre les
parachutistes ? Vernon Sullivan s'est
fait poursuivre, nos moralistes bien connus pour lécher le cul des
archevêques dans les confessionnaux lui reprochant bien des lignes sinon des
pages ! —Vous avez vu cet homme
qui accompagnait madame Duval au marché, hier ? - C'est la
première fois qu'on le voit à Saint-Germain. - Mais comment
est-il ? demanda Paméla, la seule à n'avoir pas été sur place ce matin-là. - Il m'a donné
froid dans le dos. Un immense ostrogoth au crâne rasé. Il se promenait torse
nu, vous vous rendez compte ? Il ne portait que des babouches et un pantalon
bouffant trop grand pour lui. - Il doit venir
d'une de ces banlieues dites "défavorisées". - Il portait une
grande boucle à l'oreille. C'est peut-être un manouche ? - On n'a pas
vu de caravane dans les parages… - En tout cas il
n'est pas de chez nous ! - Ça, c'est sûr
qu'il n'est pas Français. - Vu sa façon de
s'habiller, il viendrait plutôt de l'autre côté de la Méditerranée… Les trois
femmes s'observèrent en silence, comme si tout avait dit dans cette seule
phrase : l'étranger était un étranger. - Bientôt, on ne
pourra plus sortir dans la rue sans se faire voler son sac. - Ou se faire
égorger ! - On n'est
vraiment plus chez soi ! - Je n'ai rien
contre les étrangers… - Nous non
plus. - … mais est-ce que moi je vais chez eux ? - Bien sûr que
non. - En tout cas, ça
n'a pas l'air très honnête. On a vu cet homme faire le ménage et tondre la
pelouse ce matin chez madame Duval, et comme on ne l'a pas vu sortir de chez
elle, c'est qu'il habite là-bas. - Ce serait un
clandestin ? - Qu'elle ferait
travailler au noir ? - Peut-être un
trafiquant de drogue, ou un terroriste ! - Mon neveu travaille à
la Brigade des Mœurs, dit Marguerite Antonin. Je vais lui en toucher un mot. Les reins calés contre
un coussin aux couleurs délavées par le temps et le soleil, Sidonie lisait la
gazette locale. Privilège de retraitée, elle prenait le temps de décortiquer
chaque article, chaque fait divers, le plus infime entrefilet et la moindre
petite annonce. Cette activité lui prenait en général toute la matinée. En
babouches et bragoubraz persan, Simbad
passait l'aspirateur en sifflotant un air à la mode entendu à la radio. Il
s'était rapidement adapté aux us et coutumes de cette société dans laquelle
vivait sa nouvelle maîtresse. Sidonie ne s'en était pas étonnée, Simbad n'était-il pas un génie ? Le djinn interrompit sa
tâche. Du bout du pied, il appuya sur le bouton d'arrêt de l'appareil. - On vient,
madame. Son quotidien
replié à la main, Sidonie se rendit à la fenêtre, écarta un coin de voilage
et regarda dans la rue. Trois hommes poussaient le portillon de son jardin. - C'est exact, dit-elle,
il serait plus prudent que vous vous cachiez, Simbad - Très bien,
madame. Sans prendre son élan, Ovide sauta à pieds joints à travers le
salon et plongea, tête et mains en avant, vers la lampe posée sur la table
basse. Sans le moindre effort
apparent, comme s'il était constitué de fumée, son corps s'engouffra à
l'intérieur, regagnant la lumineuse cité parallèle de Bagdad. Ses babouches
disparurent à l'instant où retentissait la sonnette de l'entrée. Sidonie
trottina jusqu'à la porte, qu'elle ouvrit en grand. Le premier homme portait
un costume sombre qui le faisait ressembler à une ombre, une ombre verticale.
Un peu en retrait se tenait un homme en jeans serrés par une grosse ceinture
en cuir ; mâchouillant un chewing-gum, il avait l'allure d'un cow-boy. Le
troisième compère était un agent de police, et n'avait l'air de rien d'autre.
Leur véhicule, une voiture banalisée, était garée
devant la maison, le long de la haie d'arbustes strictement taillée la veille
par Ovide. Le costume, le cow-boy et le policier saluèrent Sidonie. Puis le
costume tendit un rectangle plastifié et tricolore arborant sa photographie
et un tampon officiel. Inspecteur Antonin, de
la Brigade des Mœurs. Vous êtes madame Sidonie Clément ? Sidonie confirma. - Nous avons reçu
une plainte d'un patriote anonyme concernant la présence dans votre domicile
d'un individu de nationalité inconnue dont la légalité des activités et la
présence sur le sol national semble pouvoir être remise en cause. Nous
pouvons entrer ? Antonin avait une façon
particulière de mettre les points d'interrogation entre parenthèse, comme
s'il ne les plaçait à la fin de ses affirmations que par simple politesse.
Les trois hommes suivirent Sidonie dans le salon qu'ils commencèrent aussitôt
à examiner par des petits coups d'œil furtifs, sans se déplacer. Sidonie les
invita à s'asseoir, mais l'inspecteur déclina l'offre. Madame Clément,
hébergez-vous quelqu'un dans votre domicile ? - Non, inspecteur.
Je vis seule depuis la mort de mon mari, je n’ai ébergé
qu’un certain temps la petite que vous apercevez dans le cadre ci-contre ( n° 1457ktk85456 au budoclub défunctant …) et qui n’est restée ici qu’une semaine. Sidonie ne mentait pas. Simbad vivait dans sa ville de Bagdad, ne venant qu'à son
appel Des témoins rapportent
pourtant avoir vu un individu chez vous et dans votre jardin. Ce même
individu vous a accompagné Place Michelet en début de semaine. -Oh, il s'agissait
d'un… ami de passage. Il est reparti hier. - D'où vient-il ? - De
Bagdad, affirma Sidonie, qui ne mentait toujours pas. - Un étranger, donc.
Possède-t-il un permis de séjour en règle ? Où se trouve-t-il à présent ?
Quelle est la raison de sa présence en France ? Comment s'appelle-t-il ? Sidonie tortilla nerveusement
les doigts autour de son gilet. Tandis que l'inspecteur tirait ses rafales de
questions, le cow-boy et le policier s'étaient mis à fureter dans le salon,
tournant autour des meubles, soulevant les bibelots. Il s'appelle Simbad. - Simbad comment ? - Je ne sais pas. - Et vous ne savez
pas non plus le trouver à présent ? - Non. - Je vois. Madame
Clément, comprenez-vous que vous êtes dans une situation irrégulière ? Cela
pourrait se retourner contre vous si vous ne vous montrez pas plus coopérative.
