Les Grecs faillirent rompre ce cycle infernal de l’ascension et de la décadence. A la fin de leur âge d’or, peu avant l’ère chrétienne, leurs penseurs associèrent pour la première fois les deux éléments fondamentaux de la recherche l’observation lucide, le raisonnement théorique.
Les travaux de quelques-uns d’entre eux révèlent une approche digne des temps modernes; vers 273 av. J.-C., Ératosthène évalua avec une précision étonnante la longueur de la circonférence du globe terrestre. La méthode qu’il employa demeure encore valable de nos jours (la mesure des angles formés par les rayons du soleil à son zénith avec la verticale en des lieux différents). De grands médecins pratiquèrent la dissection pour percer les secrets du corps humain, mais cette méthode, de toute évidence nécessaire au progrès, fut interdite au cours des siècles qui suivirent. Pour déterminer la densité de corps non homogènes, le mathématicien Archimède utilisa son fameux principe (le poids apparent d’un corps plongé dans un fluide est égal au poids de ce corps, diminué du poids du volume du fluide déplacé). Archimède fournissait ainsi un excellent exemple d’une application pratique d’un principe mathématique. Lorsque Syracuse, sa ville natale, fut assiégée par l’ennemi, Archimède, comme n’importe lequel de nos savants modernes, s’intéressa à ce que nous appelons la recherche militaire; il améliora les catapultes et conçut diverses autres armes.
Du temps d’Archimède, c’est-à-dire vers la fin de l’ère de la primauté de la Grèce, la science avait acquit, semblait-il, un véritable élan; il existait de grandes bibliothèques dans diverses cités et la fameuse École d’Alexandrie
— une colonie grecque fondée en Égypte — était partiellement consacrée à la recherche scientifique. Les études théoriques et les techniques progressaient de conserve et, comme de nos jours, ces deux champs de recherches se stimulaient l’un l’autre. Au ii’ siècle av. J.-C., les Grecs étaient en droit d’estimer que leur époque constituait mi merveilleux Age des Découvertes et que, dans tous les domaines, l’intelligence humaine faisait reculer les forces obscures de la nature.
Un tel esprit, s’il s’était maintenu, aurait fait débuter notre ère avec ses grands bouleversements non pas en 1600, mais 17 siècles plus tôt; les premiers hommes à fouler le sol lunaire auraient peut-être été grecs. Cependant, cette explosion scientifique fut de courte durée et, vers l’an 100
Le monde rationnel produit par la révolution industrielle a affranchi rationnellement les individus de leurs limites locales et nationales, les a liés à l’échelle mondiale ; mais sa déraison est de les séparer de nouveau, selon une logique cachée qui s’exprime en idées folles, en valorisations absurdes. L’étranger entoure partout l’homme devenu étranger à son monde. Le barbare n’est plus au bout de la Terre, il est là, constitué en barbare précisément par sa participation obligée à la même consommation hiérarchisée. L’humanisme qui couvre cela est le contraire de l’homme, la négation de son activité et de son désir ; c’est l’humanisme de la marchandise, la bienveillance de la marchandise pour l’homme qu’elle parasite. Pour ceux qui réduisent les hommes aux objets, les objets paraissent avoir toutes les qualités humaines, et les manifestations humaines réelles se changent en inconscience animale. (Guy Debord)
L’idée théorique ne prend pas naissance en dehors et indépendamment de l’expérience; elle ne peut non plus être dérivée de l’expérience par un procédé purement logique. Elle est produite par un acte créateur. (Einstein sur la théorie de la gravitation généralisée 1950)
Je crois que tout véritable théoricien est une espèce de métaphysicien apprivoisé, si forte que soit sa conviction d’être un "positiviste" pur. Le métaphysicien croit que ce qui est logiquement simple est aussi réel. Le métaphysicien apprivoisé croit que ce qui est logiquement simple n’est pas entièrement contenu dans la réalité expérimentale, mais que la totalité de l’expérience sensible peut être "comprise" sur la base d’un système conceptuel édifié sur des prémisses d’une grande simplicité. (Einstein. Sur la théorie de la gravitation généralisée 1950)
Où voit-on soumettre à la critique et à l'élucidation ce puissant acquis méthodologique qui conduit de l'environnement intuitif à l'idéalisation mathématique et à l'interprétation du monde comme être objectif ? Les bouleversements introduits par Einstein portent sur les formules qui traitent de la Physis idéalisée et naïvement objectivée.
La crise de l'humanité européenne et la philosophie p252. Husserl
Nous voulons collectivement présenter nos excuses pour avoir induit en erreur le public cultivé en répandant, à propos du déterminisme des systèmes qui satisfont aux lois newtoniennes du mouvement, des idées qui se sont, après 1960, révélées incorrectes.
Sir James Lighthill