- Chef ! Regardez
ce que j'ai trouvé ! Le policier montrait la lampe. Il l'avait ouverte
et reniflait l'intérieur. - Ce n'est qu'une
lampe à huile, expliqua nerveusement Sidonie. - Je ne sens pas
d'huile. Ça a une drôle d'odeur… Il faut dire que le
djinn avait amené avec lui un peu des senteurs de sa ville, un ballet
étourdissant d'épices, de riches parfums embaumant les palais, de lourdes
odeurs de tanneries de peaux de chameaux et des fumeries d'opium des
quartiers populaires. L'inspecteur renifla à son tour. Ça sent la cuisine aux
épices. Et on dirait aussi de l'opium ! Le cow-boy sortit aussitôt un
sac en plastique transparent dans lequel il rangea la pièce à conviction. – Madame Clément,
fit l'inspecteur, je vais vous demander de nous suivre au commissariat. - Pourquoi donc,
mon Dieu ? Qu'ai-je fait de mal ? - Pour
présomption de recel et trafic de stupéfiants, sans oublier l’hébergement
illégal d'un étranger en situation irrégulière. L'inspecteur tendit le
bras vers la porte d'entrée, une invitation courtoise en apparence mais qui
ne l'était point, on sentait qu’il était à deux doigts de saisir sa paire de
menottes. —Reprenons depuis le
début, madame Clément. L'inspecteur Antonin joignit
les mains sur son bureau. Au-dessus de lui, le portrait du président François
observait la scène d'un regard froid. Le cow-boy se tenait debout derrière
Sidonie, l'épaule appuyée contre le mur repeint à neuf grâce aux crédits
récemment alloués à la police, il mastiquait son chewing-gum méthodiquement
en observant le crâne de la vieille dame. Sidonie se cramponnait à son sac à
main et fixait la lampe, toujours enfermée dans le sac en plastique, posée au
beau milieu de la table. - — Selon d'honnêtes et
respectables citoyens dont la probité ne saurait être mise en doute, vous
avez hébergé un étranger plusieurs jours durant Vous prétendez qu'il
s'agit d'un ami, mais vous ne connaissez que son prénom, et ignorez ce qu'il
est devenu. Pour couronner le tout, cet étranger est un trafiquant de drogue
présumé. Antonin leva la tête vers son collègue. Hébergement de
clandestins, recel de stupéfiant et complicité, ça va chercher dans les combien ? Le cow-boy fit une moue hésitante,
agita vaguement la main avant de lever les cinq doigts de la main droite. - Minimum, chef. - Minimum.
Toutefois, madame Clément, nous reconnaissons que vous n'avez jamais fait
d'histoire. Par ailleurs, votre mari est mort pour la France, ce qui est un
bon point pour vous. Nous sommes donc tout prêt à admettre que vous avez été
trompée, que cet homme a abusé de votre confiance et de votre hospitalité.
L'inspecteur se pencha en avant, fixa Sidonie dans les yeux et ajouta
froidement : « Mais pour que nous passions
l'éponge, vous devez prouver votre bonne foi. En nous disant où il se trouve,
qui sont ses complices, où se cache sa famille »… - Je peux au
moins vous dire où il se trouve, répondit Sidonie. Il est rentré à Bagdad. - A Bagdad, tiens
donc. Il y a à peine une heure, vous ne saviez pas où il se trouvait, et
maintenant il est à Bagdad. Les transports sont rapides, de nos jours,
surtout pour les étrangers sans papiers en règle. Faites un petit effort,
madame Clément. Votre ami n'a pas pu rentrer à Bagdad par enchantement.
Sidonie ne put s'empêcher de sourire. L'inspecteur se redressa. « Comme
vous voudrez. Le labo des stup' sera sûrement très
intéressé par ce qu'il trouvera sur cette lampe. » Il prit la lampe dans
sa main sans ménagement. - Si j'étais vous,
murmura Sidonie, je manipulerais cet objet avec plus de précautions. - Et pourquoi donc
? demanda Antonin en caressant la pièce à conviction à travers le film de
plastique. - A cause de ce
que vous êtes en train de faire apparaître. La vieille dame montra du
doigt le nuage de fumée qui s'échappait de la lampe. L'inspecteur bondit de
sa chaise, recula tout au fond du bureau. Le cow-boy cracha son chewing-gum
et dégaina son arme. En quelques secondes, la fumée gonfla le sac en
plastique, qui éclata. La détonation fit sursauter les deux policiers. Enfin
libre, le nuage s'étendit et commença à prendre forme. Un deuxième nuage,
jaune cette fois, sortait à son tour de la lampe. Debout sur la table, Simbad était obligé de se courber en deux pour ne pas se
cogner au plafond. A ses côtés, un homme entre deux âges vêtu d'un cafetan
richement brodé, le front ceint d'un turban de la même couleur blanche que sa
barbe, brandissait un cimeterre de ses deux mains couvertes de bijoux et de
pierreries. Simbad sauta à terre. - Je me doutais
qu'il y aurait du grabuge, alors je suis venu avec mon ami le sultan Pohmad. Tous les deux avons horreur que l'on importune
les dames. Antonin reprit ses esprits le premier. Il plongea la main dans sa
veste pour prendre son arme, mais Simbad était déjà
sur lui. Le djinn saisit l'inspecteur par le col et le souleva au-dessus du
sol. Dans un ratchatchas, Pohmad avait fait
tomber l’arme du policier en frappant du plat de son cimeterre. La porte du
bureau s'ouvrit à ce moment sur un groupe de policiers. Tout va bien inspecteur
? On a entendu du br… Antonin hurla : - Donnez l'alerte
! Ce sont des forcenés ! Avec une moue
désappointée, Simbad propulsa l'inspecteur à
travers la pièce. Ce dernier heurta le premier policier qui s'écroula et
amortit sa chute. Pohmad poussa à son tour le
cow-boy vers la sortie, puis claqua la porte. Les deux amis échangèrent un
regard de connivence, puis ils prirent le bureau chacun par un bout du
plateau, le soulevèrent et le calèrent contre la porte. Pendant le transport,
quelques tiroirs s'ouvrirent en grand, déversant papiers et dossiers
confidentiels. Simbad et le Sultan Pohmad éclatèrent de rire et tombèrent dans les bras l'un
de l'autre en se donnant de grandes claques dans le dos. Mon ami, s'esclaffa Simbad, je ne m'étais pas autant amusé depuis la fois où
nous avons bouté hors de ton palais ces deux voleurs qui cherchaient ta salle
du trésor ! Je te remercie mille fois pour ton aide. - C'est moi qui te
remercie. Je m'ennuie ferme depuis que mes conseillers, ma femme et mes fils
ont décidé que je suis trop vieux pour partir à la guerre. Ce petit exercice
m'a fait le plus grand bien. Alors vieux frère, tu ne fais pas les
présentations ? Simbad se tourna vers Sidonie. -Pohmad, voici madame Duval, la nouvelle Maîtresse dont je
t'ai parlé. Madame, voici mon grand ami Pohmad, un
riche et puissant sultan de Bagdad la Merveilleuse. Pohmad glissa son cimeterre
sous sa ceinture, posa la main droite sur son cœur et s'inclina
respectueusement. Sidonie lui tendit simplement la main. Je vous remercie d'être
venu à mon secours, Sultan. Et vous aussi Simbad,
bien entendu. La situation devenait vraiment délicate pour moi. Dans le
couloir, beaucoup de monde semblait s'agiter. Quelqu'un cogna à la porte. - Nous vous
ordonnons d'ouvrir immédiatement ! Au nom de la Loi ! Pohmad
jeta un regard circulaire, examinant le bureau sans fenêtre. - Nous voilà donc
coincés dans ce piège de banlieue. Vous qui les connaissez bien, des
négociations sont-elles envisageables ? Sidonie et Simbad
secouèrent la tête. Tant mieux ! Comme cela, la seule manière de s'échapper
consiste à ouvrir la porte, foncer dans le tas et s'ouvrir un chemin à coup
de poing et de sabre. Cela me plaît bien. - Ils ont des
armes à feu, expliqua Sidonie. Et même si nous parvenons à nous échapper,
qu'arrivera-t-il ensuite ? Je ne pourrai pas retourner chez moi. Le djinn se
racla la gorge. - Il existe une
autre issue, dit-il en désignant la lampe, mais je crains qu'elle ne soit
irréversible. Je peux en effet vous emmener dans notre monde et emporter la
lampe avec nous. Mais vous ne pourrez plus jamais revenir chez vous. - Si vous
acceptez, intervint le sultan, c'est avec grand plaisir que je vous offrirai
l'hospitalité de mon modeste palais. Je n'ai rien à refuser aux amis de mes
amis, surtout lorsqu'ils sont dans la déroute. De plus, ajouta-t-il en
donnant une bourrade au djinn, le gourbi de Simbad
ne constitue vraiment pas un logis convenable pour une dame. Des coups sourds
résonnèrent soudain dans toute la pièce. - Vous êtes tous
tellement gentils avec moi. De toute façon, il n'y a plus grand chose ici
pour me retenir. J'accepte volontiers… J'ai toujours rêvé de connaître le
monde des contes de fées… Un choc plus violent que
les autres entrouvrit la porte. Le bureau se déplaça d'un centimètre. - Il est temps de
partir. Tu es prêt, Pohmad ? - Alors on ne se bat
plus ? D'accord, je suis prêt. Dommage.. Petit regard triste vers
la porte qui s'ouvre enfin. D'accord, je suis prêt. Le djinn prit Sidonie et
le sultan par la taille. A mi-chemin, le trio se vaporisa. Le nuage résultant
plongea dans la lampe. Il passa avec quelques difficultés à cause de sa
taille inhabituelle, mais finit par disparaître entièrement. La lampe
elle-même sembla alors se distordre, comme si elle fondait. Le col se replia
sur lui-même, s'engouffra dans sa propre ouverture comme une jambe de
pantalon que l'on retourne. La lampe s'avalait, diminuant rapidement de
taille. Au même moment, la porte vola en éclat. Antonin et le cow-boy surgirent
l'arme au point, juste à temps pour voir une lampe à huile se volatiliser. Accoudés à la rambarde
en marbre de l'un des nombreux balcons de la demeure de Pohmad,
Sidonie, le djinn et le sultan contemplaient en silence la ville qui
s'étendait sous leurs pieds. Les dômes dorés des palais alternaient avec de
modestes maisons en torchis, séparés par des venelles étroites où s'égayait
une foule colorée et bruyante. Un tapis volant passa vivement devant eux,
fila tout droit en direction du soleil couchant, puis vira brusquement de
bord et disparut derrière un minaret. Susan Holmes(court extrait d’une nouvelle incorporée à Némo, ouvrage n° 362)... .../... Je disais donc,
il me semble qu’il y avait eu un aéroplane, un gros ou une sorte de fusée lunaire,
non, un zinc, un cargo, oui, le dieu cargo, oui, dans une île, une île du
Pacifique parce que les autres ont moins bonne presse et puis on ne peut y
faire vraiment la guerre, il y a trop de touristes. Cet
avion donc, palmiers arrachés, n’est-ce pas comme une vision après un
cyclone, un ouragan, hurricane n’est-ce pas, oui, je vois bien cela, l’avion
écrasé sur la plage les ailes dispersées, le fuselage enfoncé dans une jungle
hollywoodienne, quelque chose de bien entretenu, n’est-ce pas, une bambousseraie, une palmeraie, une bananeraie, un décor de
salaire de la peur, une image d’Iwo Jima, l’avion,
des traces de mitraillage peut-être , le décor est gris, bleu, vert, c’est un
monde merveilleux, vacances mais c’est l’horreur le drame, l’avion s’est écrasé. Les moteurs ne
tournent plus, l’air conditionné est débranché, d’ailleurs, il y a des
fissures, des faiblesses, la tôlerie est en mauvais état, je pilotais, je me
vois pilote oui, j’étais au manche, je suis un manche, je ne vois rien, oui,
normal, j’ai un bandeau sur les yeux, c’est elle qui l’a posé, le linge est
humide, je ne vois rien, suis-je aveugle. — Restez calme,
tranquille dit la voix douce C’est Susan Holmès ! Oui, je la reconnais,
à la lisière de la jungle, hôtesse, Holmès, oui,
mais alors, les autres ? Sony, non, il
n’est pas encore là, Tumbler, non pas non plus, il
n’y a que moi, y-a-t-il des bombes dans le zinc, il faut que je parle, il
faut le dire, elle passe une main douce sur mon visage, humide, du sang ou
quoi. Je veux lui
demander si elle est Suzanne, si les faces de citron nous ont envoyé au
tapis, où sommes-nous, d’après ma mémoire, j’étais à 320 cap
nord, je venais de tirer sur le spencer tracy
trente-six, j’avais demandé un café à la pantry et
le radio était en communication. Paternotre, le
radio, pourquoi ne m’en parle-t-elle pas, mais je n’entends rien, pas un
bruit et maintenant qu’elle ne me touche plus, je ne sais plus rien Je ne sais plus
rien je sombre noir gris rouge noir flash douleur non non — Calmez-vous
dit la voix douce, restez tranquille, nous avons un peu d’eau, les secours
vont arriver, il n’y a rien à craindre. Oui, sans
doute, ils arrivent toujours n’est-ce pas, mais ce sera bien pour vous, pas
pour moi, je ne vis plus, je meurs, c’est évident, je me sens mourir, partir,
m’en aller. Je sens mes
forces décliner, je ne sais pas si je perd du sang,
je ne crois pas, je n’ai pas de blessure ouverte sinon Susan me soignerait,
elle est infirmière ou quelque chose comme cela, une femme sous uniforme est
toujours une femme utile, il faut qu’elle soit utile. Elle me répète
que les secours vont arriver je sens sa main douce sur mon front, mes joues. Mademoiselle,
dis-je Mademoiselle dis-je faiblement ... Alors, alors,
doucement, je lui explique, je lui explique que je suis un jeune pilote tout
frais émoulu de l’école, que cette putain de guerre est une fois de plus
venue bouleverser des plans de milliers de jeunes gens, moi en particulier,
que je voulais me marier, faire un enfant survivre au-delà de moi-même
perpétuer les Henri. Vous comprenez
n’est-ce pas, vous me comprenez Je la sentais
troublée, hésitante, elle n’osait répondre, comment répondre à un mourrant qui vous parle de l’avenir, qui vous raconte ses
projets ? La carcasse de
l’avion vibra sous une bouffée de vent du large. Sur quel atoll nous
étions-nous écrasés ? Je ne me souvenais pas du dernier contact radio,
il me semble que j’avais entendu la voix de Mo, Mo, satanée face de citron,
traître n’est-ce pas. Mo Chick Bing Yoon, cela ne pouvait pas être un honnête
homme, un bon soldat. Encore moins un officier, il avait ussurpé
sa place, c’est certain. Mo ! Salopard. — Ne remuez pas
trop, peut-être avez-vous la colonne vertébrale touchée dit la jeune femme
d’une voix assez basse. On aurait dit qu’elle craignait de réveiller
quelqu’un. — Nous sommes
seuls, seuls, répétai-je. J’ai remué les
épaules et le bassin, mais j’ai bien senti que rien ne bougeait rien, sauf , sauf ce petit bout de chair qui s’éveillait, damné
de l’enfer, ma tante me l’avait prédit quand j’avais seize ans : « Tu
périras par la busette », avait-elle anathémisé
un jour de fâcherie. — Allons,
calmez-vous, nous allons être repéré, retrouvé ... — Trop tard,
trop tard pour moi, foutu, je suis foutu, il faut que je vous demande, je
dois vous dire... je ne savais comment le dire alors je l’ai dit simplement
avec des mots très ordinaires. —Je ne veux pas
savoir que je vais mourir sans descendance, je veux un enfant, vous êtes une femmes, belle et désirable, je le sens, je veux un enfant,
regardez, j’en suis capable dis-je en tentant de remuer le bas-ventre. — Allons, soyez
sage, les secours arrivent — Mais non, ou
plutôt si, ils sont certainement en route, ils seront là dans une trentaine
d’heures, je serai mort, s’il vous plaît,... S’il vous plaît
et j’ai eu la force de lever un peu un bras qui toucha un bout de tissu, son
uniforme sans doute. Je ne pouvais plus ouvrir les yeux, j’étais bien mal en
point. Vous n’y pensez
pas, vous ne vous rendez pas compte de ce que vous dites, vous ne pensez pas
ce que vous me demandez, les mots se bousculèrent mais le ton était doux. Le
refus était mental. Je venais de sentir naître le désir, sans doute elle
aussi, le contrecoup de l’accident, le stress à l’envers. Je n’avais vu
jusqu’à présent que des images faibles, le brouillard, le voile, le voile
gris parfois noir, l’obscurité, les ombres. Un avion,
pourquoi avais-je pensé à un avion, à un accident d’aviation, qu’a-t-on donc
en mémoire qui ne se goupille pas toujours exactement, comment pièce ne
s’adapte-t-elle pas instantanément à une autre, qu’est ce que ce puzzle de
vie où existent des trous noirs, quel personnage suis-je parmi les 999 cités,
qui suis-je, pourquoi suis-je incertain de moi-même, qui pourrait me mettre
sur la voie, oui, d’où-viens-je, qui était ce pilote de cet aéroplane de
temps révolus, je n’ai pas connu Lindbergh, je n’ai pas connu le baron noir,
je n’ai même pas connu Gagarine, je n’étais pas né. Aujourd’hui, on va
dans la lune, on va sur Mars, on programme Vénus pour les prochaines
vacances, y a qu’à téléphoner chez Virgin. Je ne voyais
rien, je n’imaginais rien et tout à coup je la voyais éclatante devant moi,
belle à damner tous les Papous. Les papous ? Alors j’étais bien sur une
île de ce foutu Pacifique, j’étais bien à deux doigts de passer de vie à
trépas, Susan Holmès venait de retirer les lambeaux
de sa jupe d’uniforme, elle dégrafait son corsage. Margot, Sourire, sœur
sourire, souris, je ne peux pas, j’ai les zygomatiques bloqués, la nuque
enfermée dans un étau, qu’est ce qui me retient ? Qu’est ce qui me
retient à la vie ? Toute ma vie est dans mon vit, je sens ses doigts,
elle est compétente, fatalement, une fille en uniforme, c’est très compétent,
j’ai vu cela dans beaucoup de feuilletons télévisés. Je veux lui
dire merci, je veux lui dire qu’elle est belle, qu’elle est bonne, je sais
que je ne peux plus parler, je sais qu’elle va faire un sacrifice immense,
pour moi, immense, moi immense. Moi immense en
elle, je la sens, je me sens au profond d’elle. Elle remue. Doucement. Dans mon
oreillette qui ne s’est pas décrochée lors du fracas de l’atterrissage en force,
j’entends un grésillement et puis la voix assez claire de Jeff Clabots, Jeff
c’est le sous-lieutenant de la maintenance au quartier. J’ai le contact
avec la balise mon capitaine dit Jeff à son interlocuteur. Je suis tout près,
nous allons parachuter une équipe avec des armes et des vivres et un peu de
matériel médical, Dès qu’ils auront établi le contact, on pourra engager une
opération rescue. Je vibre un
peu, je ne dis rien, Susan s’agite maintenant de plus en plus vite sur moi,
je sens un peu de bave qui coule de ma bouche. Je suis heureux, elle portera
mon enfant, quand ce sera fini, quand je me serai épanché en elle, je lui
dirai quel es secours vont la ramener, je lui donnerai des conseils pour
élever le petit. .../...
Féminin comme la virilité
Raymonde,
Renée, Claudine, Mireille, Éliane, Suzanne, Marcelle, et puis les Gisela,
Antonia, Lullah et autres Tania et Samira, m’émilent quotidiennement ou presque. Autrefois, enveloppes caractérielles,
indiscrètes ou secrètes, odeurs, parfums, photos, cheveux voire même, une
coquine aux poils. Sylvie, Sophie, Anaïs, Nathalie – et aussi celle de
Georges !, Delphine et une blonde Dixie... les voyages forment la
jeunesse, une Hollandaise rétroviseurs, une Allemande jupette verte, une
Bretonne chouchen gouleyant, Elsa flamenco, Gina lourde du buste, Tchintchin
annamite de trois pommes et Kim l’audace nue en toutes circonstances, des
Martine à l’école, à la ferme, à la fête foraine, à la ville et à la
campagne, des roseurs, des rougeurs, des blondeurs, une rousse, des brunes,
des blondes ... Les
soirs où je suis Espagnol, petites fesses, grande bagnole De Madagascar au
Spitsberg, de la rue du Midi aux portes du Matto
Grosso, Moune, Meg, Cindy, Minnie,
Maïa, Claude, Gwen, Dominique m’écrivent de leur plume trempée au cœur la vie
sans moi. Descriptions infinies
des paysages du monde, la télévision en direct sans l’image, tous les jours
un rendez-vous avec la Dumas de service inquisitrice, le perdu de vue, la
recette qui va le faire revenir, le grand amour. Elles étaient belles,
elles étaient les Miss d’une aventure aux mille fesses étonnamment différentes
et aux seins nature. Elles étaient lèvres – purpurines, yeux de velours,
épaules de vison, cheveux d’or, mains aux doigts de caresses, elles sont des
mille et des cents, jupes tournantes, robes de soie, denim moulants, bikini
de Palm beach, nuisette Lindor et pantoufles trois
Suisses. Elles étaient de la plage nue et des nuits d’enfer de dancings en
arrière de conduite intérieure, draps roses et herbes vertes, feuille à
l’envers et baisse toi que je baise ta croupe, un jour mère de peine infinie.
Mères de familles
finales qui rêvent d’enclencher cette touche extrême que l’électronique offre
aujourd’hui : Rewind. Retour arrière vers un
monde qui n’existe plus, a-t-il existé, par quel chemin suis-je arrivée ici
d’où je t’écris, comment ai-je pu prendre cette route là ? Désert de sentiments
égarés, nuages de pluies abondantes qui n’ont fait germer que des trèfles à
trois feuilles, regrets éternels, couronnes et chrysanthèmes, lauriers
abandonnés, nuits englouties. Elles ont dit les mots
qu’il ne fallait pas prononcer, Jean, Paul, Armand, d’autres ratiocinent,
l’évaporée s’enfuit, lettres de rupture puisque c'est comme ça, je préfère te
quitter avant que tu partes toi-même. Les femmes d’aujourd’hui s’encourent
devant le monde de demain. Puis, elles le regrettent.
Elles m’écrivent : Je t’aimais. Puis elles me parlent de
ma mère, m’invitent à réfléchir. Pourtant, elles m’ont
quitté. J’ai trouvé une santiag
maladroite, ce n’est pas chaussure à mon pied, elles ne rêvent plus vraiment
entre le bureau du chef et le métro du soir-matin. J’étais pourtant un bon
amant, je nous apportais des bonbons plus doux que les fleurs qui sont
périssables. J’ai regardé mon fils, à
moins que ce soit une fille. Elles m’ont quitté,
elles s’envolent en oiseaux rose et blanc, elles n’aiment pas les enfants,
elles veulent en faire, en avoir pour montrer que les trompes de Fallope
fonctionnent, mais elles ne les veulent pas dans les pieds. Les malheureuses, les
chasseuses, les médiateuses, les facteuses, les sapeuses, les conducteuses,
les surfeuses, les diseuses, les liseuses, les informeuses,
les preneuses, les blogueuses, les mineuses, les
danseuses, les shampouineuses, jolies et pas trop connes n'aiment pas les
enfants. Les libéreuses,
les libérateuses, les femineuses
s’époumonent, postillonnent, déconnent, mes mots les agressent, mes larmes
sont leur jouissance solitaire. J’étais cet enfant, je
les regardais, les poils en dessous des bras, les seins qui poussent. Féminin
comme virginité, Peureuses, menteuses ... J’ai soigné l’apparence
de l'enfant en moi, ce qui n'a pas suffit, elles ne veulent plus être mère. Elles ne veulent surtout
plus aimer les pères. Les pères du gamin et de
la garce rappellent des fougues passées, des jambes écartées, des muqueuses
pénétrées... qui ont donné naissance à l’enfant qu’on aime, qu’on adore. Elles te rejettent,
mardi chez le père, semaine prochaine dans ta famille d’accueil, je t’aime
gamin, je t’adore gamine... et quelques unes dans l’incertain, je n’ai pas
encore d’enfant, allô Mireille, suis-je normale, qu’en pense Carmen Tessier
entre Capricorne et la maison de Mars, ascendant taureau ? Raymonde,
Renée, Claudine, Mireille, Éliane, Suzanne, Marcelle, et puis les Gisela,
Antonia, Lullah et autres Tania et Samira, m’émilent quotidiennement ou presque. Avril à Rimini, douceur
d’un voyage Generalcar avec les amis du bureau,
septembre à la côte roumaine, c’est Neckermann avec un voisin gentil tout
seul lui aussi, des étés de sans plage parce que je peux faire remplacement
tu vois, Mariette et son homme ont besoin de vacances, eux, pour aller aux
Maldives voir si le soleil se couche à la même heure, des hivers sans ski
dans ma ville de province où il ne neige qu’en carte postale, grand lit deux
places, j’en ai chassé le Monsieur, expositions, cinéma d’essai, cours de
calligraphie chinoises, batik, sais-tu que j’ai même acheté un four à
céramique et un à pain, je fais mon pain moi-même, c’est plus naturel tu
vois.
Et de la dentelle et de la tapisserie. Pénélope sans Ulysse, sans Télémaque. Je ne vois rien. Un sourire figé entre
deux boîtes, un copain de la boîte, une dose de rancoeur,
un dimanche soir plein de culpabilité, au hasard. Je ne vois rien, je les
écoute mentir d’elles. Les enfants la vaisselle. La vie change tu sais, les
tartines de l’écolier, le souper. Matin couette pas vraiment, grasses
matinées, mais je vais devenir grosse, le p’tit est chez son père. Sa
belle-mère me dépeint monstre, le vocabulaire se dépoétise, se ménage,
s’affaiblit. Où sont donc ces
survireuses au cul nu au milieu d’une vigne provençale, seins mousse robinets
Grohe, Jacob Delafon au
carrelage rougissant, miroir embués, sursaut d’un soir dans l’appart du
copain, tout ce que l'on peut s'inventer de souvenirs à côté desquels on est
passé. Elles me racontent que tout
va bien. Ah si, tu sais, tout va bien. Non, non, je t’assure. Tout va Tout va bien Tout va bien tu sais La litanie à Saint
sais-tu que tout va bien. On le dit même à la
télé, le pouvoir d’achat est maintenu quoiqu’en baisse mais ce n’est que
provisoire, les socialistes vont revenir et même les capitalistes qui ne
pensent qu’à la pèche au gros ont annoncés de nouvelles allocations qui
seront versées aux femmes seules. Aux femmes seules, à la
famille monoparentale... Elle adore ses enfants, Sophie, tu les verrais, elle
a tout le bonheur d’avoir trois gosses, Sabine, si si,
tu ne peux pas savoir. C’est le bonheur. C’est écrit dans Marie Claire. Il y a lui, parfois,
oui, le père. Il fallait un père, on l’explique souvent, les enfants ont
besoin de leur père. Évidemment, il a pris du bedon, et il pue du bec. Il
boit des bières au bureau. Il pisse sur son froc après, ça fait des taches.
Ce n’est pas Dieulepère. Lui, il a du boulot. Le
père de Jan n’en a pas. Ça ne change pas grand-chose. Maintenant, c’est
épatant, on peut avoir des gosses et faire carrière, chacun de son côté, tu
vois, moi j’ai postulé chez Siemens, directrice de l’informationnement,
j’attends une réponse, et lui, le père de Donatien, il a passé le concours,
il était dans les classés pour rentrer au ministère, il y avait trois mille
candidats. Il faut que j’arrête de
fumer. Jean-Charles, lui, il met des patch. Tu
comprends, au bureau, c’est dur. Moi, j’arrêterai l’an prochain. A Noël. Le
père Noël est une ordure. Tu sais. Je sais déjà Elle n’avait encore pas
dit l’essentiel. Oui, vaut mieux qu’on ne
se voit plus, j’ai grossi. Normal, deux grossesses. Rassure-toi, tout est
normal, tu sais. Je vois Minouche de
temps en temps, tu te souviens d’elle au moins. On n’ose pas parler de toi.
Alors on s’explique nos mômes, ça ne va pas trop bien à l’école. Il leur
faudrait un père, tu vois. Je vois, je sais,
j’écoute. J’ai entendu qu’elle a dit fais
pas chier avec ta bite, dégage macho. Il faut encore que je te
dise, Michèle a quitté Beaudouin, elle ne supportait plus sa belle famille.
Elle passe me voir de temps en temps, t’avais-je raconté sa fausse couche, la
conne ! À notre époque ! Pour maigrir je fais du
yoga, je mange du bifidus actif. Tu sais, ....tu vois .... Ne m’écris pas trop,
n’appelle pas, pour le moment, il y a Jean-Pierre, et puis... Tu as ta vie ... En gros macho, — le mot
se déglingue, « avant » cela signifiait quelque chose de très
différent, je pense ... oui, oui oui, une femme
d’aujourd’hui... ça ne tricote plus. Gala, Gaia, gaiement,
les tricoteuses, les emperlouseuses, les balladeuses... Les transformeuses,
les regretteuses, les coupeuses de couilles, ... Va voir si, fais donc
ça, et réfléchis bien ! Tu devrais en parler avec ta mère. Réfléchis, sinon, je
pars avec les enfants ! Elles m’émilent, elles regrettent. J'étais tellement génial
quand j'étais l’enfant chéri de mille et une femmes de seize, dix-sept,
dix-huit, dix-neuf, vingt, vingt-cinq ans ! Je n’avais pas de mère à qui
me confier, je foutais la trouille aux leurs, exilées d’une guerre,
broussailles sèches qui levaient l’étendard déjà mouvementeuses
féministes, ah ! les hommes ! ils font que lire le journal au
bureau et jouer au foot comme des gamins. Ah ! Bonhommes ! On va
vous caser ! On va vous castrer. Alors elles m'écrivent. Ages et professions de toutes provenances, le courant
passe, je les comprends, le Gulf stream était moi,
le courant de la Baltique cherche chaleur et plus si affinité. Wagons entiers,
autocars, charters. Sans escorte. Sans
destination. Elles voudraient
renouer. Elles se doutent de quelque chose. En cela, elles ont tort. Les choses évoluent et
le monde change. Muslim mon ami, tu t’es fait aimer
hypocritement, tu commences à leur montrer que le foulard est plus pesant que
les jupons que l’on pouvait soulever. Et moi, j’écoute, je réponds parfois,
j’insulte les politiciens qui sont cons et je fais comme « elles »,
j’entends la nuit. J’y suis taiseux, branleux. Je suis parfois
vulgaire, nécessiteux, chanteux. Chanceux ! Féminin
comme la liberté, Féminin
comme la vie d'un homme, (Sur des paroles inspirées d’un gros fatigué, de Michel Sardou et
de Jacques Brel, qui aimait les vierges et les Marquises.) (Ce texte a été partiellement publié chez cderos.) (si le lien ne fonctionne pas :
écrivez dans votre navigateur : http://liensutiles.forumactif.com/xian-f119/
)
(d’après
la dix-huitième chaîne de Roland) ( extrait de Cdécritures
201 Érotiques et sataniques avril 1987) J’avais fait installer le décodeur
spécial pour capter huit chaînes de plus sans compter les trois chaînes
cryptées par mon nouveau téléviseur, un super hétérodyne Sonik.
Je n’ai eu qu’à me féliciter de mon
choix, à peu de frais je pouvais désormais voir des films comme je les
aimais, très étranges. Les personnages qui défilaient sur
l’écran avaient plus de vécu, semblaient plus réels dans leurs mouvements et
plus émouvants dans leurs dialogues. Il me semblait véritablement vivre au
milieu des acteurs. D’ailleurs, la pièce que je regardais
actuellement me paraissait étrangement familière. Tout d’abord, je n’y prêtai
pas attention. Mais un détail dans l’ameublement m’étonna. Et je compris la transformation qui
s’était effectuée. Je voyais devant moi une pièce amorphe, sans personnages. De spectateur, j’étais bizarrement
devenu artiste de la chaîne à péage. Et par la caméra qui filmait, je pouvais
contempler mon salon vide. Pourtant, sur le sofa il y a une tant
belle fille. Pendant toute la nuit, je la regarde, assis sur le bord du
coussin. Elle est évidemment nue, elle dort le postérieur levé et je lui fais
une étrange cour, massant gentiment de mon pouce les bords de son anus, sûr
qu’elle rêve puisqu’elle se met vraiment à quatre pattes, prenant appui des
coudes sur le bord du canapé pour bien relever son postérieur et exposer
ainsi son cul en offrande, je l’enduis d’huile d’olive et l’encule en
criant : Super, on fait la mayonnaise. Elle finit par s’endormir
et lorsqu’elle s’éveillera, je serai parti. C’est seulement à cet instant
qu’elle se rendra compte que je ressemblais à Jean. Elle comprendra qu’en
fait, elle aimait Jean Passe, l’acteur célèbre des films à la mode. Mais il
ne le lui a jamais dit. Elle regrettera. Sur la table basse en verre et
cuivre, elle découvrira une liasse de billets. Lorsqu’elle s’en emparera, le
papier se dissoudra, redevenant poussière de bois et de chiffons. La fille est belle, la fille est nue
et je me dis que ce décodeur est une bien magnifique machine. Je me suis déshabillé et devant
l’écran de mes nuits blanches, j’ai utilisé le développeur de pénis pour me
masturber violemment. Demain, il faudra que je nettoie avec le spray-clean. |
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Depuis que Véronique s’en était
allée, il y avait dans la maison une odeur âcre et P’tit’hom
n'aimait pas cela. Il aurait juré qu’elle venait de la cave et comme il
n’aimait pas trop le noir, il n’aimait pas trop la cave et tout ce qui s’y
passait. Véronique avait parfois dit,
laisse-le, il est en bas, il travaille ! en fait, P’tit’hom
ne savait même pas ce que son père faisait en bas. La cave était le seul
endroit interdit de la maison. Son domaine comprenait tout sauf cette cave.
Parfois quand son père le laissait aller dehors, il allait le long du mur de
la cave dans le jardin. Il y avait une petite fenêtre abattante d’où, le
soir, s’échappait une vive lumière et puis, il y avait toujours cette odeur
spéciale, une odeur forte, qui ressemblait à du pop-corn grillé qu’on aurait
plongé dans du vinaigre, le père un jour avait appelé cela formol. Oui, c'était cela, le formol
empestait la maison. Même sa chambre ! P’tit’hom
avait l'impression parfois qu’il sentait aussi le pop-corn grillé. La cave. Il n'y était allé qu'une
seule fois dans sa vie. Une seule et unique fois. C'était, il y a longtemps,
à l'époque où son père aimait jouer avec lui et laissait parfois les gens de
côté. Des gens, il y en avait beaucoup dans la cave. Beaucoup qui entraient
dans des sacs noirs, parfois blancs. Ils ne ressortaient pas tous et ceux-là,
uniquement dans des coffres en sapins qui sentaient eux aussi le formol.
Certains même avaient l'odeur de viande pourrie. L'odeur de la terre mêlée à
de la chair morte. A cause de cela, P’tit’hom ne
voulait plus enterrer les objets qu’il souhaitait cacher. P’tit’hom entendit son père remonter l'escalier de la cave et claquer la
porte. Subitement l'odeur s'était répandue dans toute la maison et P’tit’hom manqua vomir. Son père ne semblait pas content.
Il le sentait tendu. Cela arrivait parfois quand d’autre gens entraient dans
la cave. De ces gens là, avaient été accompagnés cet après-midi par d'autres,
qui eux, ne sentaient pas l'os pourri. Ces gens-là étaient normaux. L'autre
par contre, était identique aux autres. Son père et les autres gens avaient
parlé très longtemps et ne s'étaient même pas occupé de lui. Il ne savait pas
très bien de quoi il s’était s’agit, il faut dire qu’il comprenait assez mal
le langage qu’il trouvait compliqué. Il comprenait parfois les conversations.
Surtout celle où l'on parlait de lui ou même de nourriture. Les conversations
sont parfois marrantes. Parfois violentes comme celle de la semaine dernière.
P’tit’hom n'avait pas tout compris. Il y avait eu
une femme à la maison. Elle était très belle puisque son père avait eu l’air
très excité. Ils avaient mangé ensemble, elle et lui, sans penser à lui, et
alors qui avait eu un malaise ? ils avaient fait un
bouche à bouche, la femelle avait montré des documents à son père. C'était à
cause de ces documents que le ton était monté. Son père s'était même battu
avec la femelle et celle-ci était partie en claquant la porte. P’tit’hom avait compris que son père avait des soucis. Il le suivit jusque
dans le salon où son père pris le téléphone. " .nanana
et nanana oui oui oui et enfin, oui problème, vous savez. de toute urgence.
FBI aux fesses,. Na et nananaan,
on va être découvert. Tant pis pour les besoins d'organe, et nanananan ! Je ne veux pas savoir, ce que. Oui, c'est ça.
impérativement. Il est là, en bas et. merci. Les hommes et en particulier son
père, parlait trop vite. P’tit’hom
ne comprenait jamais tout. De toute façon il n’allait pas passer sa vie à
écouter aux portes. Il se promena un peu dans le living,
un peu dans le salon, essaya plusieurs fauteuils et vit la porte
entrebâillée, il faisait assez beau dehors, houp ! un bond au-dessus du
perron et le voici dans la pelouse. Puis, il rentra et alla se coucher. Il
fit des rêves assez agités peuplés de femelles. Si l’une était professeur de
dactylographie, de typographie ou simplement de français, elle lui aurait
peut-être parlé des signes de correction. Une porte. Une porte. Celle de la
cave. Et la douce odeur printanière céda à celle plus forte du pop-corn
grillé. La porte de la cave s'ouvrit. P’tit’hom
emporté par son rêve s'agita dans son lit. Enfin. Enfin, il allait pouvoir
pénétrer dans la cave. Un bruit. Un bruit, celui d'une bouilloire d'eau
chaude hurla… C'était dérangeant. Allez P’tit’hom, va pisser. P’tit’hom
se réveilla et considéra son père qui lui avait ouvert la porte d'entrée
comme chaque matin. Décidément même dans les rêves on n'est jamais
tranquille, affirma P’tit’hom en courant dans le
jardin, le poil encore chaud. Dehors il faisait froid. Il fit le
tour de la maison. C'était une habitude qu'il avait. Cela passait le temps et
permettait de renifler d'éventuelles nouvelles traces laissées durant la
nuit. Il remarqua que la terre du jardin avait été renouvelée comme les deux
dernières fois. Maintenant, il n'en s'inquiétait même plus. Son père devait
s'en occuper de la terre. La première fois cela l'avait inquiété. C'était
deux jours après cette fameuse hausse de violence avec la belle femelle. Une
autre était venue dans la maison et son père avait fait, il ne savait quoi
avec elle si bien qu'elle s'était allongée sur le sol. Il l'avait reniflée
quelques secondes et elle sentait bon. Mais il ne la revit jamais. La petite fenêtre de la cave était
ouverte et P’tit’hom alla y jeter un oeil. Il entrevit une forme sur la table au milieu de la
pièce mais ne put y voir davantage. Il retourna à l'intérieur où son déjeuner
l'attendait. Il mangea goulûment. Tandis qu’il mastiquait, il remarqua
la porte de la cave entr’ouverte. Il s'y dirigea. Son père était en haut.
Sûr, il devait dormir. Quelle opportunité pour P’tit’hom. Il ne savait pas si les grands
avaient eux aussi des rêves prémonitoires comme lui. La cave. Il s'avança
devant la première marche. Son cœur battait fort. Il se retourna. Personne.
Il posa le pied sur la première marche. Puis les suivantes. L'antre sacré. La
cave. L'odeur du formol le saisit si violemment aux sinus qu'il lui fallut
quelques instants pour s'habituer. Il aurait dû remonter mais non, la
curiosité n’est ce pas sœur Anne ! Il avança près de la table sur
laquelle une forme était allongée, à peine y avait-il touché qu’un bras
glissa vers le sol. Il y avait des marques bleues dessus. Il était froid et
sentait l'os pourri. Il reconnut cette odeur particulière, celle qui se
trouve sur ce qui ne vit plus, sur de la viande avariée. La mort. La cave. Il
ne savait pas vraiment ce qu'était la mort, ni que ce qu'il fallait faire
pour en arriver là, seulement, il en reconnaissait le goût, la sensation
désagréable et il avait cette conviction que la mort arrêtait tout. Il décida
que l’endroit était inhospitalier et s’en alla, hélas, tirant avec lui un
bout du drap. Le corps tiré par le drap chuta de la
table et atterrit lourdement par terre. P’tit’hom
reconnut la femelle qui était partie en claquant la porte la dernière fois.
La belle femelle pour qui son père s’était senti si excité. Que faisait-elle
ici. On entendit du bruit là haut, on s’agitait au-dessus ! Il sentit de
l'agitation en haut. L’incident avait dû réveiller son père. Il remonta l'escalier quatre à quatre
et regagna son panier. Il frémit en repensant à ce qu'il avait vu dans la
cave. Son père y descendit en claquant la porte puis il remonta. P’tit’hom n'eut que quelques secondes pour réagir avant
que son père le frappe avec un balai. Il courut dans le jardin et se cacha
sous une bâche. Surtout ne plus bouger, se dit P’tit’hom.
Il resta toute l'après-midi sous la bâche à ne pas bouger. Il savait qu'il
n’aurait pas dû descendre dans la cave. Ce n'était pas son domaine, c'était
celui de son père, pas le sien. Pas le sien. Quand le soleil eut disparu et
que la nuit masqua toutes les ombres, il sortit de sa cachette et décida
d'aller directement à la porte. Cette dernière était fermée. Il gratta contre
le bois. Son père ne lui ouvrit même pas. Il y avait pourtant de la lumière à
l'intérieur. Mais personne ne vint lui ouvrir. Alors il retourna sous la
bâche. Au moins dessous il aurait moins froid. Froid. Il fit un cauchemar et
se réveilla à cause d'un bruit sourd dans la terre. Il vit son père dans le
jardin sous la lumière blafarde d'une lampe électrique. Il semblait creuser
la terre. Il se rapprocha. Va-t-en P’tit’hom,
lui ordonna son père. P’tit’hom regagna sa bâche et
se rendormit. Le lendemain matin, beaucoup de monde s’agitait dans la maison
et dans la rue des gyrophares balayaient la demi-obscurité. P’tit’hom sortit de sous la bâche et alla voir. Des gens
en bleu renversaient tout à l'intérieur et dans la cave d'autres gens avec
des appareils faisaient des flashs. P’tit’hom regarda son père qui lui sourit timidement.
Mais son père semblait avoir des soucis car d'autres gens lui criaient
dessus. — Où est le corps de cette
femme ? demandaient les gens. — Je ne sais pas. Sais plus. P’tit’hom comprit vaguement. Il comprit que son père avait égaré quelque
chose. Mais lui il savait où cela se trouvait ! Il remua d'abord la
queue puis aboya pour que son père le suive. — Tais-toi P’tit’hom
! Mais P’tit’hom
ne voulait pas se taire. Il sortit dans le jardin. — Pourquoi votre chien aboie-t-il ? — Je ne sais pas, moi ! — Répondez à mes questions : pourquoi
les corps de trois personnes ont-ils disparu ? — Je ne sais pas. Je suis que médecin
légiste. — Nous avons placé votre ligne
téléphonique sur écoute et nous avons constaté que vous avez appelé Monsieur
Martineau quatre fois. Pourquoi ? Où sont les corps ? — Je ne sais pas. — Vous savez très bien. Niez vous que
vous faisiez du trafic d'organe ! L'agent de police griffonna quelques
mots sur son carnet. — Hem euh, chef. — Oui ? Répondit l'agent de police à
un auxiliaire qui rentrait dans la maison. — Je crois que vous devriez venir
voir dehors. Le chef de police considéra son
collègue qui continua timidement : Le chien. P’tit’hom
remuait la queue. Il avait comprit que son devoir était d'aider son père, lui
qui avait si bon avec lui, lui qui l'avait nourri et hébergé, protégé. P’tit’hom n'avait jamais su le remercier pour tout cela. Il avait compris son devoir de bon
chien. P’tit’hom remuait la queue. Il vit tout le
monde autour de lui et surtout, le regard de son père qui s'effondra en la voyant se tenir fièrement à côté du bras ecchymosé de
la femelle au parfum de rosée qu'il venait de déterrer. (extrait de Érotiques et
Sataniques Cdécritures201 avril 1987) C’est pas bientôt fini, ils sont revenus ils sont tous là. Les « vacances » presque perpétuelles désormais mais obligatoires en juillet août se terminent dans les rayons des intermarchés le torse quasi nu la fesse rebondie et bronzée, rev’là les gnouteuses qui le valent bien, les bricoleurs de génie, une mère maquerelle un égaré du virtuel, une pétasse à l’élastique de slip qui dépasse la ceinture du pantalon taille basse 36 enchâssé dans un cul 46 et le moustachu que tout le monde croit qu’il est un détective en civil. Je les avais oubliés je les croyais disparus avec caravanes et télés, quatre quatre (faux) et monospaces que c’est la prime qui paye parce que je consomme moins maintenant que les normes ont changé, adidasnike et mauvaises haleines. Le populo des zombies est là, lamentables. Ils sont fiers à bras, encore un peu dévêtus des campings de la plage que même la dune n’est qu’à deux kilomètres, encore un peu avec la même femme et les mes chiards qui veulent un bifi et une playsation sinon j’fous rien à la rentrée, tu vois mes cinq ? torgnole plein la gueule. Voilà ce qu'ils mériteraient. Z’étaient pressés de revenir dans leur supermarket, il y avait un bail qu’Abu ne les avait pas vus, z’ont roulés plein gaz, sur la highway du soleil, ils m'ont doublé pressés de rentrer faudrait voir à bien commencer l'année, vu que le début de l’année, on ne sait pourquoi commence le premier septembre en Europe. Ils allaient vite, se dépassant et se redoublant pour être les premiers du quartier à dire à ces imbéciles qui sont restés chez eux : Salut ! On est de retour, t’entend ma radio ? A la station-service qu’on y vend maintenant n’importe quoi et parfois de l’huile moteur et du carburant, j’en ai vu des milliers puant des pieds et du bec, pisser à côté de l’urinoir et chier dans les buissons des alentours, ah ! se mettre une dernière fois le cul au soleil ! J'avoue que je me sens parfois misanthrope. J’en ai vu dans des grosses bagnoles pas assez grosses pour leurs bardas que cela dépassait des fenêtres et encombrait les toits, ils avaient quitté la plage il y a une heure sans prendre la peine de refermer convenablement leur « location » et d’autres qui avait pris encore le p’tit dernier, un jaunet, tchin tchin à l’année prochaine … Demain, ils auront peu de choses à raconter, pas besoin de dire où et quoi, ils sentiront encore l’antimoustique, la vieille crème solaire la sueur d’après le tennis, tu sais contre un champion hein ! jusqu'aux doigts de pieds, le campings leur suintera encore quelques semaines des coins intimes aux fragrances corporelles que l’on tente de corriger à coup de Narta. La voilà l'Europe de début septembre aux nouvelles plaques d’automobile qui feront, espèrent les politicards, croire au populo qu’il est de cette race-là des conquérants du Nouveau-Monde. Une Europe qu’ils ont mal vue avec des relents d’Afrique du Nord qui se presse en matelas sur des fourgonnettes. Retrouver les archives des Cdécritures |
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